mardi 6 novembre 2012

Les mots de Véronique



Photo: Neil Mota




Parce qu'il y aura toujours les mots des autres pour abriller les nôtres...
L.L.


Véronique Côté n'est pas qu'une simple actrice, c'est aussi une auteure. Une vraie, une grande. Elle nous a donné l'inoubliable TOUT CE QUI TOMBE cet automne. Une pièce émouvante, présentée comme un recueil de ses plus beaux secrets. Je vous invite à lire un texte de son cru, empreint du plus naturel des sentiments, l'amitié. Un hommage aux acteurs qui ont joué dans sa pièce. Un texte qui en ratisse large sur l'humanité. Un texte tout simplement des plus intègres. Il est fort bienvenu, surtout en ces temps imprégnés de corruptions et d'allégations de toutes sortes. En attendant les futurs mots, voici ceux du présent.



DEBOUT ET DÉSHABILLÉE

J’apprends ma condition d’auteur tous les jours. Je ne m’y fais pas.
Je suis nouvelle.
Quand Adèle dit : « Ok, les acteurs, on se rassemble dans la salle de répétition dans 5 minutes », je me lève et je vais dans la salle de répétition attendre toute seule, parce que cette fois, je n’ai ni costume, ni maquillage. Je suis prête avant tout le monde.
Je suis nue.


J’apprends et c’est une sorte d’errance.
Je traîne debout au fond des théâtres, ne sachant plus où je dois aller.
Tout me déplace.
Je suis comme dans une vie à côté de mon autre vie, cette vie-là qui est la mienne le reste du temps - la vie où les mots des autres brillent dans ma pensée, la vie où les mots des autres sont comme un ciel bougeant lentement autour de mon présent.


Devant mes propres mots, je ne sais plus où je suis. Ciel renversé. Sorte d’exil invisible.


Je suis actrice. C’est ce qui m’a faite. Ça, quelques chagrins, et deux ou trois paysages.
Je suis metteure en scène, à l’occasion, et toujours par amour. C’est l’endroit d’où j’aime le mieux.
Je deviens auteure. Premièrement, je n’en reviens pas ; deuxièmement, je n’ai pas moins peur maintenant que c’est fait, je veux dire cette pièce, elle est écrite, finalement elle s’est écrite : j’en tremble encore. Je ne sais même plus comment c’est arrivé.


Je me suis sentie loin tout au long des répétitions.
Comme à l’étranger.
J’avais envie d’écrire des cartes postales à l’équipe.
J’avais envie de trouver une cabine téléphonique et de faire des appels longue distance en pleine nuit.
Je me demandais comment c’était, d’être chez moi. Je me demandais s’ils étaient bien, eux tous.
S’ils s’ennuyaient parfois de moi.


Mais il y a toujours un cadeau.
Depuis ma nouvelle position, j’ai vu les acteurs comme jamais je ne les avais vus. Avant je ne voyais pas bien, ma place était avec eux. Je compte d’ailleurs y retourner le plus vite possible.
Mais en attendant, j’ai été, je suis complètement bouleversée par la nature de ce métier.
Protéger les mots. Défendre l’histoire. Mieux que moi qui pourtant ai écrit.


J’ai envie de les serrer contre mon coeur sans cesse.


J’ai envie de les couvrir de confiture de rose.


Je les trouve si beaux.
La générosité de leur geste me transperce.
Je suis chavirée, complètement, par l’étendue de la bienveillance, du courage, de la foi qui est la leur.
Chaque soir, ils tremblent pour moi sur la scène.
Ils marchent, ils s’embrassent, ils parlent, ils pleurent.
Ils le font à ma place.


Ils me sauvent.


Bien sûr je parle des acteurs alors que toute une équipe conspire au miracle du théâtre, à cet élèvement de l’histoire par les forces conjuguées des artistes qui tissent une toile de sens et de beauté autour des mots : je l’ai dit au tout premier enchaînement, je suis renversée par ce spectacle. C’est à la fois comme si je n’avais rien su de mon propre texte avant de le voir comme ça, hors de moi; et qu’en même temps, j’avais eu l’impression que l’intérieur de ma tête était soudain posé devant moi, dévêtu, fragile, debout.
J’aime tout. La lumière amoureuse, les musiques comme des couvertures sur les épaules des personnages, le sol cœur battant, les mots comme des flocons qui dansent derrière, les silhouettes sensibles qui peuplent mon imaginaire révélé et transfiguré par l’art, par l’âme de mon équipe.
Je voulais leur redire à quel point ils m’avaient émue.


Leur amitié pour mon texte est une des choses les plus touchantes qu’il m’ait été donné de vivre.
De ça, je ne me remets pas.
Je ne m’en remets pas.


Véronique Côté, auteure de la pièce Tout ce qui tombe



samedi 6 octobre 2012

TOUT CE QUI TOMBE: Ailleurs deux fois plutôt qu'une





Des mots, que personne n’entend.

Tout ce qui tombe dresse devant nous un paysage.
Un paysage de possibles, dont presque rien ne reste – que des traces.
Ce qui nous lie, ce qui nous sépare.
il y a une ville, Berlin, affalée au beau milieu des vies de tout le monde.
il y a de grandes amours.
il y a des murs.
il y a la mer Baltique, des violons, un aéroport, une cabine téléphonique à Budapest, un rosier sauvage, de l’acupuncture, des bagages, une voiture abandonnée, un coffre à outils, un banc de parc, la Spree, de la salade, de la vodka, des billets d’opéra, des fugues de Bach, un café sur Oranienstrasse, des lits, des téléphones, des lettres, des baisers.
Plein de gens qui se perdent.
Plein de gens qui se sauvent.
Des mots, que personne n’entend. Et qui tombent, comme une sorte de neige.


Véronique Côté






27 septembre 2012

L. : Bonjour Éric,

J'arrive de voir TOUT CE QUI TOMBE ! Ouf! Va voir ça. Y'a comme un peu de nous autres là-dedans et...du Wajdi ! Véronique Côté et Frédéric Dubois ont accompli là un véritable chef-d'oeuvre. Et pis j'ai acheté CHAQUE AUTOMNE J'AI ENVIE DE MOURIR ! * Re-ouf ! LAPIN, bah c'est MON secret. Soufflant comment cette femme écrit. Je suis vraiment sur le Q. Ciao!

É.: C'est certain que j'irai et ton commentaire donne encore plus envie. Merci!

L.: Me suis levée avec la " consigne lumineuse " des mots de Véronique Côté ce matin. Aussi puissant que le Soleil lui-même ! Bonne journée !

É.: Est-ce que tu vas faire un tour à son lancement ce soir chez Pantoute? Formule 5@7. J'y serai peut-être.

L.: J'aurais aimé mais pas possible. Je lui prépare une impression sur sa pièce. Il se peut que je retourne la voir avec Alain, mon Wajdi addict ;-)wink.Je suis à dévorer Chaque Automne...Complètement renversant d'humanité. Steve Gagnon est tout aussi magnifique. Sa montagne rouge (sang) m'avait éblouie au plus haut point. Nous sommes chanceux d'avoir ces deux beautés-là dans notre région. À la prochaine. Bon week-end.


Date: Fri, 28 Sep 2012 05:55:50 -0700







À tous ces enfants donnés, perdus, disparus, retrouvés, qui se sont un jour sauvés du nid de leurs mères en feu. Qu'ils aient été faits par amour ou non attendus, ils avaient à y être, ils avaient à naître... 

le soleil dans la mer/ la pluie sous les nues/ la neige sur le sol/ l’enfance des trottoirs/ les regards dans le soir/ les mains devant le miroir/ les larmes dans le mouchoir/ la mort entre elle et l’espoir...

TOUT CE QUI TOMBE
TOUT CE QUI GRONDE
TOUT CE QUI SE VIT
TOUT CE QUI SE DÉLIE…
RIEN N’EST PERDU
RIEN N’EST FOUTU
TOUT EST À DÉFAIRE
TOUT EST À REFAIRE


Il n’y aura pas plus de mots que ceux qui s’écrivent après l’averse. Il n’y aura pas plus de beauté que celle que j’ai vue passer deux fois à la renverse. Il n’y aura pas plus d’amour que celui qu’ils auront vécu sur la scène du Trident. Il n’y aura pas plus d’intimité que celle de tous ces individus perdus puis retrouvés. Il n’y aura pas plus d’émotion aujourd'hui qu’il n’y en ait eue jeudi et vendredi soirs derniers…


La cabane dans les arbres chez Mémère, 199?
Un loft pour les enfants de la forêt laurentienne


LOFT: Changement de destination, grands espaces, lumière, mémoire de l'ancienne occupation et ambiance artistique sont donc les caractéristiques du loft.

TOUT CE QUI TOMBE a laissé dans les cœurs en tempête une sorte de bien-être apaisant, rien de plus que ce qui devait se vivre ce soir-là. Entre les mots bénéfiques de Véronique Côté et la touchante et poétique mise en scène de Frédéric Dubois, s'est installée pour la postérité de nos souvenirs une autre de ces soirées gravées d’émois et de bouleversements.

Des interprètes touchants, de la lumière, des ombres, de la musique, tout était en place pour cette histoire remplie de Berlin en trois époques: 1989, 1999 et 2009. Les dialogues en allemand, constituaient à eux seuls un personnage, ils étaient le pays que nous nous apprêtions à visiter. De les voir défiler ainsi sur l'écran géant, traduits dans cette langue que l'on ne comprendra pas toujours, mais qui nous parle sans cesse de la même chose, qui nous parle de...

...baignoire, de téléphone, de violoncelles, d'opéra, de cabane dans les arbres, de table à manger, de table à langer, de ventres pleins, de ventres vides, de mains chaudes, de joues froides, d'attente, de mer, de sable, de pays, de vol d’outardes en plein milieu d'un Café, de vol d'avion dans un ciel rempli de drames, de conversations téléphoniques comiques, de délicieuse salade, de fugues de Bach, de chanson de Barbara, de rosier, de confiture d'églantines, de toi, de moi, d'eux...

Marco, Anton, Christophe, Sophie, Rose, Charlotte et Marie, personnages célèbres de par leur simplicité désarmante, citoyens construits en toute insécurité, de celle qui te donne des ailes ou bien qui te les coupe. Mais que des bons mots à dire sur ce magnifique tableau aux couleurs détrempées d’humanité, sur ces rêves d'enfants pris dans le centre chaud d'une planète qui gronde d'amours impossibles, de romances cruelles. C'est le genre de pièce qu’il me fallait voir deux fois plutôt qu’une, pour me rendre compte de la plume souveraine de Véronique Côté, une auteure qui décrit royalement bien le pays qui se fait au fur et à mesure qu’il se refait; le pays où nous sommes allés en marchant vers le rêve... 







À partir d'ici, LES FONDS DE TIROIR nous ont encore une fois déménagés...ailleurs. Frédéric Dubois a ce don de remuer la braise, d'entretenir le feu, d'attiser nos appétits pour un théâtre libre. Espérons que sa collaboration avec Véronique Côté aura un goût de revenez-y. Des interprètes touchants, une histoire d'émotions, une pièce unique, un loft où il a fait bon y vivre le temps de ces deux heures d'abandon...

Dans une semaine nous serons le 13 octobre, j'aurai une pensée secrète pour Rose et sa confiture d'églantines, pour le beurre qu'elle étendra sur son pain à tous les jours, pour sa petite fille, qu'elle n'a jamais revue, pour cette scène magnifique dans laquelle son amour pour elle nous a été soufflée en plein vol dans nos oreilles de futurs sourds...

***

Le lendemain de ma première représentation, celle du jeudi 27 septembre, j'ai pensé au MIRADOR de Pierre Flynn dans lequel il chante BERLIN. Magnifique. Lui succède le superbe CROIRE. Mais si vous avez le temps, prenez-le à bras le corps et écoutez ce chef-d'oeuvre. Il joue ici, gratuit:



« C’est maintenant qu’il nous faut vivre…»



TOUT CE QUI TOMBE



DISTRIBUTION

Steve Gagnon: Marco
Olivier Normand: Christophe
Benoit Mauffette: Anton
Édith Patenaude: Sophie
Julianna  Herzberg: Rose
Marie-Hélène Gendreau: Charlotte
Catherine-Amélie Côté: Marie

