mercredi 14 novembre 2012

VIANDE: une tranche de sans filet


Photo: Premier Acte



C’est un des cauchemars de l’industrie agroalimentaire. Une bactérie type E.Coli qui vient contaminer la viande et provoque un désastre sanitaire. Pour traquer ces vilains contaminateurs, certains comme les Etats-Unis, utilisent la manière forte, la javel pour les poulets, et de l’acide lactique pour nettoyer la viande de bœuf. Des méthodes, pour l’instant, jugées incompatibles avec nos habitudes culinaires européennes. Sauf que la Commission réfléchit à un projet de réglement qui autoriserait désormais l’acide lactique, et donc les importations de bœuf américain. Un revirement qui suscite beaucoup de débats.
Frédérique Lebel
RFI

Marc Couture était brûlé à 90 % de son corps. Ses reins ne fonctionnaient plus.


Strange days have found us

Strange days have tracked us down

They're going to destroy
Our casual joys
We shall go on playing
Or find a new town





Un morceau de mythologie dans la gueule saignante du gros méchant loup. Un petit chaperon rouge re:re: revisité par le grand Maxime Robin. Des dents effilées, des oreilles pointues, des cuisses entrouvertes, des viscères explosives  et du sang…FROID.


Une tête qui se penche sur le côté sombre des sentiments de fin de nuit. Du vice à l'amour, une couple de baffes dans le ventre de l'angoisse. Des odeurs de brûlé dans le fond de la poêle à frire. Un robinet chromé entre la souffrance et le sourire. Un délicieux ragoût enfoncé dans la gorge chaude de la beauté. De la lumière anorexique sur le fard de la nuit. Quelque chose qui fait mal. Quelque chose qui rend dingue. Comme dans une superbe hantise. Comme une balle entre les deux reins. Un homme caché en dessous du comptoir...

Non, la VIANDE de Maxime Robin, c’est pas de la petite bière. C’est une pièce comme on les aime: cruelle, sensuelle, chaude, froide, jamais tiède. Une entrée viscérale dans la matière grise. Une caméra cachée dans l’œil humide de l’humanité. Un show ALL RIGHT NOW, BABY, avec des comédiens all-in-one...



Jean-Michel Déry: éclatant de noirceur et d’inhumanité, aussi froid qu’un granulat recyclé, tranchant comme une lame de rasoir dans une pomme de tire, aseptisé; Noémie O’Farrell: toujours aussi juste et distinguée, un corps parfait, des yeux tout le tour de la tête, un poing enfoncé dans la bouche, une crampe de vérité pure; Pier-Olivier Grondin: frais émoulu du Conservatoire, un jeune premier rempli de tout le sang des promesses... 

There she stood in the street
Smiling from her head to her feet
I said "Hey, what is this"
Now baby, maybe she's in need of a kiss
I said " Hey, what's your name baby"
maybe we can see things the same
Now don't you wait or hesitate
Let's move before they raise the parking rent



En conclusion, l’Effroyable cause parfois de ces miracles qu’on est pas prêts d’oublier. Nous n’avons absolument rien vu venir et c’était parfait de même. Les surprises, c’est ce qui nous tue le mieux (au théâtre), en cela VIANDE aura semé sa bactérie mangeuse de chair dans nos petites têtes affolées. Dorénavant tout ce que l’on peut espérer pour l’avenir de LA VIERGE FOLLE est qu’Elle aille se faire voir ailleurs que dans la jeune Capitale, qu’Elle aille « viroser » la métropole et puis tout le reste du monde entier, si ça lui chante.

Merci à Maxime Robin pour les bons soins de son Intensif, c’est un excellent chirurgien; il sait comment découper, et suturer, nos âmes-sueurs. Avec la coalition de ses Acteurs et de ses Collaborateurs, il nous fabrique tout un cinéma…d’Auteur. Ses futurs petits chaperons rouges n’auront qu’à bien se tenir dans le boisé des amateurs affamés... 

