samedi 10 octobre 2015

TROIS NUITS AVEC MADOX : Les possibilités du TOUT ou RIEN



 Photo: Courtoisie Premier Acte




La vie ne m’intéresse pas assez 
pour que je puisse me passer d’écrire.

Vient toujours un moment où on rationalise,
Et toujours un matin au futur aboli.
Le chemin se résume à une étendue grise
Sans saveur et sans joie, calmement démolie.

Michel Houellebecq
CONFIGURATION DU DERNIER RIVAGE



Catherine Simard, Amélie Laprise,
Paul Fruteau De Laclos et Guillaume Pelletier




LE DEUXIÈME TILLEUL À GAUCHE


Qui nous voit? Qui nous manipule?
Qui se pense au-dessus de nous ?
Qui ne se voit qu’en-dessous de tout ?

Les uns à la fenêtre, les autres à la porte.
On sonne, on cogne, on ouvre. Ou pas.
Nous fuyons. Ou nous restons.
Les fenêtres n’existent que pour l’Oeil.


LE DEUXIÈME TILLEUL À GAUCHE, d’une durée d’à peu près un quart d’heure et qui précédait TROIS NUITS AVEC MADOX, amorçait parfaitement cette soirée de JEU d’équipe. Avec des comédiens incroyablement justes, nous avons eu droit à une joute oratoire et gestuelle de premier ordre. Présentée en deux parties, c'est la courte histoire longue d'un couple qui s'observe depuis dix ans via leurs fenêtres respectives. Ils ne se sont pourtant encore JAMAIS rencontrés. Chacun d'eux croit qu’il manipule l’autre. Tellement pathétique et pourtant comique. Je n'ai pu m’empêcher de penser aux divers réseaux sociaux, blogues et autres sites de rencontres qui vous connectent avec des soi-disant autres comme vous. Nous savons tous que c'est un jeu d'espionnage de près et/ou de loin. Mais qu’est-ce qu’on gagne VRAIMENT à jouer à ces jeux de mains jeux de vilains où l’on se fera tirer parfois ou trop souvent la barbichette ? TOUT et RIEN, ces deux grands gaillards tragi-comiques, qui n’en finiront jamais de se chamailler pour les futilités des petites et grandes invraisemblances de ce monde de plus en plus cloîtré en lui-même, pourraient peut-être en avoir long à nous dire sur ce sujet, mais passons, nous devrions plutôt aller jouer une partie de billard, de cartes, de tock ou de dards avec...MADOX...


LES DARDS
Claudine Bouzonnet-Stella
Bibliothèque municipale de Lyon


De la pluie, c'est le dimanche. Dans le bar du météodépendant Bruno, à l’autre bout de notre monde, l'autre monde se lève...La nuit dernière, il a joué aux dards avec MADOX, celui qui dort encore dans la chambre attenante au bar. Il attend que quelque chose se passe. Il a mal au ventre ou dans ce coin-là. C'est son hernie ou peut-être que c’est une appendicite qui se profile à l’horizon, qui sait ? Grubi, tout courbé, le corps enduit d’imperméables, fait sa glorieuse entrée. Son chapeau rond sur sa tête aux yeux fous, il dit à Bruno que la nuit passée, il a joué lui aussi avec MADOX, mais aux dés…Clara, la fille de joie un peu folle, débarque au bar, elle crie à tue-tête qu’elle part demain…avec MADOX ! César se pointe lui aussi, il dit avoir promené MADOX toute la nuit dans son taxi…Pour Njiami, le balayeur, c’est la même chose. Ils ont tous été avec MADOX en même temps mais pas au même endroit. Fou ? Mad ? Absurde ? Incohérent ? Absolument…Résolument…





Guillaume Pepin, le brillant metteur en scène, une belle découverte, assisté de la charmante Edwige Morin, qui avait présenté la pièce au même endroit l’an passé, c'est-à-dire au deuxième étage du Pub L'AUTRE ZONE sur la 3ème avenue à Limoilou, avait tout à gagner en nous présentant cette œuvre indigène. Parce que ça fait du bien de sortir de notre terroir habituel. Ses comédiens ont réussi à nous transporter dans le bout d’un monde où il fait aussi clair-obscur que partout ailleurs. Et de découvrir ces jeunes comédiens, inconnus de nous jusqu’ici, n’a fait que rehausser le plaisir d’y assister. Jocelyn Paré (Bruno), Nicola Boulanger (Grubi), Paul Fruteau De Laclos (César), Nadia Girard (Clara) et Guillaume Pelletier (Njiami) ont tous été à la hauteur de ce texte délicieusement …absurde du Roumain Matéï Visniec. En espérant vivement croiser à nouveau leurs couleurs uniques dans d’autres tableaux aussi vivants.