Metteur en scène: Frédéric Dubois
Scénographie: Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes: Yasmina Giguère
Éclairages: Caroline Ross
Musique: Pascal Robitaille
Projections: Lionel Arnould




Photos du spectacle:
http://www.flickr.com/photos/letheatredutrident/sets/72157631588565131/


CHAQUE AUTOMNE J'AI ENVIE DE MOURIR

* http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/livre.asp?id=3424

« TOUT N’EST PAS PERDU »



mercredi 26 septembre 2012

FÉLICITÉ: la voie des bons dieux



Caro/Orac13
Véronika Makdissi-Warren

Photo: Nicola Frank Vachon


"La pièce présente des questions, des outils ou des accroches qui nous permettent de prendre le pouls de notre vie. Moi, quand je tripe au théâtre, c’est que soudainement ma vie est incluse dans le spectacle, que je traverse une expérience qui me donne un regard sur ma propre vie. Et c’est à ça que je m’attends du théâtre."
Olivier Choinière
Voir Québec
13 septembre 2012




Les chambres intérieures de l’âme sont comme la chambre noire du photographe. On peut y séjourner longtemps, sinon cela devient la cellule du névrosé.

Anaïs Nin



Entre le Caesar's Palace, le Walmart et La Bordée: FÉLICITÉ, magnifique monstre à trois têtes avec une voix venue directement de l’intérieur des tripes de l'auteur. Une scénographie à ne pas vouloir toujours tout casser. Des cauchemars juchés dans la tête d'un lit escamotable. Le viol d’une enfant. Ses bleus royaux tatoués sur son corps de poupée. Ses cris étouffés dans le « ce n'était qu'un rêve » de Céline, yeux tous le tour de la tête, décomposition des notes, fractures d’âme, peine de mourir en-dedans, un monde fait d'extérieurs.

La vie vient du palier
Le vent vient de la cour
Ma chambre est habitee
Par des secrets d'amour
A la tête du lit
Deux tables de chevet
Une avec un cahier
L'autre avec un carnet d'amour
D'amour
*


Définitivement malade comme pièce. Rarement vu une aussi belle prestation de savoir-faire. Les comédiens avaient à slalomer entre trois histoires compatibles. Y’avait des belles bosses, des virages secs, de l’acrobatique, de l’extrême, du freeride.  De tout pour nous donner la chair de poule. Comment peut-on seulement ne pas oublier la performance magistrale de Véronika Makdissi-Warren. Son Orac13  doublé de sa Caro m’a particulièrement éblouie, tant par sa tenue stoïque que par ses  « déplacements » verbaux...Les tripes au vent, le cœur dans les os, l’acharnement. La vie contre la mort. De petites fenêtres grandes ouvertes pour le jeu d’un drame au jour sans nom. La divulgation des secrets bien gardés au fond de l’armoire à balais. La sottise des parents fous, celle des frères complices, la retaille d’une hostie de bonne histoire. Olivier Choinière a écrit des mots qui dérangent, qui brisent les conventions, qui font tomber les murs du silence sur ceux de la langue. Les rires fusaient jaune sur le plancher de la chambre à coucher. Les tortures d'ambiance lourde éventaient les secrets bien gardés...
Photo: L.L.

Céline Dion n’est pas venue au monde pour rien, on le sait tous, enfin presque. Elle a traversé mers et mondes pour chanter là où les anciens dieux l’avaient fait bien avant elle, Céline, pêle-mêlée dans toutes ses découpures de petits journaux, revues glacées et autres médias, semble née immortelle pour toutes les Caro et Isabelle de ce monde prisonnier des saintes images des photographes professionnels, mais également pour tous les étalagistes, préposés et gérants de Walmart de ce monde. Hugues Frenette, Patric Saucier et Lorraine Côté,  qui les personnifient sont toujours aussi justes et bons. Ils nous ont eux aussi offert un véritable tour de force. Il reste encore plusieurs représentations à l’affiche au Théâtre de la Bordée, alors, si vous avez un peu de temps pour les mots, marchez lentement jusqu'à la rue Saint-Joseph est, entrez à La Bordée, prenez un ticket pour l’enfer, ça réchauffera les froidures de vos chambres intérieures...
Moi quand j'ai besoin de vous
C'est ici que je viens
A la pêche aux bisous
A la chasse aux câlins
Je reviendrai toujours, toujours, toujours, toujours
*
FÉLICITÉ
Texte: Olivier Choinière
Mise en scène: Michel Nadeau

