OÙ TU VAS QUAND TU DORS EN MARCHANT C'EST LA FÊTE D'ÊTRE ENSEMBLE C'EST LE FAIT D'ÊTRE ENSEMBLE
Par un beau soir de fin de printemps 2015, entre les murs d'un néo-Vieux-Québec, un tout nouveau et autre aussi envoûtant parcours déambulatoire. Une réjouissante récompense pour les amateurs de théâtre comme moi pour clore une saison faites de hauts et de ...HO! Comblée de constater qu'on est pas au bout de ce nourrissant rouleau de printemps artistique. Des Voûtes du Palais à la cour de l'école Saint-Louis-de-Gonzague, en passant par les Nouvelles Casernes, le Champ de Parade et le Parc de l'Artillerie, c'est par toute une gamme d'émotions et de sur-prenantes découvertes que nous avons traversé l'Histoire côte-à-côte, en ne respectant aucunement l'ordre. Vive le désordre social quand il se fait aussi respectueusement. Les Concepteurs ont mis tout en oeuvre pour que le Spectateur en ait plein la vue et les oreilles. Avec toutes ces lumières qui éclairaient nos pas et la Musique nos cœurs, les chuchotements des Visiteurs succédaient aux AH ! et aux OH ! Assister autrement le Théâtre, la Poésie, la Musique, la Technologie pendant quelques deux heures, pour apprivoiser l'Art ne serait-ce que pour le comprendre davantage et l'apprécier encore plus, pour le vivre ENSEMBLE sur un même pied d'Égalité, de Fraternité et de Liberté. Cette année, je n'avais pas pris de chance, je voulais tout voir le même soir, alors je m'étais procuré un billet coupe-file au modique coût de 15 $. Ça valait vraiment le plaisir et non la peine. Merci à vous, messieurs dames de la Cité, artistes et artisans, qui avez contribué encore une fois à faire de ce parcours, un refuge confortable pour les âmes-muses. À l'an prochain, pour y revoir les tableaux où j'aurais aimé m'attarder plus longtemps, entre autres ceux des PALAIS et du DÉSORDRE, là où je n'ai pas vu ma découverte de l'année. ;-)
Jean-Denis Beaudoin
Photo: Renaud Philippe
Quelques photos que j'ai prises au gré de l'Émoi en cette chaude et calme soirée du 4 juin 2015.
Édith Patenaude, en bas des ARBRES Photos: L.Langlois
L'exercice de la Parole n'est
pas neutre. Pour l'humain — défini comme un « animal
social » — c'est un acte de création et de relation par
excellence :
Ma Parole crée l'Autre, c'est
mon pouvoir et ma blessure. Je peux faire l'Autre comme on fait des garnisons,
des disciples ou des fidèles, tous bien alignés dans mes systèmes. Je peux
faire l'Autre comme on fait des exclus, des marginaux, des murs et des
cloisons, contre qui j'appellerai les flics et les prisons. Ma Parole peut aussi
faire l'Autre comme un Homme. Mais alors, dès que je l'ai reconnu, il se lève
debout de ma Parole et marche libre comme si ma Parole risquait de lui devenir
son tombeau. Je crée l'Autre, mais c'est lui qui me fait exister, car la relation
est toujours une Parole dépossédée. Croirai-je jamais assez que la parole de
l'Autre puisse me construire ?Dans la parole, nous sommes toujours trois.
Toi qui me parles, moi qui t'écoute et la Parole qui est aussi Quelqu'un.
Merci d'avoir importé en nos murs cette liberté de parole,
on en parlera encore dans 50 ans.
7 juin 2015 22 :25
Il savait qu’on l’attendait
Il savait que l’on ne pourrait
plus
se passer l’un de l’autre longtemps
Avant la pièce, au coin du boulevard des Capucins, une femme en tchador. À ses côtés, un homme en bermudas et sandales. Au bout du nouveau monde, au centre de la
ville à « l’accent d’américanisés », sans craindre d’être agressés par un agent de
la paix, ils respiraient, librement, le même air pollué que NOUS…
Photo: L.Langlois
7 juin 2015
Certains auteurs qui trouvent
que les adverbes sont mal advenus dans les dithyrambes n’ont peut-être pas
compris que l’adverbe est le mot qui parfois pèse plus lourd que tous les
autres lorsqu'il est question de l’appréciation que l’on porte aux différents
sujets et objets qui occupent une place plus que prépondérante dans notre
esprit le temps d’un de ces moments qui restera GRAVEMENT marquant…
Un-deux-trois GO, partez pas, arrivez !