Guillaume Pépin



Mad-ox/bœuf fou
Mauvaise conscience ?
mad max ? 
En tout cas...



Aucun gagnant ni de perdant aux jeux que joue MADOX, personnage que nous ne verrons jamais durant la pièce mais que nous voyons...Mais voyons donc ! Sont-ils tous si cons que ça ? Je crois bien que NON. Ils sont seulement des hommes qui attendent que quelque chose se passe…en quelque part...

Il pleut toujours le dimanche.
Il pleut toujours. POINT FINAL.


Décor naturel
Photo: L.Langlois


Avons grandement profité de cette heure et quart que dure le show pour nous évader de notre cage pour entrer dans celle du perroquet et de la poupée de Clara. Aussi pour voir cette montre qui fait kling kling klang ou quelque chose du genre. Pour entendre ce grand train de nuit aux cent wagons qui passera ce soir dans notre salon…Parce que c’est toujours l’heure de partir, de courir ou de pourrir, il y a autant de poésie ICI que LÀ-BAS. En fait, Bruno, Grubi, Clara, César et Njiami habitent de l’autre bord, à côté du deuxième tilleul à gauche, là où ou la vie court encore après la mort...


Photo: L.Langlois


Ce soir, Miguel Fontaine et Vincent Nolin-Bouchard, deux finissants de la cohorte de 2015 du Conservatoire d’art dramatique de Québec, nous accueillaient chaleureusement à la porte du Pub L’AUTRE ZONE. Deux jeunes hommes à la communication irréprochable, articulés, affables, et beaux en plus. Nous les verrons probablement un jour sur l’une de nos scènes ici, ou encore à la télé. Leur ai promis d’aller voir au moins une des pièces des prochains finissants, car après tout, ce sont eux et elles que nous irons applaudir à tout rompre un de ces soirs de découverte.


Dans la toilette du 2ème étage
Photo: L.Langlois



L'auteur, Matéï Visniec, possède la clef des possibilités de l’Imagination. Rien de tout cuit dans le bec avec cette écriture de la folie des petits jours. Des corps pris dans des cages, my body is a cage...Un grand train de nuit qui s’échouera sur une plage remplie de sable et de vide avec sa locomotive qui nous entraîne en quelque part pour nous faire plonger au cœur de l’imaginaire de l'auteur. Avec des mots qui courent plus ou moins vite les uns après les autres, avec leur construction puis leur démolition, un peu comme on aime démolir les vieux murs d’une maison inondée de mauvais souvenirs, dans laquelle on avait pris les malsaines habitudes de la sédentarité. C'est le passe-temps favori du Grand Ménage chez ceux et celles qui prennent de l’âge. Et de voir se côtoyer dans cette assistance les jeunes et les aînés, pour faire autre chose que d’y boire la lie des Grands Saboteurs de notre siècle, aura procuré autant de jouissance à mon esprit qu’une envolée d’outardes en octobre...




Visniec aime bien les surréalistes, les dadaïstes, les récits fantastiques, la poésie, le grotesque; c’est peut-être en partie pourquoi je me suis prise à aimer immédiatement son TROIS NUITS AVEC MADOX. C’est à souhaiter que LA TRÂLÉE nous fasse à nouveau savourer de ce théâtre humanitaire. Les superbes éclairages et les bruitages ayant largement contribué à faire de cette soirée originale une création hors norme, ont imprimé dans ma mémoire une ambiance louche comme j'aime en vivre depuis que je fréquente le théâtre auquel PREMIER ACTE nous convie saison après saison.

   
Parce que c’est de vie dont on parle ICI.
Et surtout parce que c’est de mort aussi.

DEDANS DEHORS
VIVANTS OU MORTS

Faire une trêve dans la Nuit
pour faire un trou dans l’ennui





 SOUS LES RÉGIMES TOTALITAIRES, 
LES ÊTRES HUMAINS DEVIENNENT DES ÎLES.
LA MÉFIANCE GÉNÉRALE BRISE TOUT LE TISSU SOCIAL.