Distribution: Lorraine Côté, Hugues Frenette,
Véronika Makdissi-Warren et Patric Saucier
Conception: Ariane Sauvé (décor)

Gabrielle Arseneault (costumes)
Bernard White (éclairages)
Stéphane Caron (musique)





* les paroles de MA CHAMBRE ont été écrites par Jean-Pierre Ferland

dimanche 16 septembre 2012

BASH: le rentre-dedans selon LaBute



Réellement bashée par autant de talent. Vincent Côté m'a complètement renversée; un virtuose du regard. La proximité a joué le grand rôle tout au long de ces trois actes. Oui, la saison s'amorce avec force. Et nous fait oublier quelque peu le mauvais jeu de nos petits politiciens. ;-)

 Commentaire envoyé à Éric Moreault (LE SOLEIL) via facebook

LA MORT VIENT, LA MORT RÔDE;
JE L’ENTENDS ME SOUFFLER FROID
DANS LES BRAS CHAUDS DE L’AUBE

 L.L.





BASH, de Neil LaBute, traduction de Vincent Côté, adapté par le Théâtre Néo-Trique, mise en scène par Frédérick Moreau, présenté par PREMIER ACTE: de la grande classe !


Jeudi 13 septembre, atmosphère humide à Québec. La légionelle serait apparemment disparue pour le moment des tours d'eau mal entretenues. On respire assez bien quand même avec le souffle coupé, car rien de plus inspirant que de parcourir la Basse-Ville avec une cinquantaine de spectateurs silencieux pour se faire raconter trois histoires à ne pas dormir debout. Mine de rien, il faut quand même avoir une certaine dose de culot pour exercer ce genre de théâtre. La très douce température aidante d'hier soir a fait que le bonheur d'assister à cette prestation sans faille fût total.


Pas que du bon, du laid,
pas que du beau, du mauvais.


Rien de ce que vous aviez imaginé. Ou plutôt tout ce que vous avez déjà un jour pensé. De s'être retrouvés coincés ensemble entre deux chaises, à respirer le même air que celui de la chair bleuie qui se meurt, qui saigne ou s'électrocute. Un air vicié à réanimer les morts nées des nouvelles saintes écritures...

A. et moi faisions partie du groupe qui a emprunté la voie de gauche. Celle avec les verres en styromousse. Nous nous sommes tout d'abord engouffrés dans un local exigu, là où des chaises avaient été installées en rangs serrés. Martine-Marie Lalande nous y attendait silencieusement dans le remous mental de sa tourmente de mère monoparentale qui avait à nous raconter son histoire à faire peur…à la peur…


MEDEA REDUX...L'amour, l'abandon, le risque. C'est le chant voilé d'une jeune femme imbibée de cette chose engluée à son corps depuis l'adolescence, la longue descente de son passé cloué au présent. L'avenir en jeu. La fin ne révèle jamais tout à fait le pourquoi d'un geste éclatant. Dans la pièce, il y avait le bruit de l'eau chaude sur la peau d'un garçon de 14 ans...une baignoire remplie d'eau chaude. La musique de Billie Holiday jouait...Nos cœurs  aussi...




IPHIGÉNIE EN OREM...Dans son salon, l'Acteur est venu vers nous. Il nous a regardé droit dans les yeux. Nous a happé. Nos yeux roulaient à tombeau ouvert dans cette lumière chaude de suite africaine. L'histoire que nous allions entendre n'était pas que de la petite bière. C'était celle d'un homme seul nous dévoilant son passé sous la couette dorée d'un jour décisif. Un homme qui immanquablement vivra le reste de ses jours avec un secret qu'il n'aura partagé qu'avec le couche-tard d'un bar d'hôtel, celui que ce soir-là nous partagions tous. Nous, spectateurs, qui avons été complètement charmés des quarante-cinq minutes qu'aura duré son brillant mono-dia-logue. On n'a pu lui résister. Vincent Côté nous a été révélé. Le côté B de son histoire, la vraie, nous a littéralement cloué au sol. Peut-être encore plus pour ceux et celles qui étaient assis sur  le tapis de la suite.