Et on partira sur un simple reflet
Qu'on épousera jusqu'à tout oublier
On repartira chaque jour sans filet

On s'écoulera jusqu'à se perdre en pieds






Production: LA VIERGE FOLLE
Direction de production: Noémie O'Farrell
Texte et mise en scène: Maxime Robin
Collaboration à la mise en scène: Jean-Michel Girouard
Conception vidéo et projection: Marilyn Laflamme
Décor et effets spéciaux: David Pleau
Lumières: Keven Dubois
DISTRIBUTION
Jean-Michel Déry
Pier-Olivier Grondin
Noémie O'Farrell
Photos: David Talbot-Lachance









lundi 12 novembre 2012

LES CHAISES: Ding Dong, entrez donc, prenez place


Neige de mai à Notre-Dame-de-la-Merci
2009
 Photo: L.Langlois

À tous les prolétaires, fonctionnaires, militaires, révolutionnaires, réactionnaires


« J’ai essayé d’extérioriser l’angoisse de mes personnages dans les objets, de faire parler les décors, de visualiser l’action scénique, de donner des images concrètes de la frayeur ou du regret, du remords, de l’aliénation…[… en ce sens] tout devient présence, tout devient personnage. »
Eugène Ionesco
Notes et Contre-notes




L’absurde comme le fantastique, c’est encore pas mal d’actualité, surtout par les temps qui courent plus vite que nos ombres. Comment ne pas être tombée en bas des Chaises de Ionesco en la chaleureuse compagnie de ce jeune couple explosif de nonagénaires qui m’a complètement  abasourdie. Il m’a fait penser à tout plein de vieux et de vieilles qui célébreront leur presque 100ème anniversaire de naissance, qui sont mariés depuis 80 ans. Dans le journal de Québec du samedi y’en a toujours un ou deux semblables de ceux-là. Avant de faire leur ultime tour de piste ils ont tellement à nous dire et...à nous redire. C'est drôle pis pas drôle, parce qu'il y en a qui finissent par nous tomber sur les nerfs tant ils se répètent mais ces deux-là, ceux de Ionesco, on les écouterait ad nauseam tellement les interprètes qui les ont joués sont imposants.

Réjean Vallée, qui a remplacé à pied levé un Jacques Leblanc empêché par une mise au repos imposée par son médecin (malgré lui), a tout simplement été impeccable, comme à l'accoutumée. Sa compagne, Nancy Bernier, tout aussi tordante que lumineuse le complétait à merveille. Et Jack Robitaille, en Orateur muet sur écran géant, un petit bonheur sans nom. Les rires ont fusé de toutes parts dans une Bordée remplie à ras bord. Trois rappels l’ont confirmé. Le décor: absolument génial. Faut voir cette chaise géante qui pivote au rythme de l’huile de coude des deux protagonistes. Les portes, les fenêtres, les escaliers, la lumière, la musique ! Tout était en place pour la magnifique mise en scène de M. Bertrand Alain. Tout a contribué au succès du jour.

Jeudi soir dernier, le 8, j’ai eu quelques pensées (violettes) pour ma mère et ses sœurs, mes tantes octogénaires, toutes veuves. Elles auraient probablement rit un bon coup en voyant les mimiques slapstick de la vieille, ses tendres pirouettes, à entendre les sempiternelles remontrances faites à son compagnon maréchal des logis. Mais elles auraient peut-être pleuré en les entendant parler de leur fils unique qui les a abandonné un jour pour un ailleurs qui ne se trouve pas être à deux coins rue de chez elle...

La solitude, l’ennui, et cette (in)certaine envie de les fuir. Le tournage en rond, comme des vieux hamsters dans leur cage, les anciennes histoires de leur bon vieux temps, et celles du jour, plus plates encore qu’une planche à les repasser. De l'aurore au crépuscule, leurs pas feutrés sur les planchers usés mais cirés, leurs cœurs brisés par l’arythmie, leur repos bien mérité dans leur dernier sanctuaire...

La scène est là pour recréer des ambiances, elle y fait s’y recycler des souvenirs indélébiles d’une époque encore pas si lointaine. Ceux des CHAISES datent  de 1954, et j’avoue que ça ressemble parfois pas mal à aujourd’hui. Le théâtre des angoisses d’Ionesco nous promène dans les coulisses d’empereurs perchés au plafond, entre les bras d’une maman retrouvée dans la tête itinérante de l’enfance impérissable, dans la bouche d’un Orateur invisible et muet. La mort suit tout le reste mais la vie se reprend vite en main. On se lève alors pour applaudir les Comédiens qui nous ont apporté de leur lumière, de leur espérance, et l'on ne se surprend plus à les aimer de plus en plus et de mieux en mieux. Ils marchent à nos côtés, tels des amis fantômes, ils vous donnent envie d'un lift pour l'Éternité ou d'un lifting de l'Absurdité.

LES CHAISES de la Bordée: le parfait prélude pour le RHINOCÉROS du Trident. Ionesco devient, je crois bien, l'un de mes immortels préférés.



« C’est le rire du vieillard qui exprime la plus grande sagesse » dit l’axiome zen.
LE VIEIL ÂGE ET LE RIRE
de Fernand Dansereau









Texte: Eugène Ionesco 
Mise en scène: Bertrand Alain
Distribution: Nancy Bernier, Réjean Vallée, Jack Robitaille

Conception

Assistance à la mise en scène: France Deslauriers 
Décor: Vano Hotto
Costumes: Stéphanie Cléroux
Éclairages: Hubert Gagnon
Musique: Fabrice Tremblay

Chus ben assis dans mon salon,
Y mouille dewors su’l balcon, 
Et un jour y f’ra plusse beau 
dans mon bol de toilette (2x)
Bernard Adamus



dimanche 11 novembre 2012

ANGOISSE COSMIQUE ou LE JOUR OÙ BRAD PITT FUT ATTEINT DE PARANOÏA: PAUSE !




Plus de deux semaines déjà qu’ ANGOISSE COSMIQUE ou LE JOUR OÙ BRAD PITT FUT ATTEINT DE PARANOÏA s’est fait voir et entendre au Périscope. J’ignore combien d’humains sont nés depuis ce jour encore moins combien sont morts. Tout ce que je sais est qu’il y a deux fois plus de naissances que de décès et donc que ça peuple en masse sur notre belle planète bleue et brune.







Quel magnifique et désastreux constat ! Les Brad que j'ai vus le 24 octobre dernier nous en mis plein les yeux et les oreilles. À les voir s’angoisser ainsi, tout comme nous, devant leur écran géant à longueur de jour, à s’essouffler au fur et à mesure que les heures s’étirent, il a dû …ah! Et pis allez donc voir le WORLDOMETER * (plus bas) pour constater les statistiques de nos mini-méga-dégâts, c’est tout simplement...crevant !





Christian Lollike, l’auteur danois qui a écrit ce texte (traduit par Catherine Lise Dubost), donne à réfléchir en même temps qu’il divertit. J’ai en tête les blanchissantes PAUSES ! et cette immense tête de lapin en peluche, comme une sorte d’extra-terrestre venu d’une forêt imaginaire, une forêt qui contiendrait les derniers mammifères d’un monde qui fond dans la marmite du temps. J’ai aussi en tête les échanges de perruques des trois Brad: Emmanuel Bédard, Claude Breton-Potvin et Hugues Frenette. Leur lumineuse interprétation, empreinte du cynisme face à ce qui se passe au niveau des cons-pétant-plus-haut-que-le-trou qui gouvernent le bateau errant de l'humanité dans lequel chacun de nous essaie tant bien que mal de naviguer sur les eaux gazeuses de son obésité croissante, aura creusé un nouveau sillon dans la caverne de mes doutes. Parce que je ne crois pas que ce soit un Brad Pitt, ou quiconque d'autre de ces stars à systèmes, qui pourrait sauver notre tueur-monde de ce flot de fléaux explosifs, mais peut-être bien les méga-tonnes de krills qui seront transformés en huile par les nouveaux dieux de la pharmaceutique (si entretemps ils ne sont pas trop intoxiqués par le HCB (hexachlorobenzène)) !!!

La paranoïa nous guette. Elle est là, tout près de nos pas vacillants, au centre de nos fantasmes les plus fous. Elle grandit à mesure que les continents rapetissent. Elle fait entrer ses guerriers dans les recoins sombres de nos armées en déroute. Elle se blottit contre le stress ambiant du moment. Elle accumule les dépôts salés de nos larmes refoulées en petites boules. Elle attend l'heure de l'immolation de nos douleurs à mère. Elle ouvre la porte à nos démons de carbone, leur insuffle le poison chaud des mortels que nous sommes tous. Elle finira par emporter tous les Brad qui sommeillent en chacun de vous. 
André-Philippe Côté LE SOLEIL

CARBON VISUALS










Superbes photos prises par Nicola-Frank Vachon:




ANGOISSE COSMIQUE ou LE JOUR OÙ BRAD PITT FUT ATTEINT DE PARANOÏA
DISTRIBUTION
Hugues Frenette
Emmanuel Bédard
Claude Breton-Potvin

Auteur
Christian Lollike

Traduction
Catherine Lise Dubost

Adaptation
Michel Nadeau

Mise en scène
Michel Nadeau

Assistance à la mise en scène
Simon Lemoine

Décor et accessoires
Marie-Renée Bourget Harvey

Costumes
Daphnée Lemieux-Boivin

Éclairages
Jean-François Labbé

Bande sonore
Yves Dubois

Vidéo
Lionel Arnould

mardi 6 novembre 2012

Les mots de Véronique



Photo: Neil Mota




Parce qu'il y aura toujours les mots des autres pour abriller les nôtres...
L.L.