Herta Müller
Romancière roumaine, 
une autre qui a fui le régime Ceausescu
Prix Nobel de littérature en 2009





Entre les deux oreilles, il y a parfois du vent fort qui sile,
le même qui souffle sur le Phare où Grubi habite la nuit,
le même où les mystères s'enroulent de réalité ordinaire,
le même où la Folie se rive aux parois poreuses du Doute.

TRAVAILLER LA NUIT, C’EST CHIANT
(MAIS PAS TOUT LE TEMPS)






Photo: SI LES OBJETS POUVAIENT PARLER






Les vêtements, maquillages et coiffures des attifés m’ont semblé sortis tout droit d’une cage à moyens moineaux. Pantalons, chaussures, bottes, imperméables superposés, gants, et le chapeau rond de Grubi, tous agencés parfaitement aux corps et âmes de ces personnages plus grands que nature. Le fait de jouer dans un lieu autre qu’une salle de théâtre habituelle contribue à faire de ce spectacle « extérieur », une sorte de parade de la parole. Et comme la troupe finissait ce samedi 10 octobre, j'espère qu'ils célèbrent en grand en ce moment. Il est minuit 51 dans la Basse-Ville de Lelièvre...Écoutez et voyez...  





Au restaurant LA SALSA, l’aimable et jeune serveur, qui ressemble comme deux gouttes de tabasco à Lucian Bute, nous dit qu’il se le fait dire à peu près trois fois par soir. Bute est Roumain, tout comme Visniec, mais notre serveur ne l'est pas, c'est un Poulin. On rigole avec ça. 



« SPÉCIAL MAMI »
Photos: L.Langlois




Notre « spécial Mami », assiette de dégustation salvadorienne, est tout simplement exquise. L’ambiance est chaleureuse, les gens ont l’air heureux d’y entrer. C’est qu’on se prépare tranquillement à accueillir l’hiver ICI, alors il nous faut repérer de nouvelles adresses où la bouffe ne coûte pas trop chère. Faut bien faire vivre les restaurateurs, qui en arrachent un peu ces temps-ci. Faut faire rouler nos petites économies et profiter de ce temps béni pour fréquenter les rues et ruelles de NOTRE Limoilou. La 3ème avenue entre autres est tout à fait plaisante à marcher, très conviviale. On essaiera d’y revenir plus souvent…comme partenaires...




Bruno: Il t'a montré des photos ?
Grubi: Lui, enfant avec...
Bruno: ...un pot plein de mouches à la main.
Grubi: Oui... je crois que c'est le même mec.

(Silence. Ils boivent leur café en regardant par la fenêtre)






mardi 6 octobre 2015

LE MONDE SERA MEILLEUR: Tant qu'il y aura une fin, SHOOTER !




Le Futur n’est pas encore mort,
du moins, pas pour l’instant.....

L.L.



Des comédiens qui squattent dans un décor qui n’est pas le leur ce, les dimanches et lundis soirs de relâche théâtrale, en général pour la plupart des troupes. Des comédiens installés au THÉÂTRE PÉRISCOPE pour  y jouer quelque chose du genre qu’on n’a pas souvent vu. Quelque chose de connecté temporairement, mais qui ne se débranchera pas facilement de notre petite caboche. Le temps d’aller jouer ailleurs…entre temps, LE MONDE SERA donc MEILLEUR...le temps d'une ride en camion avec un homme qui n'avait plus tellement le choix...






LE MONDE SERA MEILLEUR, une rencontre au cœur du krach de la Crise anticipée, dans un décor avant-coureur d’un monde rempli de rivés à l’écran, qui regardent en direct 24 heures sur 24 la destruction de notre civilisation actuelle. Des gens qui perdent tout ce qu’ils n’avaient pas encore fini de payer: leurs maisons, leurs autos, leurs meubles, leurs abris temporaires…



 
Photos empruntées au WWW
Montage: L.Langlois



LE MONDE SERA MEILLEUR, quelque chose de vital qui nous ramène directement à l’Essentiel: apprendre à se contenter de ce qu’on a, ne pas essayer de vouloir tout avoir ce que les riches fabriquent en masse avec de l’argent qui de toute façon n’existe pas vraiment. Avec un tel titre, pas pu m'empêcher de faire un lien avec LE MEILLEUR DES MONDES d'Aldous Huxley. Et ce passage sur la famille, la monogamie et le romanesque, que j'ai retracé dans ma vieille édition qui sent le vieux papier, de quoi se préparer pour le 1984 en novembre prochain au TRIDENT...



Photo: L.Langlois



Le théâtre des ÉCORNIFLEUSES, une élévation de la parole citoyenne qui vise droit au cœur de la réflexion. Édith Patenaude, une créatrice qui n’aime pas tellement le cruise control, a le pied pesant sur ses fictions et n’a pas peur de provoquer des face-à-face mortels entre ses mots audacieux. Elle fonce à toute allure dans le décor de l’éloquence, sait comment s’arrêter aux bons comme aux mauvais moments, n’a pas le temps de niaiser. Faut qu’elle déchire les rideaux, qu’elle mette le feu à la scène, quitte à la subtiliser aux autres. C’est une conquérante. On aime sa franchise, son cœur et sa bienveillance. Et elle n’a que 30 ans. Je la vois comme une espèce de Mère Gigogne, protégeant une infinie portée de comédiens et comédiennes sous sa jupe géante...






Le tapis vert gazon de L'ÉVEIL bien en place,
des chaises, un ordi, des néons,
un système de son,
une piscine d’enfant,
une batte de baseball
et quelques ballounes.

Pas grand-chose d’autre 
et pourtant

TOUT SERA DIT
TOUT SERA DÉCORTIQUÉ



Photo: Nicola-Frank Vachon



Quatre des comédiens qui jouent actuellement dans le BOUSILLE ET LES JUSTES de LA BORDÉE, soit Maxime Perron, Laurie-Ève Gagnon, Eliot Laprise et Jean-Denis Beaudoin, étaient de la partie; c’est donc du 7 jours en ligne de performance pour ces amants du théâtre. Ils étaient en compagnie de Nicola-Frank Vachon, Marie-Hélène Lalande et Joanie Lehoux, les deux autres Écornifleuses de cette jeune compagnie qui ne cesse de progresser...



Photo: L.Langlois


Parce que la Jeunesse l’emportera toujours sur le reste. C’est pourquoi celle de HAMLET, éternelle, fût encore une fois ressuscitée devant nous. Une fois de plus mais encore et toujours aussi fascinante à entendre et voir. LE MONDE SERA MEILLEUR, « une pièce dans la pièce dans la pièce », comme le dit le prêteur kidnappé, joué impeccablement par un Maxime Perron...pas tellement la tête dans les nuages...



Photo: Nicola-Frank Vachon



Ne devrions-nous pas nous prosterner devant ce fantôme géant que Shakespeare a dessiné pour la postérité ? Certainement, car après toutes ces années de révolutions ratées, rien n’a vraiment changé, il y a encore autant de tricheries, de malhonnêteté et de harcèlement dans nos sociétés soi-disant évoluées. Il y aura toujours quelque chose de pourri au royaumes de ces gros roitelets. Un divorce à l'amiable entre eux et nous pourrait peut-être créer un nid-de-poules gigantesque dans leur budget du mois, soit 1 % de moins à dépenser en guenilles et bijoux (mais jamais jamais au grand jamais en œuvres d'art...)




POUR L'AMOUR DE DIEU
 Damien Hirst



Enfin libéré du matériel encombrant de la méga-dette des ménages, un Couple se retrouve face à face au lendemain de la grande banqueroute. Ils ont vendu leur abri sur-hypothéqué pour une bouchée de pain…noir. Plus rien qui orne leurs murs blancs, pas plus que dans leur frigo chromé, que des draps fantômes pour vieux squelettes cachés dans leurs placards, paquet d'os usés par la chaleur inhumaine de la présence d'un immense carré de sable bitumineux dans la cour arrière de leur « plusse meilleur pays du monde », pays qui se croit toujours hors de danger, mais pour encore combien de temps ?

LE MONDE SERA MEILLEUR...quand il n’y aura plus de sacs en plastique sur ses têtes dirigeantes, quand il n’aura plus à se soucier de qui ou de quoi que ce soit, mais quand ? À vrai dire, je pense que pour certains d’entre nous, il l’est DÉJÀ parce que la marche à suivre n’est pas tellement compliquée: se débarrasser du superflu qu’est le tas de matériel ramasseur de poussières pour entasser dans nos âmes libres les miettes d’un amour fraternel qui feront croître nos vraies richesses naturelles.


Fort McMurray, Alberta, 
CANADA



SHOOTER !



Un moment très intense vers la fin, après tirage au sort: celui où Jean-Denis Beaudoin, qui nous a tant fait rire jeudi soir passé avec son irrésistible Frère Nolasque dans BOUSILLE ET LES JUSTES, parle au téléphone en direct avec son père pour lui faire une touchante confidence. Ouf! L’air était à couper au couteau. Nos yeux d’enfants, qui n’ont pas peur du noir se sont embrouillés le temps de faire connaissance avec ces mots divins. Non, pas vraiment besoin de testament notarié avec un tel aveu. Jean-Denis pourrait bien aller mourir n’importe où n'importe quand, demain matin, parce qu’il aura parachevé son existence dans la plus simple des franchises, la plus exemplaire. Un moment inoubliable, tout comme celui où Nicola-Frank Vachon nous a parlé de la fois où il avait ri très fort d’une blague qu’un homme avait fait sur la petite Cédrika. Renversant. Et merci pour le shooter, il valait bien le coup d’être à nouveau PARMI VOUS ce soir.




TOUT SERA DIT. TOUT SERA DÉCORTIQUÉ.
VOUS COMPRENDREZ TOUT DE MA POSITION
JE NE PEUX RIEN VOUS DIRE DE PLUS.
LA SUITE VOUS APPARTIENT

Édith Patenaude




LE MONDE SERA MEILLEUR

Texte et idée originale: Édith Patenaude
Mise en scène: Édith Patenaude
Assistance: Alexandrine Warren
Dramaturgie: Joanie Lehoux
Conception sonore: Mykalle Bielinski
Direction technique: Keven Dubois
Direction scénographique: Gabrielle Doucet
Compagnie: LES ÉCORNIFLEUSES


N.B.: Ils joueront à nouveau les 25 et 26 octobre puis les 6, 7 et 8 février, pour terminer leur itinérance les 19, 20 et 21 mars. Toujours au THÉÂTRE PÉRISCOPE.

***

Ce soir, A. et moi avons approfondi notre relation avec la gente dame qui comme nous couraille les salles de théâtres de la Capitale. Depuis 1976 qu’elle le fait avec assiduité, nous faisons donc figure de novices à côté d’elle. Une conversation hyper intéressante avant et après la représentation, c’est le côté magique des imprévus qui fait souvent que nous nous souvenons davantage de ces soirées inoubliables, comme je l’ai dit à l’auteure après le show. LE MEILLEUR DES MONDES, c'est ça aussi: la Rencontre avec l'Autre, l'Échange. Comme en famille...



Dessin: N. Kelly



Le THÉÂTRE NIVEAU PARKING, qui célèbre ses 30 d’existence, a fait imprimer un calendrier contenant de superbes photos souvenirs de leurs créations. Il est offert au guichet du Périscope à seulement 20 dollars. Et bien évidemment, j'ai fait mon humble contribution, je n’ai pas vraiment les moyens d’assister aux soirées mécènes; il logera donc sur l'un des pans de murs bleu délavé de ma chambre bureau. Il y a également une exposition de différentes affiches de leurs pièces au sous-sol. C'est à voir.









Photos: L.Langlois





Merci à Édith Patenaude 
pour son chant cristallin de la fin.





I’M STANDING ON A STAGE
JE SUIS PERDU DANS UN RÔLE
OF FEAR AND SELF DOUBT
DE PEURS ET DE REMISE EN QUESTION
IT’S A HOLLOW PLAY
MON JEU SONNE FAUX
BUT THEY’LL CLAP ANYWAY
MAIS LE PUBLIC APPLAUDIRA DE TOUTES FAÇONS

Arcade Fire




samedi 3 octobre 2015

BOUSILLE ET LES JUSTES : Blaise Belzile juste avant la révolution






À tous ces jeunes écureuils orphelins qui, au lieu de faire des provisions pour l’hiver difficile qui s'en vient, préfèrent partager les fruits et noix de leur automne avec qui les sauveraient peut-être plus tard de leur famine.

L.L.


