jeudi 29 octobre 2009

Vue/venue d'ailleurs

Pommes de terre fantômes *


La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire.

Gaston Bachelard, extrait La Psychanalyse du feu

Le danger avec la Littérature est qu’il te devient subitement impossible de sortir de ta tanière: ou bien tu le lis ce roman ou bien tu l'écris. Le danger avec la littératwitture et la faceboukure est qu’il te devient absolument possible de choisir entre tes affaires professionnelles ou tes niaiseries sociales. Le bien-être avec Blogger, Wordpress, Over-blog & cie est qu’ils te permettent de rester VIVANT tout en faisant le mort depuis plus de six mois. Et le plaisir avec le Théâtre, la Chanson, la Musique et les Expositions est qu’il croît superbement avec l’usage que tu en fais comme tu le ferais d'un bon anti-douleur.


Écrire, lire ou assister à des événements dits culturels, non pas toujours pour le divertissement en tant que tel voir la détente, mais pour la Culture, celle d’ICI, celle qui te fait sortir presque clandestinement des murs gris de ta prison dorée de banlieue plate, qui détruit les pièges à froidure que tu t'installes/instaures à ton insu. La Culture d’ICI, celle qui te fait goûter à autre chose que des recettes de gras de fêlures d’âmes en peine ou à des drinks imbuvables venus de pays exotiques que tu ne verras probablement jamais de ta vie, ou encore à des trucs à faire, ou à ne pas faire, pour tâcher d’éviter à ta redondante paranoïa qu'elle ne s'accentue davantage devant le tas de mots mal écrits et d’images coulourées que ton écran platte lui projette pratiquement à tous les soirs que le mauvais dieu t’amène. La Culture en direct, pour en re: re: re: mettre toujours un peu plus dans le plein de ta gueule de marin d'eau plate ou dans le fin fond de ton oeil/burin, parce qu'il n'en peut plus de tout te permettre de VOIR.


Tant qu' il y aura de ce " trafic " d'intoxiqués dans les rues piégées et achalandées du grand cirque ambulatoire qu’est devenu l’autoroute électronique, moins nous serons blindés contre les viroses de quidams pré-dada-dicta-teurs qui surf & turf dans le vague inutile de l'asile des impuretés. La Culture, c'est vrai, n'est pas toujours donnée à tout le monde (qui t'en parle), mais nous n'avons qu'à l'emprunter...pour un soir.



* la recette est en quelque part dans le merveilleux monde du goût gueule.
* 25 $ de CD, de DVD ou de Blu-ray égalent souvent le prix d’un billet de show de la relève théâtrale ou musicale, ou encore le prix de deux entrées dans un Musée près de chez vous. De temps en temps, quitter son petit écran...pour voir un petit peu plus grand.


mercredi 28 octobre 2009

Reliquats



Grimoires
de mots
gris noirs

Foutoirs
de mots
boudoirs

Blogues
en gris
Blogues
en noir

Blogues
en blancs
Blogues
en sang

Magies
imaginées
Regrets
d'images
innées

Envies de
soucis
Envies de
sursis
Envie de
sue east side
Envie de
sous aussi

Banquets
d'échos
marinés

Invités
prêts à
se faire
dévaliser

Reluquer
le corps
de ce Christ

En dévoiler
ses dessous...
tristes

Partir
sans lui
sans eux

Y voler
les ailes
de ses yeux
Ne plus
penser
à nous
quand
vous
serez
à noël

Raccourcir
de bas mots
les coeurs
à rapiécer

Allonger
le galbe
de leurs
jambes
urbanisées

Étourdir
l'espace
de quelques
heures

Réfléchir
au-delà
même
de la
Peur

Blaser
nos foies
de fiel et
de temps

L'étirer
pour
se tirer
dedans

Reliquats
à naître
un jour
pour jouer
à mentir

Reliquats
pour être
un soir
et jouer
à bénir
Parcourir
le centre
du grimoire
au milieu
de la mémoire

Et prions
sans l'église
pour sauver
la main mise

Être dans
la mouise
pour aller
a-cueillir
la louise

et lire
encore...
dé-lire
un corps...

élire
un art...
et vivre
au Nord.


The Paper Shop
20 novembre 2006



* photo originale réalisée par Sophie Bernier
   montage L.L.

vendredi 23 octobre 2009

Un serpent sous la neige

Photo Steve Deschênes, Le Soleil




Pour leurrer le monde, ressemble au monde ;
ressemble à l'innocente fleur, mais sois le serpent qu'elle cache.