Véronique Côté n'est pas qu'une simple actrice, c'est aussi une auteure. Une vraie, une grande. Elle nous a donné l'inoubliable TOUT CE QUI TOMBE cet automne. Une pièce émouvante, présentée comme un recueil de ses plus beaux secrets. Je vous invite à lire un texte de son cru, empreint du plus naturel des sentiments, l'amitié. Un hommage aux acteurs qui ont joué dans sa pièce. Un texte qui en ratisse large sur l'humanité. Un texte tout simplement des plus intègres. Il est fort bienvenu, surtout en ces temps imprégnés de corruptions et d'allégations de toutes sortes. En attendant les futurs mots, voici ceux du présent.



DEBOUT ET DÉSHABILLÉE

J’apprends ma condition d’auteur tous les jours. Je ne m’y fais pas.
Je suis nouvelle.
Quand Adèle dit : « Ok, les acteurs, on se rassemble dans la salle de répétition dans 5 minutes », je me lève et je vais dans la salle de répétition attendre toute seule, parce que cette fois, je n’ai ni costume, ni maquillage. Je suis prête avant tout le monde.
Je suis nue.


J’apprends et c’est une sorte d’errance.
Je traîne debout au fond des théâtres, ne sachant plus où je dois aller.
Tout me déplace.
Je suis comme dans une vie à côté de mon autre vie, cette vie-là qui est la mienne le reste du temps - la vie où les mots des autres brillent dans ma pensée, la vie où les mots des autres sont comme un ciel bougeant lentement autour de mon présent.


Devant mes propres mots, je ne sais plus où je suis. Ciel renversé. Sorte d’exil invisible.


Je suis actrice. C’est ce qui m’a faite. Ça, quelques chagrins, et deux ou trois paysages.
Je suis metteure en scène, à l’occasion, et toujours par amour. C’est l’endroit d’où j’aime le mieux.
Je deviens auteure. Premièrement, je n’en reviens pas ; deuxièmement, je n’ai pas moins peur maintenant que c’est fait, je veux dire cette pièce, elle est écrite, finalement elle s’est écrite : j’en tremble encore. Je ne sais même plus comment c’est arrivé.


Je me suis sentie loin tout au long des répétitions.
Comme à l’étranger.
J’avais envie d’écrire des cartes postales à l’équipe.
J’avais envie de trouver une cabine téléphonique et de faire des appels longue distance en pleine nuit.
Je me demandais comment c’était, d’être chez moi. Je me demandais s’ils étaient bien, eux tous.
S’ils s’ennuyaient parfois de moi.


Mais il y a toujours un cadeau.
Depuis ma nouvelle position, j’ai vu les acteurs comme jamais je ne les avais vus. Avant je ne voyais pas bien, ma place était avec eux. Je compte d’ailleurs y retourner le plus vite possible.
Mais en attendant, j’ai été, je suis complètement bouleversée par la nature de ce métier.
Protéger les mots. Défendre l’histoire. Mieux que moi qui pourtant ai écrit.


J’ai envie de les serrer contre mon coeur sans cesse.


J’ai envie de les couvrir de confiture de rose.


Je les trouve si beaux.
La générosité de leur geste me transperce.
Je suis chavirée, complètement, par l’étendue de la bienveillance, du courage, de la foi qui est la leur.
Chaque soir, ils tremblent pour moi sur la scène.
Ils marchent, ils s’embrassent, ils parlent, ils pleurent.
Ils le font à ma place.


Ils me sauvent.


Bien sûr je parle des acteurs alors que toute une équipe conspire au miracle du théâtre, à cet élèvement de l’histoire par les forces conjuguées des artistes qui tissent une toile de sens et de beauté autour des mots : je l’ai dit au tout premier enchaînement, je suis renversée par ce spectacle. C’est à la fois comme si je n’avais rien su de mon propre texte avant de le voir comme ça, hors de moi; et qu’en même temps, j’avais eu l’impression que l’intérieur de ma tête était soudain posé devant moi, dévêtu, fragile, debout.
J’aime tout. La lumière amoureuse, les musiques comme des couvertures sur les épaules des personnages, le sol cœur battant, les mots comme des flocons qui dansent derrière, les silhouettes sensibles qui peuplent mon imaginaire révélé et transfiguré par l’art, par l’âme de mon équipe.
Je voulais leur redire à quel point ils m’avaient émue.


