samedi 15 octobre 2011

CANTATE DE GUERRE: fracas de deuils

Abdelghafour Elaaziz et Philipe Racine
Photo: Valérie Remise


À Abdelghafour Elaaziz



Sept hommes en colère dans les abysses de la terreur
leurs bouches en choeur leurs mains en sueur
le deuil grenat de leur lourdeur
la fleur de sel dans leurs larmes

à travers l'armure de la chair brûlée
l'eau des corps
cambriolée
éclats d'obus
dans la boursouflure de la guerre

mains coupées
doigts gelés
éclats de pus

au nom du père et du fils
le théâtre
dans le rouge vif

le feu au métal
la poudre au corps
les lames de fond
dans les gorges chaudes

le silence des longs adieux
dans les regards en jeu

avec de la suie sur son visage
l'âme de l'Acteur
au cœur du chœur de sa cantate

et l'armistice pour les veufs de l'amour
et du silence noir tout le tour de la salle muette
et des trous de balles à blanc dans le profond des yeux creux

le temps d'une agression
le temps d'une vision
le temps d'une aversion

et le bruit clair d'une chaîne
qui traîne encore dans les parages...


Louise Langlois
5 octobre 2011
15 octobre 2011

***



À Montréal, le 5 octobre dernier, au Théâtre d'Aujourd'hui (pour la première fois, et non la dernière j'espère), enfoncée jusqu'au cou dans le siège G-9, ( étonnant beau hasard: un siège offert par Michel Marc Bouchard), je me suis mise "mal à l'aise" pour écouter ce que Larry Tremblay avait à me dire à propos de cette guerre de mots entre père et fils. Rien ne laissait présager que ce serait une pièce " facile ". Et c'est toujours bien tant mieux pour moi, parce que je n'aime pas assister à quelque chose qui me laisse " satisfaite ", parce qu'il n'y a jamais rien qui devrait laisser le Spectateur ainsi...Les temps seront toujours plus durs pour les mous.

À part quelques reniflements d'une spectatrice (émue ou enrhumée), on aurait pu couper l'air aux couteaux du chœur dans la salle tellement il était dense. Le gentil professeur de littérature assis tranquille à mes côtés ne s'est pas levé à la fin. Moi, si. Et même si nous avions tenu une belle et nourrissante conversation " d'avant-match ", je ne puis écrire que nous étions sur la même longueur d'ondes à propos de la pièce, ça se lisait aisément dans sa moue défaite. L'étrange phénomène des goûts et des opinions. Nous avions pourtant été sur la même corde raide, celle d'un théâtre qui ne fait ni dans la dentelle ni dans le tout cuit dans le bec. C'est Martine Beaulne, la metteure en scène, qui a orchestré de main de maître ce superbe ballet de cruautés; elle a fait pousser la peur sur le cuir de nos peaux de malusés, une peur jaillie du grand cru des mots salés de Larry Tremblay. CANTATE DE GUERRE... un brouhaha de silence noir pour des hommes au cœur dur, un coup de poing sur la tempe d'un temps de ravage, un comme si j'avais été LÀ...


Larry Tremblay, que je retrouverai avec plaisir (et douleur) en avril 2012 avec L'ENFANT MATIÈRE, dans une mise en scène d'un certain enfant terrible, Christian Lapointe, possède cette écriture qui a de quoi réjouir l'amateure de sensations fortes que je deviens au fur et à mesure des œuvres moins faciles que je visite. L'auteur du DRAGONFLY DE CHICOUTIMI m'avait particulièrement émue l'automne dernier avec la miraculeuse aventure dans les coulisses du temps qu'est son ABRAHAM LINCOLN VA AU THÉÂTRE. Des scènes parfaites (et sur mesure) pour un Périscope réno/innovateur. Le Périscope qui nous a annoncé une excellente nouvelle cette semaine en la nomination de Frédéric Dubois comme nouveau coordinateur artistique. Un gros PLUSSE pour l'avenir.



CANTATE DE GUERRE pour...Paul Ahmarani, toujours aussi saisissant, avec le son marquant de sa voix suprême; son alarmante prestation vers la fin de la pièce avait de quoi donner mal au ventre de la mère. Mikhaïl Ahooja, attendrissant de beauté, avec ses mots d'enfant troublé/troublant. Abdelghafour Elaaziz, concentré comme je m'y attendais; lui que j'avais " découvert " en bourreau à travers le somptueux INCENDIE de Denis Villeneuve au printemps dernier, donnait à nouveau sa pleine mesure en tant que...bourreau...Abdelghafour, qui faisait partie du brillant choeur avec Frédéric Lavallée, Mathieu Lepage, Philippe Racine et Denis Roy; Abdelghafour, à qui je dédie ce texte...un peu pour me faire pardonner de mon invisibilité d'après-match ;-)...