Allumez VOS lumières pour éclairer les mots venus de cette tête enflammée
d’Histoire. Mani Soleymanlou, un être pénétré par cette facilité
qui est celle d’engendrer des liaisons AVEC lendemains. Mani, un chat sur un
toit brûlant, qui nous aura kidnappés pendant 200 minutes dans une BORDÉE remplie à ras bords de
promesses et de fraternité...
le cul bien mal assis entre les chaises de bourreaux
dans la galerie moderne des biens meublés
avec la barbe pas faite et la cravate
défaite
avec des sandales aux pieds au lieu de baskets
avec des tissus chamarrés et des bijoux
volés
avec des ongles peinturés et des cils
rapportés
Photo: Jérémie Battaglia
UN pour faire l’amour à DEUX
puis à l’humanité
DEUX
Comme dans le grand dialogue de
l’Amitié
sans aucune trace d’animosité sans adversité
avec pour seul et unique moment de
vérité
le partage des murmures avec l’audience emmurée
(pour la circonstance)
DEUX
L’Histoire revue et améliorée
par celui qui l'avait créé seul AVANT…
DEUX
comme ces hommes qui marchent à côté de
nous un peu partout, là où nos pas se posent, là où nos regards se croisent
trop FURTIVEMENT. Ces hommes qui prennent le
taureau de leurs combats par les cornes pointues de l’abondante humanité. Ces hommes bons qui osent nous dire pourquoi les autres ne peuvent pas penser de la
même manière qu'eux. Ces hommes qui promènent leur pensée à travers les quarante-trois
chaises de banquet, là où l’exil des uns fait parfois le péril des autres. Cette souveraine
mise en scène qui nous emmène vers un TROIS absolument foudroyant d’énergie...renouvelable...
Photo: Orange Noyée
TROIS
Une trilogie marquante de l'ORANGE NOYÉE
comme celle des DRAGONS de
Lepage
et du SANG DES PROMESSES de Wajdi TROIS
une universelle remontée
théâtrale pour le milieu culturel québécois, une histoire naturelle parvenue au cœur d’un homme dont l’exil nous rappelle celui de tous les autres. QUARANTE-TROIS êtres
humains devant nous, forts comme des bœufs, légers comme des plumes, articulés de manière à permettre leur pleine rotation l'UN par rapport à l'AUTRE, qui ne semblaient pas vraiment « jouer », qui furent plus-que-parfaits dans cette performance haut-de-gamme qui demandait beaucoup de mouvement et d’agilité,
autant verbale que gestuelle. Même Jacques Parizeau, qui était à ce moment exposé
dans le Salon Rouge du Parlement, a du se retourner une couple de fois dans son
cercueil drapé de son linceul drapeau fleurdelisé ! Lorsque l’Innu Marco Collin se lève et parle
(enfin), on comprend à quel point c’est important pour Mani Soleymanlou, celui
qui a conçu cet incommensurable « accident », que la Parole est sans doute le
plus bel instrument pour interpréter toute cette musique qui est en chacUN de
nous tous.
« Je pense que le théâtre, à sa
petite échelle, peut permettre de faire un premier pas vers l’élimination des
fractures générationnelles. Il faut opérer un rapprochement entre les
générations d’Innus, mais aussi entre les deux peuples. La blessure des
Amérindiens, il faut trouver un moyen de la guérir, peut-être en trouvant dans
les échanges entre les générations de nouvelles manières de dialoguer avec la
majorité québécoise. »
Mon souhait le plus cher en sortant de LA
BORDÉE: que tous les Québécois, nouveaux arrivants comme « de souche », assistent un jour à ce
monumental moment de fraternité, qu’ils aient l’honneur et le bonheur de
connaître des hommes comme Mani Soleymanlou, Emmanuel Schwartz et les quarante et un autres qui
firent de ce moment unique l’un des plus beaux cadeaux que le CARREFOUR
INTERNATIONAL DE THÉÂTRE DE QUÉBEC nous
ait offert. Merci du fond du cœur, on vous revaudra bien ça…l'an prochain. En espérant peut-être voir la suite: ILS ÉTAIENT QUATRE.
Et pour ne jamais oublier les beaux visages des QUARANTE-TROIS, les superbes photos d'Ulysse del Drago: http://3900.ca/Quarante-TROIS
Parmi les spectateurs,
Jean-Denis Beaudoin, ma Bête Noire préférée, révélation de la saison 2014-2015, avec qui j’ai eu le plaisir de converser sur sa
prochaine création intitulée ÉPICERIE (qui était d’ailleurs présentée aux
CHANTIERS), une pièce que nous verrons au cours de l’hiver prochain chez PREMIER
ACTE. Également Maxime Robin, le sosie d’Emmanuel Schwartz ;-), accompagné de la
belle Marianne Marceau, dans les toilettes, Édith Patenaude, dans la salle, Lise Castonguay, et sans oublier notre cher voisin moscovite qui...n’est pas un Français même s'il en a l'accent…;-) Et le crayon, que quelqu'un a laissé tomber, que j'ai ramassé...en souvenir...
Photo: L.L.