William Shakespeare
Extrait de Macbeth


Yann Perreau à Québec, à la salle Octave-Crémazie, pour la première fois remplie. Il entre en scène, il est fin seul, presque une effraction, on se demande qu’est-ce qu’il vient faire là. Puis sans convention ni fla-fla, dans son complet 3 pièces cravate, il nous interprète, a capella, l’homme-canon de Richard Desjardins, majestueux ! Il est en "voix" de nous faire parvenir le reste de ses émois, de nous éblouir comme il en a l’habitude, que ce soit dans un petite place de campagne ou bien ici, dans l'espace urbain du Grand Théâtre « à Péloquin »...Il profite de l’occasion pour nous présenter Alex Nevsky, jeune auteur compositeur qui ne se prend pour personne d’autre quand il accouche ses mots sur les envolées de son piano. Et sha-la-la-la…ding-dong, nous sommes conquis. Tout était prêt pour une nouvelle transe du Roi Serpent. Le fanal allumé, arrivé par en arrière, comme un voleur, il déambulait dans l’allée de droite avec ses musiciens acolytes. Nous l’avons vu de près, il souriait.

Un serpent sous les fleurs, comme un sensuel non stop dancing de zigzag latéral, ou encore comme une belle et dynamique danse en ligne droite. Depuis la poésie humide d'un doux regard sensible au trouble naissant d’un égard, Yann Perreau chante et joue contre joue, dense, effeuille ses dessous fous, charmeur, étreint le serpent, et pique pique et colégram. Fanal, réverbère, candélabre, plein de vie pour " l’œil du prince ", la scène, non pas comme une arène de gladiateurs mais comme une aire de jeux pour saltimbanques heureux, une nouvelle voie de lumière pour nos âmes de lierre. Et de la sueur réelle du cou lisse du chanteur entre les mains chaudes d'une spectatrice...médusée.


Même les civils
Ont mis leurs ailes
En escadrille
Jusque chez elle
Même que ma ville
À soir est belle

*** 

À la sortie, le verglas avait verni la sloche des trottoirs, du bruit pour nos bottes. Et la neige, sur les feuilles mortes, et sur celles encore vertes des arbres de la ville, presque plus personne dans les rues pour voir ça, on se serait cru dans un film de science fiction. Il n’était pas tout à fait minuit, et sous le lampadaire de nos coeurs il y avait un IL.


" Oui, Yann, la vie n’est pas toujours cruelle dans le pays d’où tu viens. Et en février prochain, il y aura encore de la neige à Québec et toujours de cette franche lumière...dans ton fanal. »



mercredi 14 octobre 2009

LES ARBRES

Photo: Marc Garneau
Voir



Hier soir, dans une forêt enneigée de la Norvège, une tempête. Une mise à jour des mi-amours. Deux soeurs unies par l'errance, un regard sur leur liaison. La définition de leur filiation. Les craquements de leur maison. Une résilience. Un abandon. Une renaissance. Un paquet de motons. Et le bois qui les réchauffe, les construit, les névrose, les déplie. Qui leur donne et qui leur prend...la graine, les racines, les feuilles, la sève, le noyau...et l'Intense...de leurs coeurs au centre d'un grand repos ravageur.

Dans les coulisses de nos petits contretemps, l'installation de la Création. À même l'essence de nos tourments, leurs larmes, leurs cris, leur indifférence, et l'angoisse, « Mais laquelle ? La mienne...»

De la lumière au clair-obscur, du gris à l'impatience de l'azur, le jeu des mains sur les bûches de la galerie, le jeu des mots de l'Artiste dans son jardin. Les mots qu'il greffe pour nos lendemains. La crise, l'émotion, le goulag, le oui-ja.. les fantômes lointains. L'invention d'une histoire tel que nous la vivons...pour un moment... de pleine réflexion.

À la gauche des familles en combustion, à la droite de leurs peccadilles, la chaleur cheminante de leurs infusions, l'éclatement de leur grand rassemblement, la réunion de leurs mille et un pas perdus. Nul besoin de faste pour décorer notre vision, LES ARBRES seulement y ayant largement collaboré. Avec le bruit de leur âme au Nord dans celui du vent qui la mord, ils ont défait nos cheveux et viré nos sangs de bord.


Les Arbres


Texte d'Édith Patenaude avec la collaboration de Krystel Descary
Mise en scène de Krystel Descary et d'Édith Patenaude
Avec Krystel Descary, Jean-René Moisan, Édith Patenaude et Guillaume Boisbriand

lundi 12 octobre 2009

Pi, le tourment de la circonférence

Pi des dimensions non entières
220 X 300 mm
frédéric dumond écrivain, vidéaste, plasticien




Un poème se déploie au sein des premières décimales du nombre Pi, interrompant leur continuité. Le texte remplace les décimales, se substituant à elles. Planche originale tirée à 10 exemplaire numérotés, signés.


Je me demandais aussi pourquoi L'histoire de Pi, * du bookerprizé Yann Martel traînait encore sous le pied de ma lampe de chevet, ce depuis le 19 janvier 2005, la réponse plus bas...