JE NE SUIS PAS INTELLIGENT, JE LE SAIS.
PRENEZ-EN DONC VOTRE PARTIE.
Bousille au cœur d’or



Noëlla et Bousille
Photo: Nicola-Frank Vachon


BOUSILLE: (lève la tête et regarde les deux hommes à tour de rôle, consterné): Vous ne pouvez pas me demander de faire une chose pareille.
HENRI: QUOI ?
BOUSILLE: Vous savez bien que ce serait un faux serment…
HENRI: Écoute, toi…
BOUSILLE: (le sang glacé): Le Bon Dieu me laisserait retomber dans mon vice, sûr et certain…
HENRI: (pris d’une rage sourde): Je t’avertis charitablement: le temps de niaiser est fini.

Bousille et les justes
Gratien Gélinas



Ghislaine Vincent




En mémoire de Blaise Belzile et Bruno Maltais


Jeudi soir dernier, 1er octobre, soir de rentrée théâtrale à LA BORDÉE dans NOTRE Saint-Roch. À l’accueil, une gente dame, que nous croisons souvent dans d’autres halls de Québec. Elle nous offre gentiment le programme de BOUSILLE ET LES JUSTES. C’est si bon de se retrouver ICI, en plein milieu du peuple qui migre de son salon de banlieue plate pour aller faire un tour dans le satellite naturel de la Culture québécoise. Juste avant, une visite chez Phil Smoke Meat de la rue Saint-Vallier, l’endroit idéal pour être tranquille, pour bien manger, pas trop cher, pour boire une bière, des fois deux, pour faire nos mises à jour de la saison 2015-2016, qui s'annonce comme l'une des plus cinématographiques ! 

***


BOUSILLE ET LES JUSTES


Pauvre Bousille, pris entre ses saints et ses démons, si tendre et bon, simple comme bonjour, pas compliqué pour un sou, rempli de tout le respect possible envers ses semblables, pauvres, idiots, riches ou mécréants.

Un chien sale te mord, 
un homme froid te bat; 
Une chatte en chaleur te griffe, 
une mère porteuse qui s’en va…

Peu importe la justice, peu importe les lois, 
c’est ce que tu décideras de faire APRÈS avoir triché 
qui comptera…




Mais qu’est-ce qu’il nous a eu avec son air de rien qui disait tout, avec sa pure franchise et sa sainte dévotion. On a entendu à travers l’illumination des spots son cœur se briser, ses poumons se comprimer, ses tempes se battre; on a également senti la peur l’envahir, la peur de l’ombre de l’homme qui le contraint à ne pas tout dire. Que d’émotions, surtout dans le dernier stretch alors que la lumière blanche et crue inonde les chemises blanches des hommes blancs qui veulent tellement laver plus blanc que blanc, qu’à force de frotter si fort sur la peau de leurs victimes, on finit par voir gicler le sang pour sang des grands rebelles muets…


Phil, Henri et Bousille
Photo: Nicola-Frank Vachon


Jean-Philippe Joubert, l’incomparable et si intègre metteur en scène de cette magnifique production, assisté de Caroline Martin, a réalisé, comme à son habitude, un travail de maître. Tout en harmonie, avec beaucoup de mouvements, dont des pas de danse sur la sublime musique de Josué Beaucage. Les éclairages lors de ces parenthèses musicales apportaient une touche de beauté spectrale, le fantôme de Gratien Gélinas devait sûrement rôder dans le coin du grand rideau rouge de LA BORDÉE. 



Photo: Nicola-Frank Vachon


La scénographie et les costumes, de mesdames Monique Dion et Julie Morel, ont également tiré leur...épingle du jeu. Les pièces ouvertes de l’hôtel Corona, avec la chambre 312 en vedette, ses portes invisibles qu’on pouvait VOIR s’ouvrir et ENTENDRE grincer, apportaient encore plus de profondeur aux divers déplacements. L’imaginaire du Spectateur, ainsi bien entretenu et donc sollicité, ne peut qu'apporter davantage d’agrément à notre mental...



Photo: Nicola-Frank Vachon


Christian Michaud, le Bousille nouvelle cuvée, celui à qui LA BORDÉE a offert de jouer l’une de ses plus belles partitions théâtrales, prend avec humilité et le talent illimité qu’on lui connaît, tout l’espace qui lui appartient dans ce premier rôle mais non sans laisser prendre celui tout aussi important de ses compagnes et compagnons qui sont enchaînés à lui. Simon Lepage/Phil Vezeau, et Eliot Laprise/Henri Grenon, ont été particulièrement éblouissants, dans toute la radiation du mot; investis à 150 % dans leurs rôles de beaux-frères sauveurs de la face/race familiale. Éclatée/éclatante, leur joute, autant verbale que physique, a fait en sorte…qu’on avait affaire à les écouter. 