***

Je m'en voudrais de ne pas parler du COCAGNE, ce charmant bistro de la rue St-Denis...Tout juste descendue de l'autobus, affamée, à quelques minutes de 20 heures et à deux pas du Théâtre d'Aujourd'hui, il me fallait me sustenter et vite. Après quelques hésitations entre quelques uns des multiples restaurants, le temps de rencontrer de gentils quêteux, j'entrai au COCAGNE. Merci aux charmants jeunes serveurs qui ont eu l'amabilité d'endurer la cliente pressée que j'étais. De l'eau claire, du pain craquant, une onctueuse crème de champignons beurre au foie gras suivie de deux plus que succulents ravioles d'agneau, champignons, oignons caramélisés et huile de truffes auront à jamais une place d'honneur dans ma mémoire gustative. Divin! Le total de la facture s'élevait à quelques 23 dollars, le prix moyen d'une pièce de théâtre ! Il me faut l'écrire: l'art de la table est parfois (et souvent) aussi nourrissant que celui de la scène, et les deux font parfois très bon ménage, je n'ai qu'à me remémorer les audacieuses NOTES DE CUISINE du Théâtre du Buffet, dégustées récemment à...LA CUISINE...


CANTATE DE GUERRE

Texte: Larry Tremblay
mise en scène: Martine Beaulne
interprétation: Paul Ahmarani, Mikhaïl Ahooja, Abdelghafour Elaaziz,
Frédéric Lavallée, Mathieu Lepage, Philippe Racine, Denis Roy
assistance à la mise en scène et régie: Stéphanie Capistran-Lalonde
dramaturgie: Marie-Christine Lesage
décor: Anick La Bissonnière
costumes: Daniel Fortin
éclairages: Claude Cournoyer
musique originale: Ludovic Bonnier
accessoires: Julie Measroch
voix: Frédérike Bédard
maquillages et coiffures: François Cyr
conseiller au mouvement: Huy Phong Doan
collaborateur au décor: Éric Olivier Lacroix

http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/cantate




samedi 1 octobre 2011

LA NUIT DES ROIS ou ce que vous voudrez: le chant de l'heure


Illustration: Gill Champagne
Reproduction photo: Stéphane Bourgeois
 Design: diese.ca
Portrait inspiré de la photographie de Klervi Thienpont
crédit: Brigitte Thériault


 
Jeudi soir dernier, dans la salle de l’Octave-Crémazie, il y avait beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles du CEGEP Limoilou; ils avaient un travail à faire pour leur cours de français. L’une d’entre elles était assise à ma droite en compagnie de son amie du secondaire IV. Si vous aviez vu les yeux de cette dernière à la fin de la représentation ! Le look de son regard flamboyant valait à lui seul le prix de ma présence à cette soirée de théâtre des plus réussies. Elle a été subjuguée par tout ce qu'elle a vu. Elle était au septième ciel. Ses applaudissements à tout rompre, accompagnés de ceux d'un public qui ne s'est pas fait prier pour se lever d’une traite, les sifflements, les exclamations, beaucoup de bruit…pour quelque chose…et Feste...ah! qui nous a toutes renversées, les vieilles comme les jeunes... 

William Shakespeare, une fois de plus, et non la moindre, est venu nous rendre visite à Québec. Après son ROMÉO ET JULIETTE en février et sa TEMPÊTE en juillet, c'était au tour de sa NUIT DES ROIS ou ce que vous voudrez…Il nous en a encore fait voir de toutes les couleurs, par tous les miroirs de sa vérité...sur le mensonge...Trois Shakespeare par an, c’est une excellente moyenne, assez en tout cas pour entretenir sa mémoire...et la nôtre.  