Comment ne pas avoir été touché par les mots-couteaux de Neil LaBute ? Les mots glacés que Vincent Côté a lui-même déglacés en québécois. Une pure jouissance. J'imagine encore le geste désespéré d'un jeune père qui pousse " avec son pied ", le corps bleuissant de son enfant enfoui sous les draps de l'amour. Des draps qui auront probablement été les seuls témoins de sa conception. Nos cœurs chavirés, qui venaient d'assister à cette chose incompréhensible qu'est l'infanticide, devaient poursuivre leur route, celle qui nous mena tout droit sur la terrasse du Bar de l'Agitée...


UNE MEUTE DE SAINTS, là  où la grande finale s’est jouée en compagnie du superbe duo que Guillaume Perreault et Fanny Migneault-Lecavalier formaient. Un couple presque parfait qui nous racontait séparément, dans le bruit de la rue Dorchester, leur mission.


Tant de beauté dans toute cette cruauté. Tout le charme de l’horreur. Comme des petits miroirs d’intelligence qui graffignent et font saigner les parois poreuses de la perfection made in USA. Des lignes lumineuses pour bifurquer dans les ténèbres abrasives de l’intolérance. Le meurtre, pour pallier à cet épanchement d’(im) pureté. Pour sortir du cadre du confort, être allé voir d’un peu plus près le cœur du vide. Aucune musique, que l'éclairage des spots crus de la terrasse pour essayer de comprendre la mission des jeunes Mormons. L'éclat de l'or de l'anneau d'un gay qui brille dans les yeux d'une future jeune mariée...Une espèce de malaise en même temps qu'une délivrance. Délectés de l’air nocturne de la Grosse Pomme de Central Park, nous y étions...vraiment. Et s’il le faut un jour, nous y serons à nouveau. Nous irons jogger entre le sarcasme et la sainteté...

Neil LaBute a sans aucun doute dérouté nos petites têtes de leur trajectoire habituelle. Comme spectateurs, c’est une chance inestimable d'avoir été en aussi bonne compagnie. Jamais nous n’oublierons ses phrases coup de poing. Le Théâtre Néo-Trique, avec son excellente traduction, nous en aura foutu quelques unes en plein sur la gueule et dans le ventre. Jamais nous n’oublierons comment nous nous sommes investis dans ce périple que PREMIER ACTE nous a encore une fois permis de vivre. Merci de tout cœur. OUI, la saison 2012-2013 est bel et bien amorcée...



Un endroit trop méconnu…

« Le Théâtre Premier Acte, à la haute-ville de Québec. Un endroit magique où l’on présente du bon théâtre. »

Alain Dumas au Journal de Québec
15 septembre 2012



BASH

Production: Théâtre Néo-Trique
Texte: Neil LaBute
Mise en scène: Frédérick Moreau
Direction de production et régie: Fanny Labonté
Responsables des transitions: Carolyne Bolduc

DISTRIBUTION

Vincent Côté
Martine-Marie Lalande
Fanny Migneault-Lecavalier
Guillaume Perreault


Photos:

http://www.flickr.com/photos/50973761@N08/sets/72157631529682527/





Site personnel de Vincent Côté
http://www.vincentcote.ca/










mercredi 22 août 2012

LES VISITEURS: fou rire d'été



LES VISITEURS made in QUÉBEC: une pof de rire pour se dilater la rage ! Des comédiens impeccables, une mise en scène alerte au feu, une salle remplie de gaieté, du théâtre d'été. De quoi nous changer du grand guignol de cette campagne électorale insipide. Merci à vous le Théâtre Voix d'accès, nous avons passé une autre de ces superbes soirée entre amis. Bravo !


Mise en scène: Jean-Sébastien Ouellette
Adaptation théâtrale: Isabelle Hubert
Scénographie: Ariane Sauvé
Costumes: Cybel St-Pierre


DISTRIBUTION

Emmanuel Bédard
Vincent Champoux
Chantal Dupuis
Nicolas Létourneau
Anne-Marie Olivier
Réjean Vallée