Leur amitié pour mon texte est une des choses les plus touchantes qu’il m’ait été donné de vivre.
De ça, je ne me remets pas.
Je ne m’en remets pas.


Véronique Côté, auteure de la pièce Tout ce qui tombe



samedi 6 octobre 2012

TOUT CE QUI TOMBE: Ailleurs deux fois plutôt qu'une





Des mots, que personne n’entend.

Tout ce qui tombe dresse devant nous un paysage.
Un paysage de possibles, dont presque rien ne reste – que des traces.
Ce qui nous lie, ce qui nous sépare.
il y a une ville, Berlin, affalée au beau milieu des vies de tout le monde.
il y a de grandes amours.
il y a des murs.
il y a la mer Baltique, des violons, un aéroport, une cabine téléphonique à Budapest, un rosier sauvage, de l’acupuncture, des bagages, une voiture abandonnée, un coffre à outils, un banc de parc, la Spree, de la salade, de la vodka, des billets d’opéra, des fugues de Bach, un café sur Oranienstrasse, des lits, des téléphones, des lettres, des baisers.
Plein de gens qui se perdent.
Plein de gens qui se sauvent.
Des mots, que personne n’entend. Et qui tombent, comme une sorte de neige.


Véronique Côté






27 septembre 2012

L. : Bonjour Éric,

J'arrive de voir TOUT CE QUI TOMBE ! Ouf! Va voir ça. Y'a comme un peu de nous autres là-dedans et...du Wajdi ! Véronique Côté et Frédéric Dubois ont accompli là un véritable chef-d'oeuvre. Et pis j'ai acheté CHAQUE AUTOMNE J'AI ENVIE DE MOURIR ! * Re-ouf ! LAPIN, bah c'est MON secret. Soufflant comment cette femme écrit. Je suis vraiment sur le Q. Ciao!

É.: C'est certain que j'irai et ton commentaire donne encore plus envie. Merci!

L.: Me suis levée avec la " consigne lumineuse " des mots de Véronique Côté ce matin. Aussi puissant que le Soleil lui-même ! Bonne journée !

É.: Est-ce que tu vas faire un tour à son lancement ce soir chez Pantoute? Formule 5@7. J'y serai peut-être.

L.: J'aurais aimé mais pas possible. Je lui prépare une impression sur sa pièce. Il se peut que je retourne la voir avec Alain, mon Wajdi addict ;-)wink.Je suis à dévorer Chaque Automne...Complètement renversant d'humanité. Steve Gagnon est tout aussi magnifique. Sa montagne rouge (sang) m'avait éblouie au plus haut point. Nous sommes chanceux d'avoir ces deux beautés-là dans notre région. À la prochaine. Bon week-end.


Date: Fri, 28 Sep 2012 05:55:50 -0700







À tous ces enfants donnés, perdus, disparus, retrouvés, qui se sont un jour sauvés du nid de leurs mères en feu. Qu'ils aient été faits par amour ou non attendus, ils avaient à y être, ils avaient à naître... 

le soleil dans la mer/ la pluie sous les nues/ la neige sur le sol/ l’enfance des trottoirs/ les regards dans le soir/ les mains devant le miroir/ les larmes dans le mouchoir/ la mort entre elle et l’espoir...

TOUT CE QUI TOMBE
TOUT CE QUI GRONDE
TOUT CE QUI SE VIT
TOUT CE QUI SE DÉLIE…
RIEN N’EST PERDU
RIEN N’EST FOUTU
TOUT EST À DÉFAIRE
TOUT EST À REFAIRE


Il n’y aura pas plus de mots que ceux qui s’écrivent après l’averse. Il n’y aura pas plus de beauté que celle que j’ai vue passer deux fois à la renverse. Il n’y aura pas plus d’amour que celui qu’ils auront vécu sur la scène du Trident. Il n’y aura pas plus d’intimité que celle de tous ces individus perdus puis retrouvés. Il n’y aura pas plus d’émotion aujourd'hui qu’il n’y en ait eue jeudi et vendredi soirs derniers…


La cabane dans les arbres chez Mémère, 199?
Un loft pour les enfants de la forêt laurentienne


LOFT: Changement de destination, grands espaces, lumière, mémoire de l'ancienne occupation et ambiance artistique sont donc les caractéristiques du loft.