* À noter: j'ai reçu ce livre en cadeau de la part d'une soit disant amie, non pas grecque mais bien pure québécoise, une grande gueule à qui je n'adresse plus la parole aujourd'hui, et qui connaissait très bien mes préférences en lecture, dont l'oeuvre du plus prolifique auteur que le Québec ait connu, celui-là même qui m'a fait parvenir le message ci-contre et qui demande sa diffusion. Un vrai cadeau de grec que ce Livre de Pi, que je n'ai jamais terminé finalement l'histoire était trop square, mais venu de la part d'une vraie gougoune qui nourrissait son âme à coup de bouillons de poulet pour essayer d'en guérir, je ne me suis plus posé trop de questions sur la culture à bon marché...


OPINION




Le gros nez rouge de Guy Laliberté

et un imposteur nommé Yann Martel


Je n’ai pas regardé très longtemps le show des étoiles de Guy Laliberté. Le gros nez rouge de clown qu’il s’obstinait à porter avait l’air d’une verrue au milieu de son visage. Et la fameuse goutte d’eau qui se promenait de l’espace à la Terre ressemblait à un monstrueux spermatozoïde solitaire et schizophrène qui avait l’air de se demander ce qu’il faisait là, à fortiller mollement de la queue.

Quant au conte dit poétique de Yann Martel, quel ramassis de lieux communs, d’angélisme juvénile, dont ne se dégageait pas la moindre sonorité. Yann Martel plutôt que Claude Péloquin? Et pourquoi donc? Parce que Claude Péloquin, authentique poète, n’est que québécois et français et porte en lui une culture qui est foncièrement la nôtre? Yann Martel, lui, a abandonné son héritage québécois, a choisi d’écrire en anglais parce que quand on est ambitieux et sans vergogne, seule la langue anglaise est vraiment une langue de culture, donc une langue qui rapporte gros.

Contrairement à son père Émile Martel qui a écrit en français quelques romans qui ne sont guère rendus jusqu’au lecteur, et une quinzaine de recueils de poésie qui lui ont tout de même mérité le prix du gouverneur général du Canada, Yann Martel a préféré vendre son âme au diable. Son Histoire de Pi en a fait un grand écrivain canadian, même s’il s’agit d’une bluette dans lequel un invraisemblable tigre nous entretient d’un Dieu maladivement judéo-chrétien et digne de la théologie du pape Benoît le seizième! De la boursoufflure de renommée, engraissée grâce à la complaisance intéressée des médias.

Quand Yann Martel a annoncé publiquement qu’il considérait le premier ministre du Canada, Stephen Harper, comme un inculte et qu’il fallait l’initier à la littérature en lui faisant parvenir régulièrement des livres, tous les chroniqueurs québécois ont applaudi. Quel événement médiatique!

Le problème, c’est que tout ce monde-là s’en est tenu à l’événement, personne n’ayant eu la curiosité de se demander quels étaient les livres que Yann Martel faisait parvenir à Stephen Harper. Jusqu’à ce jour, il y en a soixante-huit: quelques-uns du Canada anglais, dont ceux de sa marraine internationale Margaret Atwood, et deux seulement du Québec: Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy (dans la traduction anglaise) et The Dragon Fly of Chicoutimi de Larry Tremblay! Tous les autres ouvrages sont étrangers: de l’angélique Petit prince de Saint-Exupéry au vieillot Bonjour tristesse de Françoise Sagan, rien d’autre qu’une littérature dite humaniste, universaliste, pour ne pas dire multiculturaliste, dont le Québec français, je le répète, est absent. Si c’est insultant pour les Québécois que nous sommes, ça doit l’être aussi pour Stephen Harper qui, à juste titre, se glorifie de maîtriser suffisamment le français pour être en mesure de le lire.

Voilà pourquoi il faut considérer Yann Martel comme un imposteur et dénoncer l’idéologie qui est au cœur de son entreprise. Car ce qu’il défend, c’est la même chose que ce que défend le gouvernement fédéral, un multiculturalisme auquel on voudrait convertir les Québécois, mais dans lequel ils ne tiendraient aucune place. C’est sans doute pour cette raison que le gros nez rouge de clown de Guy Laliberté a largué Claude Péloquin. Quant on est à la tête d’une multinationale dont la langue d’usage, même au Québec, est l’anglais, qu’est-ce qu’on s’en fiche du français, de la culture qu’il porte, même si elle est l’une des plus créatives au monde!


Bien davantage que Stephen Harper, c’est Yann Martel qui a besoin d’être éduqué. Aussi, les Éditions Trois-Pistoles lui feront-elles parvenir tous les mois un ouvrage littéraire québécois et souhaitent que tous les éditeurs d’ici en fassent autant, car si on a le droit de renier le monde dont on vient comme le fait Yann Martel, le mépris dans lequel on le confine ne peut être considéré que comme une trahison.


Victor-Lévy Beaulieu
Trois-Pistoles, le 12 octobre 2009