Cette pièce a été écrite pour être jouée pendant les festivités de l'épiphanie, et la première représentation le 2 février, à la chandeleur, qui était alors le moment principal des fêtes de l'hiver, à Londres, au Middle Temple (Inns of Court). La date présumée de composition de cette pièce est située entre 1599 et la fin de 1601. (sources: wikipedia)



C’est Jean-Philippe Joubert qui a réalisé cette éclatante mise en scène. La distribution, haut de gamme, avec des voix qui portent, dans un décor lumineux, celui de Claudia Gendreau, agrémenté de pièces musicales enchanteresses de Mathieu Campagna et des chatoyants costumes qui vont de la soie au velours, que demander de plus ?



Des caractères uniques


Jean-Jacqui Boutet (Sir Tobie) et Denis Lamontagne (Sir Andrew): un duo hilare, tout à fait énergique, chatouillant comme une plume légère; Kevin McCoy (Malvolio): adorable martyr, avec son texte joué en anglais/français, une façon de nous faire savourer l’original du texte; Olivier Normand (Feste): le coup de cœur sensible de ces dames, avec son long manteau de velours vert et son haut-de-forme, sa voix caverneuse et sa touchante interprétation; Anne-Marie Olivier (comtesse Olivia): imprégnée de son aura habituelle, ravissante et tellement (b)elle; Jean-Sébastien Ouellette (Orsino): toujours aussi grand et captivant, princier, royal, et ce soir...ducal; Lucien Ratio (Sébastien (et un musicien)): explosif dans son beau costume bleu lustré; Klervi Thienpont (Viola/Cesario): éblouissant (e)…dans son beau costume....bleu...lustré; Marjorie Vaillancourt (Maria): remplie de toute la vigueur permise des espiègleries, avec ses petits gants rouges ajustés, et une coiffure qui ne manquait pas de toupet; Réjean Vallée (Fabien (et le Capitaine)): toujours aussi beau, bon et...cher, avec toute sa loyauté aux grands textes; Mathieu Campagna et sa mélodieuse musique, qui est en soi un personnage à part entière de la pièce; Matthew Fournier (Valentin le musicien): avec le regard intense de sa fougue joviale de jeune premier, un comédien découvert chez Premier Acte dans ...et autres effets secondaires, qu'il me faisait grand plaisir de revoir; et finalement Patrick Ouellet: (Antonio et Curio le musicien): une très belle découverte pour la Spectatrice qui peut-être l'avait déjà vu ailleurs mais pas assez remarqué...


Pour retourner vivre quelques deux heures quarante à l’époque des ducs et des comtesses, avec leurs maîtres et valets à bord de la scène...pour partager leurs farces et attrapes...pour voir (ou revoir) et subir leurs grandes et petites manigances...pour étancher la soif des mots qui donnent à boire à toutes ces histoires faites de scènes de choix qui ne vieillissent pas... pour retrouver les mots d'un certain temps qui n’en n’auront probablement jamais fini avec l’histoire de ce grand théâtre qu'a écrit William Shakespeare...ces histoires qui n'en finiront jamais de faire réfléchir et émouvoir le Spectateur, autant le Jeune que le Vieux...pour s'imprégner de la douce folie des grandeurs qui habite encore les esprits-châteaux de cette Angleterre qui ma foi n’a pas réellement changé...pour perpétuer l'oeuvre d'un créateur encore si actuel...pour se retremper de la pluie d'autrefois...pour se sécher au soleil d'aujourd'hui...


La pluie...oui, et tous ses clous qui tombaient à la sortie....

À l’arrêt de bus, il y avait trois autres jeunes trois filles qui venaient d'assister à la pièce. Leurs sourires remplis de béatitudes disaient tout…et la question de la vieille dame: « Et votre favori ?» FESTE !!! ont-elles répondu toutes en c(h)oeur !!! Ah! ce beau jeune fou qui faisait le relais de ses émotions aux nôtres, avec sa voix profonde et ses gestes gracieux, il a fait l’unanimité et remporté la palme des interprètes. Dans l’autobus, un autre jeune homme, qui peut-être un jour aura autant de charisme qu Olivier Normand. Je ne connais pas son nom, mais à l'entendre parler de théâtre à son interlocuteur, surtout de la pièce à laquelle nous venions d’assister, il m'a paru être un fin critique. Il parlait aussi de TOM À LA FERME, que j'ai vu la semaine dernière à la Bordée; je n’ai alors pu résister à la tentation de m’immiscer dans la conversation. Nous avons donc eu un échange intéressant à propos de la fin bouleversante de la pièce écrite par Michel Marc Bouchard; nous étions d’accord avec le fait que cette pièce était fort différente de ce à quoi nous venions d’assister au Trident, mais que, finalement, LA NUIT DES ROIS est une pièce qui finit bien, et qui fait aussi...du bien. Point.


La pluie...encore...Le transfert pour la 54...Dans l'abribus, les jeunes jumelles chinoises…Nous nous étions perdues de vue depuis le Grand Théâtre...Une autre belle conversation pour achever ce parcours shakespearien...L’une d’entre elles avait vu LE DRAGON BLEU de Robert Lepage, et regrettait de ne pas avoir vu LA TEMPÊTE cet été à Wendake. Dommage que le temps passe aussi vite, nous aurions pu continuer à parler de théâtre et de ce qu'il fait pour nous... Les deux soeurs sont descendues quelques arrêts avant le mien. Qui sait, peut-être nous reverrons-nous par un de ces soirs de hasard...le monde est tellement petit...


Ma nouvelle place, la H2, est à mon avis ce qu’il y a de mieux pour contempler les scènes majestueuses qui se dérouleront sous mes yeux toujours et autant émerveillés lors de cette saison 2011-2012. Être plus près de l’action pour ne rien manquer du son des bouches, pour reluquer les gestes fous, pour repérer le tremblement d’une main, pour capter la lumière d’un œil luisant, pour entrer dans la danse de l'autre…Être près…Être ici ou là, via l’œuvre d’un auteur, plus ou moins connu, être près des artisans qui la créent, ou la recréent, faire partie de ce tumulte de sérénité qui s'inscrit dans la mémoire spongieuse du Spectateur pour un moment de vérité marqué au fer rouge du plus crédible des mensonges...Être là, pour importer dans mon regard la densité de celui de l'Acteur, pour faire partie de son jeu. Pour être son interlocuteur...pour être à ses côtés et de ceux-là qui le mènent....

...Arrivée dans la rue vidée des sons du quotidien, la nuit des rois pouvait recommencer...rare et juste...juste pour moi....pour débuter le songe d'une nuit d'automne...


Conception

Texte: William Shakespeare
Traduction: Normand Chaurette
Mise en scène: Jean-Philippe Joubert
Scénographie: Claudia Gendreau
Musique: Mathieu Campagna
Costumes: Julie Morel
Éclairages: Caroline Ross
Maquillages: Élène Pearson


mercredi 28 septembre 2011

NOTES DE CUISINE: Buffet des continents

Dans la toilette de LA CUISINE

Photo: L.L.


POUR NE PAS AVOIR PEUR DE METTRE UN FREIN AUX JOYEUX FESTINS,
un peu de mort-aux-rats sur les lèvres des gentils lapins...





«Habituellement, ce qui est drôle lorsqu'on sort les gens du théâtre, c'est qu'ils restent quand même assez sages. Mais ce serait l'fun que pour une fois, les gens ne le soient pas trop... nous en tout cas, on ne le sera pas!»


Sébastien Dorval à Josiane Desloges
Le Soleil, 11 septembre 2011


Normand L’Amour qui sussure Jacqueline fait de la poutine dans les murs de LA CUISINE, restaurant sympathique du 205 rue Saint-Vallier à Québec, là où la pièce NOTES DE CUISINE a lieu jusqu'au 11 octobre. LA CUISINE, un décor rembourré de sets de cuisine des années 50-60 qui vous rappelle à une enfance quand même pas si lointaine.

Pour une fin septembre, on peut écrire que la soirée était superbement douce. Fenêtres et portes étaient donc grandes ouvertes pour que les amis, camarades et quidams puissent prendre place lundi soir dernier, pour savourer pendant quelques deux heures une étonnante suite de plats sucrés/salés. En entrée, une bière avec pita et succulent hummus, plus une courte mais stimulante conversation (sur le théâtre) avec Jean-Michel Girouard, qu'il faisait bon de retrouver, et Marianne Marceau, aussi brillante que pétillante; une mise en bouche qui nous préparait à passer une autre excellente soirée. Jean-Michel et Marianne, que nous reverrons tous deux au cours de la saison 2011-2012, entrèrent en scène (ou plutôt en resto) quelques minutes plus tard...

Frédéric Dubois, qui avait mis en scène FALLAIT RESTER CHEZ VOUS, TÊTE DE NŒUD a à nouveau orchestré la musique de Rodrigo Garcia. Comme les surprises dans les sacs à malices des joyeux festins de McDonald, nous avons eu droit à celles non pas moins sursautantes que nous réservaient les quatre mousquetaires du Théâtre du Buffet. Pour ma part, j’ai eu droit à deux d’entre elles, gracieusetés de Sébastien Dorval, iniateur du projet et comédien.  

Deux Rodrigo Garcia en moins de deux mois: on peut dire que mon plein de textes touchants/réflectifs/hilares/sarcastiques/ a été fait, mais comme je le commentais à Anne-Marie Côté, à la fin de la représentation, j’en prendrais bien encore un autre…et puis un autre. Garcia a de quoi fouetter les esprits, petits et grands, plus ou moins gourmands. Sa pièce ne tourne pas autour du mot, elle lui entre directement dans le vif du sujet, le frappe, l'éviscère, le découpe, l'épice, le charcute, le flambe, puis le mange...pour finir par le digérer, le roter, le vomir, etc...etc...

Les projections vidéos qui accompagnent les textes ébranlants ont de quoi secouer nos petits pleumats. Des exemples: un beau petit lapin blanc dans une cage qui se fait étreindre par un gros serpent affamé, une anguille récalcitrante qui a la tête un peu dure; un clown semi-pathétique qui en prend pour son joyeux festin (remixé en live par une exquise Marianne Marceau aux yeux de braises et aux paroles de glace); un repas d’épiques conquistadors carnivores concocté à l'accéléré....Et des yeux tout le tour de la table, des rires gras, des rires jaunes, des silences dérangeants, de l’audace...un écrémage de Nutella dans la face d'un monde en robes de chambres de molleton, du piment fort dans l’assiette vide d'une humanité aux ¾ à moitié morte…

La crème de brocoli étant chaude à point, la pizza aux légumes/féta délicieuse, la salade de carottes abondante, le pouding chômeur sucré et le thé vert réconfortant, A. et moi sommes donc ressortis réconfortés, le ventre plein des bons petits plats de LA CUISINE, mais les oreilles et le cerveau décongelés par les brûlottantes NOTES DE CUISINE...

…Dans le parking à 5$, en bras de chemise, avant de s'engouffrer dans la cabine du pick-up, A. et moi avons parlé au moins 30 minutes de corruption/collusion, un sujet à la mode par les temps qui courent au ralenti dans notre banlieue silencieuse des soirs assoiffés de début d’automne. Pas de tondeuses ni souffleuses à feuilles (mais on ne craint rien: ça s’en vient), LA NUIT DES ROIS, avec ses miroirs au plafond, pouvait bien s’en venir faire son tour dans ma petite tête grisée de Garcia…



hello my name is ludopathe


Équipe de création

Mise en scène: Frédéric Dubois
Scénographie: Stéphanie Cléroux
Conception sonore: Marco Morin
Régie: Mathieu C. Bernard

Comédiens

Marianne Marceau
Anne-Marie Côté
Sébastien Dorval
Jean-Michel Girouard




vendredi 23 septembre 2011

TOM À LA FERME: Éclatements

Photo: Guillaume D. Cyr






Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes. Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

Adieu
Arthur Rimbaud
Une saison en enfer





Bousculez vos habitudes: allez au théâtre ! Celui de la Bordée entre autre. Pour aller y voir bouger des comédiens en 3D, pour sentir l'odeur du foin, pour flatter le dos sanglant du nouveau-né, pour savourer la truite décongelée d'Agathe, pour vous parfumer de l'ambiance inégalée d'une représentation de TOM À LA FERME. Pour les mots: crus, gras, salés, tendres ou drôles. Pour prendre (ou reprendre) la vie à bras le corps. Bousculez vos habitudes: allez au théâtre ! Ne restez pas assis tranquilles chez vous dans votre lay-z-boy devant votre écran plat. Prenez la chance, ou le risque, d'assister à quelque chose dont vous vous souviendrez longtemps, quelque chose de plus grand que nature.

(message envoyé sur facebook le 22 septembre)


***

TOM À LA FERME...pour la littérature de Michel Marc Bouchard, un auteur qu'il fait toujours bon retrouver sous son toi...TOM À LA FERME...pour un superbe décor fait sur mesure, qui encastre la chaleur des muscles à fleur de peau; pour un éclairage illuminant aussi bien les graminées que la statue d'une Vierge Marie; pour une évasion de sentiments refoulés à travers les mensonges accumulés d'une bonne famille; pour une bataille à mains nues entre hommes de caractère; pour un deuil lourd à vivre par moments, plus léger à d'autres; pour l'attention particulière d'une mère à ses fils; pour le charme d'une fille venue de la ville; pour la brutalité de l'éclatement d'une bouche amoureuse; pour le rouge vin d'un crime gratuit; pour le jaune vif d'un œuf mollet; pour le lait frais d'une vache; pour le cul sur la paille; pour l'intensité des regards; pour la voracité des mots; pour une danse macabre; pour la musique d'en haut de l'étable; pour le parfum présent d'un absent...


Merci aux artisans du théâtre pour cette autre inoubliable soirée.

TOM À LA FERME

Texte: Michel Marc Bouchard
Mise en scène: Marie-Hélène Gendreau

DISTRIBUTION

Joëlle Bond
Frédérick Bouffard
Lise Castonguay
Steve Gagnon

CONCEPTION

Assistance à la mise en scène: Jessica Ruel-Thériault
Décor: Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes: Maude Audet
Éclairages: Hubert Gagnon
Musique: Philip Larouche

Paris, le 2 avril (18)72.
Du café de la Closerie des Lilas.

Paul Verlaine à Arthur Rimbaud

Tu as dû depuis d'ailleurs recevoir ma lettre sur pelure rose, et probab[lement] m'y répondre. Demain j'irai à ma poste restante habituelle chercher ta missive probable et y répondrai... Mais quand diable commencerons-nous ce chemin de croix, - hein ?



dimanche 18 septembre 2011

OPINION: J'AIME MOINS LA TÉLÉ QU'AVANT

Vers le Bas-du-Fleuve en août 2009
Photo: L.L.



Parce que je partage la plupart de ce qui est écrit ci-bas...


J’aime moins la télévision qu’avant. Je trouve qu’elle ressemble à ce qui est survenu à la Ligue nationale de hockey quand celle-ci s’est lancé dans une expansion déraisonnée, avec le résultat qu’on connaît: un sport qui n’en est plus un parce qu’animé par un trop grand nombre de joueurs sans véritable talent qui se servent de leur bâton de hockey comme d’une arme et de leurs corps comme d’un char d’assaut. Une violence toute américaine dont l’accomplissement parfait est celui de tous ces sports dits extrêmes où l’on voit des hommes et des femmes encagés, se frappant de coups de poing et de coups de pied, au grand plaisir d’une foule devenant hystérique quand le sang jaillit.


J’aime moins la télévision qu’avant. Depuis la multiplication des chaînes et sa concentration entre les mains de quelques propriétaires, on ne peut plus parler vraiment de qualité: le petit écran est devenu un gigantesque fourre-tout dont la médiocrité saute aux yeux dès qu’on a le courage de passer une journée devant son téléviseur. C’est que la télévision ne pense plus guère, elle se contente de plus en plus de réfléchir comme un miroir ce qu’elle croit que la société est devenue : un ramassis de faits divers que rien ne relie entre eux, sinon la bonne conscience de ses animateurs qui croient qu’en agissant ainsi, ils vous apportent la démocratisation de la télévision. Tout le monde y a désormais droit de parole, et davantage ceux qui sont tordus que les gens de santé, davantage ceux qui sont malades, paumés, imbéciles, détraqués ou devenus légumes que les citoyennes et les citoyens débordant d’un trop-plein de vie.


J’aime moins la télévision qu’avant. Je trouve qu’elle est devenue bien tonitruante: même ceux qui animent les bulletins de nouvelles ne cessent pas de me crier par la tête. Et que dire de tous ces animateurs de foules qui croient qu’un quizz et qu’un show dit de variétés ne peuvent pas exister sans qu’on ait toujours les baguettes en l’air et la voix à l’avenant !


J’aime moins la télévision qu’avant. Et moins aussi les chroniqueurs qui ont pour métier de me parler d’elle. Ils n’en ont plus que pour le vedettariat: un pet d’André Angelil, la désintoxication d’Éric Lapointe, le divorce des uns et le rabibochage des autres, Danny Turcotte qui joue le fif auprès d’André Boisclair et Guy A. Lepage qui fait une montée de lait, c’est maintenant ce qu’on appelle de la nouvelle et le bon peuple doit en savoir le long et le large. C’est que le monde des vedettes et celui des chroniqueurs forment une société fermée, qui ne s’adresse plus vraiment au monde, mais à elle seule.