QUOI ?


Chapelet de la bonne Sainte-Anne



Ghislaine Vincent, la sainte-mère de cette trâlée d’orgueilleux, qui crie autant qu’elle prie, (qui avait d’ailleurs joué le même rôle en 1986 ici-même à LA BORDÉE), était fréquemment accompagnée de Jean-Denis Beaudoin, le prodigieux et spirituel Frère Nolasque. Ces désopilantes grenouilles de bénitier, provoquaient allègrement les rires dans la salle avec leurs sempiternelles répliques de « plus catholiques que le Pape ». L’énergie naturelle avec laquelle ils les déployaient, a opéré; elle créé ce magnétisme unique qui n’existe qu’ICI, entre le Public récepteur et l’Artiste émetteur.



Simon Lepage (Phil)
 et Jean-Denis Beaudoin (Nolasque)
Photo: Nicola-Frank Vachon



Et que dire de celle de Valérie Laroche/Aurore Vézeau, la police de Phil son mari, qui en gère et en mène assez large dans cette famille surprotectrice? Qu’elle est sur le 220 à peu près tout le temps que dure la pièce, une véritable boule d’énergie. Pourtant, si elle savait tout ce qui se trame dans son dos étroit de petite épouse parfaite. Et que dire de la candeur de Danielle Belley, la Colette Marcoux d’Aimé Grenon, celle par qui une grande partie du drame arrive ? Que dans toute cette blancheur de cygne tachée du rouge de la honte, apparaît au-dessus de sa tête de madone harcelée une auréole d’épines de roses fanées.




Et Laurie-Ève Gagnon/Noëlla Grenon, toujours aussi juste, belle et touchante, qui ressemble le plus à Bousille en fait, celle qui ne se révoltera jamais, qui endurera le harcèlement et la violence de son cher époux mais jusque où et quand se dit-on ? Et Maxime Perron/l’avocat d’Aimé (le fils accusé du meurtre d’un rival amoureux) ? J’ai bien aimé son jeu naturel, et j’espère (dans une suite imaginaire) qu’il la défendrait lors d’un futur divorce. Non, mais on a le droit de rêver un peu que cette femme puisse accéder enfin à un peu plus de respect…un jour. Mais comme elle est enceinte et si bonne, j’imagine qu’elle demeurera muette et fidèle…jusque avant la prochaine révolution…pas trop tranquille j'espère (hein Marcel ? ).........
QUOI ?





Oui, Gratien Gélinas, aurait été pas peu fier de voir comment sa pièce, créée en 1959, a bien vieilli. Parce que les odeurs nauséabondes de l’intimidation, du harcèlement, de la malhonnêteté et de l’hypocrisie subsistent encore dans notre monde remplis de névrosés, de narcissiques, de violents et de dépravés de toutes sortes. La preuve: une tuerie de plus cet après-midi dans un collège américain, en Oregon cette fois. Chris Harper Mercer, un jeune homme de l’âge de Bousille, qui apparemment demandait à ses futures victimes si elles étaient chrétiennes avant de les abattre de sang-froid. Il avait écrit ces mots laissant présager le drame qui a suivi:




 « C’est la seule fois que je passerai aux nouvelles. 
Je suis si insignifiant. »






« Le peuple québécois s’est défini par opposition au reste du Canada par deux choses: la langue et la religion. Il y a un terreau fertile pour qu’il y ait des problèmes avec les minorités religieuses. »

Haroun Bouazzi
Association des Musulmans et des Arabes pour la laïcité du Québec
2 octobre 2015

(Avec 140 commentaires dans le Journal de Montréal !!!)



Autres sortes de dieux du carnage



Mais c’est pas si grave que Blaise Belzile ait été un pécheur, 
puisque lundi prochain 
LE MONDE SERA MEILLEUR
(with...NO RELIGION)




And they ask what hate is
It’s just the other side of love
Some people want to give their enemies
Everything they think that they deserve
Some say why don’t you love your neighbours
Go ahead, turn the other cheek
But there’s nobody on this planet that can ever be so meek
And I can’t bleed for you
You have to do it your own way
And there’s 
NO RELIGION,
NO RELIGION,
NO RELIGION,

HERE TODAY


Photo: Nicola-Frank Vachon

BRAVO !