Avant de rentrer chez nous, un
petit détour « exotique » dans
Limoilou chez SOUPE & CIE, pour manger un succulent et piquant potage indien, mais aussi pour se retrouver, pour se mettre à jour
dans nos quotidiens, et surtout pour parler de ce rassemblant et inoubliable
voyage aux pays de Mani. Comme pour boucler la boucle de la libre expression: deux jeunes femmes qui s’étreignent et s’embrassent librement et amoureusement
sur le trottoir presque désert de la 3ème avenue. Quelle belle vie,
quand on y pense. http://soupecie.com/
Un autre excellent match de boxe s’est disputé le 6 mai dernier sur le grand échiquier
théâtral de Québec. Une pièce maîtresse, royalement jouée par une distribution
du tonnerre. Rien de plus dramatique pour terminer cette autre puissante et si
variée saison 2014-2015. Nous n’en demandions pas autant, et pourtant,
Marie-Josée
Bastien a encore une fois de plus comblé nos plus grandes attentes, sa remarquable et exigeante mise en
scène nous en a mis plein les yeux, le coeur et les oreilles. Les scènes de combat à l’épée
entre autres étaient des plus édifiantes et parfois terrorisantes, surtout depuis
la rangée C. L'éclairage et la musique déchiraient grave par moments, ils
complétaient magnifiquement bien ce tableau de maître, la touche MJB quoi ! Quant à la scénographie, c’était tout
ce qu’il y a de plus nickel, d’une étincelante noirceur, sans trop de fla-fla,
en somme comme je les aime. Fallait voir ce mur roulant de dagues, poignards et couteaux à travers lequel on n’aimerait
jamais passer. Et les costumes ! Plusieurs
pièces masculines mériteraient certainement une place de choix dans la
garde-robe d'un Trent Reznor par exemple...
SOMEWHAT DAMAGED
La distribution, impeccable, avec un Jean-Sébastien Ouellette
dans une très grande forme, avec ou sans
sa camisole sale; absolument dément dans son élégant manteau noir, terrifiant
avec ses mains bain de sang; sa brillante épouse, Érika Gagnon, sublime, émouvante et machiavélique
lady Macbeth; Jean-Michel Déry et Charles-Étienne Beaulne, nobles et braves
Macduff et Lennox; Christian Michaud, irrésistible
et attachant Banquo; Jack Robitaille, titanesque et toujours aussi magique roi
Duncan; Lucien Ratio, vaillant Malcolm fils aîné de Duncan; Réjean Vallée, majestueux Ross si bien drapé de laine et...d'hypocrisie; Eliot Laprise, transportant et énergique acolyte Angus; Samuel Corbeil, fougueux et séduisant Donalbain, fils cadet du roi Duncan; Véronika
Makdissi-Warren, Chantal Dupuis et Claude Breton-Potvin, énigmatiques oracles du
temps passé, présent et à venir. Et au-dessus de cette fabuleuse bande magnétique de comédiens et comédiennes, techniciens et producteurs, qui font honneur à son texte écrit il y a plus de 400 ans, flottait fatalement le fantôme omniprésent du roi de toute cette poésie, William Shakespeare. Les rois Macbethet Duncan, certainement les plus grands walking dead que notre monde et même l'au-delà ait connu.
Photo: Stéphane Bourgeois
Sur le trottoir du boulevard René-Lévesque, le roi Duncan marchait fin seul, il attendait la lumière. Il allait rentrer chez lui non pas à cheval mais en voiture. Interpellé, il s’est retourné, arrêté, nous a parlé. Nous n’en demandions pas autant. Et pourtant,
le
fait de côtoyer ces hommes et ces femmes qui viennent parfois tout juste de quitter la peau stigmatisée de leurs personnages, apporte du relief à ce bonheur auquel nous
venons d’assister, un peu comme si on rajoutait une dernière couche de beauté à l’œuvre
dans laquelle ils viennent de se défoncer comme ce fût le cas ce soir. «
Vous travaillez très fort, Monsieur le Roi »… « On est payés pour ça ». Durant ce bref entretien qu'il daigna nous accorder, il nous appris qu'on habitait dans le même royaume, c'est-à-dire dans le bourg royal du Beauport banlieusard. Laissez-moi vous dire que je suis très fière d’être l’une de ses plus fidèles sujets. Merci M. Robitaille d'être qui vous êtes: un homme qui sait toujours comment faire plaisir à son public, que ce soit sur ou en dehors des planches, c'est tout à votre honneur.
Le trône
Photo: L.Langlois Pour Lady Macbeth: LOVE IS A DOG FROM HELL
LE RETOUR DU ROI
MACBETH est toujours aussi vivant, la preuve: il fera bientôt un énième retour sur nos grands écrans. Avec Michael Fassbinder et Marion Cotillarden roi et
reine, y’a de quoi se réjouir pour à nouveau se nourrir du sang frais de l’Écosse médiévale. Un avant-goût: