Pour péter la balloune d'air vicieux de l'affaire Cantat/Mouawad. Pour atténuer les cris véhéments de la horde semi sauvage des multiples médias. Pour ne pas devenir mort-vivant avant le temps. Pour ne pas revenir sur nos pas. Pour enfin faire taire la haine. Pour faire place au vrai théâtre.
Cantat moi, rien de vraiment intéressant à dire sur le sujet du jour des multiples médias, mais tout à subir de ce second procès débité par des hommes et des femmes supposément " de bonne volonté "; des gens toujours prêts à monter aux barricades, soit pour te lancer des fleurs sur les planches soit pour te faire éclater la tronche avec une grenade de lait sûr... Deux feux me hantent: celui du tueur qui chante l'amour et celui de la foule qui lui scande " vautour ! ". Rien de vraiment intéressant. Ni de réjouissant. Rien. Non, rien de rien. Je ne connais pas tellement Bertrand Cantat mais j’aime beaucoup Wajdi Mouawad et... Jean-Louis Trintignant.
LA MÉLODIE ENTRE LA VIE ET LA MORT: une autre pièce illuminée faite sur mesure pour le public aventurier de PREMIER ACTE. Une autre excellente soirée passée dans la grande petite salle de la rue Salaberry. Une autre révélation. Un objet presque familier. Du clair-obscur à son meilleur. De la vitalité pour la mort née. Des éclats de beauté pour l'oeil des apprivoisés. Un tableau signé Jocelyn Pelletier qui hante l'esprit, tranche l'oeil, déhanche les ouïes.
Avec des interprètes à la hauteur du texte de l'auteur, qui ont su retenir toute l'attention du Spectateur ébloui: Joanie Lehoux, émouvante et profonde de beauté et de tourment, Jean-René Moisan, attendrissant en amant combattant de l'amour déchu, Gabriel Fournier, transportant avec sa voix spectrale, son visage de marbre, un superbe violent. Ne pas oublier la musique, une interprète qui tient elle aussi un rôle important, elle crée une ambiance propice aux gestes miraculeux du trio infernal.
Je tiens à remercier Nicolas Tondreau* pour les magnifiques photos qu'il m'a permis d'exposer ici, elles révèlent tout le réel de ce que j'ai vu hier soir. Et pour ne pas oublier cette oeuvre de grande qualité, il y aura bien sûr des mots, afin qu'elle demeure longtemps en ma mémoire, parfois trop sélective...
***
Le démon entre les cuisses de la forêt noire. Le couteau qui crisse son camp dans la chair de l'homme. Un aigle à deux têtes qui pousse dans le ventre en sang d'une femme. Un fœtus qui plonge dans l’eau de son bassin. Des sexes forts enfouis sous la terre. Une baise. Une méchante crosse. Un silence de salope...
FÉLICITÉ
Des coups de pieds au cœur du cul. Des coups de mains sur les flancs mous. De la chair bleuie sous l'écarlate de la robe. L'égorgement des voix sans issue. L'étouffement de la détonation parfaite. Un son muet pour des gorges chaudes... L'injure. Le crachat. Le scalp saignant des bêtes à poil. Le manteau de leur fourrure sur le dos frêle de la femelle. L’intensité des regards. Une coupe de cheveux écartelée par l’étau du démon...
MARKet FÉLICITÉ
Des accessoires qui traînent dans le décor...Un miroir/rasoir à trois têtes. Un sandwich aux tomates mayonnaise beurré épais de ch't'aime. Des cigarettes dans la bouche des désirs. Des escarpins pour les pieds nus. La lente chorégraphie des corps emprisonnés. Une montagne d’angoisses au bord du précipice. Un crachat dans la vitre sale. Une tête dans l'eau. De la grande noirceur tout autour...
FÉLICITÉ
Une feuille morte pour le vent commissionnaire d'une forêt morte. De la musique transcendante. Omniprésente. DÉSIRS CONSOMMÉS/DÉSILLUSIONS ABSOLUES...Un cauchemar rêvé pour une salle silencieuse. Un électrochoc pour les patients assis dans la salle d'attente. Des transes. Un penchant naturel et actuel pour la méta-MORT-(phose). Le parallèlement nôtre. Le risque de s'effondrer. Le risque de s'immoler. Le risque d'enfanter. Le risque d'ensanglanter. Le risque de trépasser.... L’audace d'un auteur.
HANK
INTERPRÉTATION
Jean-René Moisan: Hank
Joanie Lehoux: Félicité
Gabriel Fournier: Mark
Production: SUSHI (POISSE/SON/MORT) Mise en scène: Jocelyn Pelletier Assistance à la mise en scène: Rachel Lapointe Scénographie: Dominic Thibault Éclairage et assistance à la scénographie: Jean-François Labbé Musique: Pascal Asselin/Milimetrik*
Ouïes de poisson frais: couleur rouge caractéristique et absence de mucosité; cas contraire: ouïes décolorées et encombrées de mucosités.
DANS LE SPEAKER, DU VENT DU NORD SUR LA PETITE ROBE GRIS PÂLE. DES INTERPRÈTES À TOUTES ÉPREUVES. DES RATS QUI FONT LE TOUR DE LA VILLE. UN ARCHER FÉMININ QUI CIBLE LE TEMPS.
RIEN.
RIEN.
RIEN/FER.
HABITER LE SOL D'UNE FORÊT DE SEL, CELLE IMAGINÉE PAR UN AUTEUR FUGUEUR; HABITER LE FROID SIBÉRIEN ET DÉMENTIEL D'UN TEMPS CONGÉLATEUR D'OREILLES ASSASSINÉES. RÉAPPRIVOISER LA LANGUE MORTE. VOIR APPARAÎTRE SUR UNE SCÈNE UN MUR DE LAMENTATIONS, UN MUR MOUVANT DE VIES OÙ IL Y EUT UNE MÈRE DEDANS AUTREFOIS…PLONGER DANS LE REMOUS, VIVRE PAR LE VIDE, LAISSER UNE TRACE...UNE MINE DE FER POUR FAIRE DES BALLES, POUR FAIRE LA GUERRE...GAGNER DU TEMPS, GÂCHER LE SANG, CRÉER UN REFROIDISSEMENT...
TEMPS: UNE PIÈCE IMPORTÉE DE L'INCONNU POUR UNE SALLE BONDÉE DE SPECTATEURS (QUI NE L'AURONT PEUT-ÊTRE PAS TOUS BIEN VUE); UN SHOWROOM REMPLI D'HUMAINS POUR Y EXPOSER LA MORT D'UN CADAVRE VIOLENTÉ PAR LE CALME DE SES INTOUCHABLES..
IL FAUT MOURIR IL FAUT MOURIR,
DIT-IL
MAIS IL FAUT SAVOIR PARTIR.
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On ne dira jamais assez la hâte que nous avions de voir ce morceau inédit de Wajdi Mouawad. On ne dira jamais assez non plus le silence qui habitait l'Octave-Crémazie jeudi soir dernier alors que les spectateurs semblaient figés par ce froid venu tout droit de Fermont. On ne dira jamais assez combien notre coeur s'est agrandi lorsqu'arriva au bout de son chemin de faire cette pièce aux conséquences exaltantes...Encore une fois l'horreur incrustée dans la beauté, le calme vissé dans la violence... L'union/la désunion familiale, le désarroi au milieu de la fête, la torpeur des nuits à -60 c, le son assourdissant du vent veuf du feu maternel de l'immolation, le refrain des souvenirs d'enfance enfoncé dans la gorge éteinte de Noëlla, le chant de la forçure d'un homme embrouillé par les brumes de sa paternité, l'éloge amouritieuse d'une femme qui le déifie, l'intervention divine des deux fils frères, le centre moelleux des interprètes, les flèches de froid dans le cercle de l'archer...Le féminin, le masculin...encore humains...
TEMPS s'est fait chair, TEMPSs'est fait mère....
Trois soirs plus tard, des mots à peine retouchés, un peu confus, écrits par le spectre d'un Spectateur ému. La résurrection spontanée d'un nouvel espace Mouawad, revenu pour raviver nos mémoires endormies... le temps d'un soir de printemps, via les images collées à ma rétine étoilée. Merci.
(Québec)Marie-Josée Bastien:Noëlla de la Forge (Québec)Jean-Jacqui Boutet:Napier de la Forge (Québec)Véronique Côté:Blanche Leblanc (Québec)Linda Laplante:Meredith-Rose (Montréal)Gérald Gagnon:Edward Ferland (Québec)Anne-Marie Olivier:Vera Pavlova (Moscou)Valeriy Pankov:Arkadiy Tatarine (Montréal)Isabelle Roy:Apolline Delf
Texte et mise en scène:Wajdi Mouawad
Dramaturgie: Charlotte Farcet
Conseil artistique: François Ismert
Traductrice: Larissa Ovadis
Décors et accessoires: Emmanuel Clolus
Costumes: Isabelle Larivière
Éclairages: Éric Champoux
Compositeur: Michael Jon Fink
Conception son: Jean-Sébastien Côté
Maquillage et coiffures: Angelo Barsetti
Une création du Théâtre du Trident et du Théâtre d’Aujourd’hui en coproduction avec le Théâtre français du Centre national des Arts, Abé Carré Cé Carré, Au Carré del’Hypoténuse et en collaboration avec le Grand Théâtre de Québec
"Impossible également de ne pas nous sentir plus directement exposés. Mais si nous nous taisons, les pierres de l’oued encore baignées de sang sauvagement répandu hurleront la nuit."
Christian de Chergé
Réalisé par Xavier Beauvois, DES HOMMES ET DES DIEUX, est un film qui nous en apprend beaucoup sur l'humilité et la charité, mais surtout sur l'authenticité de la fraternité qui animait les moines de Tibhirine, dont sept d'entre eux furent assassinés en mai 1996. La beauté poignante des silences est peut-être la principale attraction de ce site religieux établi en plein coeur de l'Atlas***, celle des merveilleux acteurs qui l'habitent l'est tout autant. La tension est bien sûre omniprésente dans cette histoire, une guerre civile n'étant jamais de tout repos pour ceux qui la vivent; ce n'est cependant pas " que ça " qui alimente les superbes images qu'a tournées M. Beauvois, il y a de ces moments de grâce et d'élévation qui sont bien au-dessus de toutes les pires violences, dont cette scène du repas accompagné de vin et de la musique du Lacdes Cygnes de Tchaïkovski...Inoubliable...
Au coeur de l'Atlas, nous avons pu partager le miel, le lait, le pain et le vin; nous avonsainsi goûté à la véracité de la simple charité; Au coeur de l'Atlas, nous avons soigné nos plaies, nos angoisses et une partie de nos espérances; ainsi, nous avons pu prier, chanter; lire, écrire; sourire, fraterniser; et communier; Au coeur de l'Atlas, nous avons connu ce qu'était la franchise et la vraie fraternité, celle qui ne blâme ni ne juge; nous avons de ce fait vu la lumière dans l'obscurité; ainsi, en cette Algérie déchirée, nous nous sommes imprégnés de la culture de l'Étranger; avons vu s'engranger le sang de son Futur pour emplir les lourds silos de nos silence; Au cœur de l'Atlas, sous un frais manteau de neige de mai 1996, nous avons fait s'éclater le Vivant pour le nourrir de ses mourants...
« Nous aurons toujours le choix;
l'Amour endure tout »
Farid Larbi
Secret des hommes, secret des dieux est surprenant et captivant. Acteur de cette aventure, j’en ai beaucoup appris sur le chemin qui nous a menés à ce film. L’œuvre d’HenryQuinson m’a refait vivre une autre aventure: des secrets des frères aux avis des familles en passant par tout ce qui compose la fabrication d’un film. Henry Quinson a relayé l’esprit des moines de Tibhirine, et nous a amené une lumière sur un sujet qui me tenait à cœur. En tournant ce film j’ai senti dès le premier jour sur le plateau une aura spirituelle qui planait au dessus de nous. En lisant Secret des hommes, secrets des dieux, j’ai compris que celle-ci était présente bien avant le tournage. Henry Quinson a été plus qu’un conseiller monastique: il est devenu " mon " frère. J’ajouterais que j’ai vu en lui l’héritier de l’esprit de ses frères et plus particulièrement celui de frère Christian. Son ouverture, son intérêt et surtout sa compréhension de l’islam, m’a beaucoup touché lors de nos échanges, nous deux hommes de foi. Je pense sincèrement qu’Ali Fayattia a rencontré Christian et que Farid Larbi a rencontré HenryQuinson. Barak Allah o fik ! Que la bénédiction d’Allah soir sur Henry Quinson ! Bonne chance à ce livre d’une grande richesse !
" C'est toi qui t'élances. J'accueille. Je ne demande pas la richesse; je ne demande pas la puissance ni les honneurs......Je ne demande que l'Amour qui vient de toi....Rien n'est aimable en dehors de Toi, et rien ne peut aimer sans Toi. Je veux T'aimer en tout. L'Amour est la source et l'œil de la religion. L'Amour est la joyeuse consolation de la foi. "
Christian de Chergé
Nuit de Feu
Farid Larbi, qui joue le chef du GIA, file la métaphore :
"Ce film nous rafraîchit, dit-il. Le motpourrait paraître étrange pour évoquer ce qui fut tout de même une tragédie sanglante.Il y a des films qui font rêver, d'autres qui vous réveillent. Celui-ciréveille en douceur. Ce n'est pas violent, pas choquant. Même dans l'affrontement, on peut se comprendre et s'estimer. Mon face-à-face avec Lambert Wilson la nuit de Noël reste pour moi une scène clé. Ces deux hommes qui se défient ont quelque chose en commun, la foi, le respect de l'autre."