J’aime moins la télévision qu’avant. Parce que les émissions dites sérieuses sont devenues les laissés-pour-compte du petit écran. On n’en parle pour ainsi dire jamais. Par exemple, La semaine verte célèbre cette année la quarantième année de son existence et ses concepteurs ont produit quatre merveilleuses émissions qui nous montrent, non seulement son évolution, mais celui de toute la société québécoise. Aucun de nos chroniqueurs n’en a dit un mot. Il en va de même pour Découverte, Planète science, Super science et la plupart des grands reportages que diffuse la chaîne RDI. Qui sait ce que sont Les agents du changement, une formidable série sur l’écologie, le développement durable et cette transvaluation de toutes les valeurs qui fut si chère à Friedrich Nietzsche ?

J’aime moins la télévision qu’avant. Ses archives sont pleines de trésors, qu’on aurait grand intérêt et grand plaisir à revoir. Mais ça demanderait du travail, donc de l’argent à investir, et nos grands diffuseurs ne veulent ni de l’un ni de l’autre. Pour la centième fois, on a droit à Scoubidou, à Ma sorcière bien-aimée, à C.S.I. Miami, à La petite maison dans la prairie, à Beverly Hills ou à FBI, flic ou escroc. On peut désormais passer toute sa journée devant son téléviseur à ne voir que ce qu’il y a eu de moins bon à la télévision américaine des années 1960 à 1980.


J’aime moins la télévision qu’avant. On y parle de moins en moins bien notre langue, on l’écrit comme si elle ne nous appartenait déjà plus. Sur ces fils de presse qui défilent au bas de nos petits écrans durant les bulletins de nouvelles, on y fait une faute à tous les cinq mots et personne ne semble s’en préoccuper étant donné que ça ne cesse pas de passer et de repasser inlassablement.

J’aime moins la télévision qu’avant. Depuis qu’elle n’est plus nationaliste, mon être identitaire s’y perd. Dans certains bulletins de nouvelles de la télévision de Radio-Canada, pas moins du tiers qui s’y dit l’est souvent en anglais, puisqu’on n’y traduit plus rien. On peut bien élire dans le comté francophone de Berthier-Maskinongé une unilingue anglophone et l’y accueillir à bras ouverts: n’est-elle pas le nouveau rêve qui nous habite depuis que nous ne sommes plus nationalistes parce que nous avons mis au vestiaire notre être identitaire ?

J’aime moins la télévision qu’avant. Tandis que le rêve américain s’effondre, nous importons des États-Unis de plus en plus d’émissions et de films dont on ne prend même plus la peine de traduire les génériques ni les titres (par exemple, The Price is Right). Avez-vous regardé une seule fois Qui perd gagne, cette émission sur des obèses étatsuniens qui sont récompensées quand ils maigrissent et punis quand ils ne maigrissent pas? Au-delà de toute indignité c’est !

J’aime moins la télévision qu’avant. Les publicités, notamment sur la bière, me rendent honteux. Non seulement on y représente toujours la femme comme un objet à consommer au même titre que le houblon, mais la firme Sleeman, sous le prétexte de nous raconter les commencements de la brasserie, nous amène dans le Chicago d’Al Capone, mitraillettes et tueries à la clé. Ce n’était pas bien, nous dit le commentateur de la chose, mais quelle bonne bière cela nous a donné! Mais il y a pire. De plus en plus, notre société se sert des enfants pour mieux vendre ses produits. Je pense notamment à cette publicité qui nous montre un tout jeune garçon qui nous vante la voiture qu’il vient d’acheter et qu’il considère comme sa maison, y jouant, toutes portières accessibles, sans qu’on exerce la moindre surveillance auprès de lui.


J’aime moins la télévision qu’avant. On y privilégie les films américains et les films québécois qui leur ressemblent. Sauf exceptions (celle d’André Forcier notamment), je ne trouve maintenant qu’une différence entre le cinéma américain et le nôtre: alors que le drapeau américain flotte partout et souvent dans tout film hollywoodien, on ne voit jamais le fleurdelisé dans notre cinéma. Rien d’autre qu’un hasard ?


J’aime moins la télévision qu’avant. Parce qu’elle ne nous invente plus, elle nous évente. Parce qu’elle ne nous invente plus, elle nous éventre. De quoi comprendre que mon nationalisme et mon être identitaire en saignent comme cochon qu’on égorge.

Victor-Lévy Beaulieu
Grand prix de l’Académie de la télévision et du cinéma 2011