TOUT CE QUI TOMBE a laissé dans les cœurs en tempête une sorte de bien-être apaisant, rien de plus que ce qui devait se vivre ce soir-là. Entre les mots bénéfiques de Véronique Côté et la touchante et poétique mise en scène de Frédéric Dubois, s'est installée pour la postérité de nos souvenirs une autre de ces soirées gravées d’émois et de bouleversements.

Des interprètes touchants, de la lumière, des ombres, de la musique, tout était en place pour cette histoire remplie de Berlin en trois époques: 1989, 1999 et 2009. Les dialogues en allemand, constituaient à eux seuls un personnage, ils étaient le pays que nous nous apprêtions à visiter. De les voir défiler ainsi sur l'écran géant, traduits dans cette langue que l'on ne comprendra pas toujours, mais qui nous parle sans cesse de la même chose, qui nous parle de...

...baignoire, de téléphone, de violoncelles, d'opéra, de cabane dans les arbres, de table à manger, de table à langer, de ventres pleins, de ventres vides, de mains chaudes, de joues froides, d'attente, de mer, de sable, de pays, de vol d’outardes en plein milieu d'un Café, de vol d'avion dans un ciel rempli de drames, de conversations téléphoniques comiques, de délicieuse salade, de fugues de Bach, de chanson de Barbara, de rosier, de confiture d'églantines, de toi, de moi, d'eux...

Marco, Anton, Christophe, Sophie, Rose, Charlotte et Marie, personnages célèbres de par leur simplicité désarmante, citoyens construits en toute insécurité, de celle qui te donne des ailes ou bien qui te les coupe. Mais que des bons mots à dire sur ce magnifique tableau aux couleurs détrempées d’humanité, sur ces rêves d'enfants pris dans le centre chaud d'une planète qui gronde d'amours impossibles, de romances cruelles. C'est le genre de pièce qu’il me fallait voir deux fois plutôt qu’une, pour me rendre compte de la plume souveraine de Véronique Côté, une auteure qui décrit royalement bien le pays qui se fait au fur et à mesure qu’il se refait; le pays où nous sommes allés en marchant vers le rêve... 







À partir d'ici, LES FONDS DE TIROIR nous ont encore une fois déménagés...ailleurs. Frédéric Dubois a ce don de remuer la braise, d'entretenir le feu, d'attiser nos appétits pour un théâtre libre. Espérons que sa collaboration avec Véronique Côté aura un goût de revenez-y. Des interprètes touchants, une histoire d'émotions, une pièce unique, un loft où il a fait bon y vivre le temps de ces deux heures d'abandon...

Dans une semaine nous serons le 13 octobre, j'aurai une pensée secrète pour Rose et sa confiture d'églantines, pour le beurre qu'elle étendra sur son pain à tous les jours, pour sa petite fille, qu'elle n'a jamais revue, pour cette scène magnifique dans laquelle son amour pour elle nous a été soufflée en plein vol dans nos oreilles de futurs sourds...

***

Le lendemain de ma première représentation, celle du jeudi 27 septembre, j'ai pensé au MIRADOR de Pierre Flynn dans lequel il chante BERLIN. Magnifique. Lui succède le superbe CROIRE. Mais si vous avez le temps, prenez-le à bras le corps et écoutez ce chef-d'oeuvre. Il joue ici, gratuit:



« C’est maintenant qu’il nous faut vivre…»



TOUT CE QUI TOMBE



DISTRIBUTION

Steve Gagnon: Marco
Olivier Normand: Christophe
Benoit Mauffette: Anton
Édith Patenaude: Sophie
Julianna  Herzberg: Rose
Marie-Hélène Gendreau: Charlotte
Catherine-Amélie Côté: Marie

Metteur en scène: Frédéric Dubois
Scénographie: Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes: Yasmina Giguère
Éclairages: Caroline Ross
Musique: Pascal Robitaille
Projections: Lionel Arnould




Photos du spectacle:
http://www.flickr.com/photos/letheatredutrident/sets/72157631588565131/


CHAQUE AUTOMNE J'AI ENVIE DE MOURIR

* http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/livre.asp?id=3424

« TOUT N’EST PAS PERDU »