Illustration: L.L. JE NE CROIS PLUS AUX MOTS DES POÈMES, car ils ne soulèvent rien et ne font rien.
Autrefois il y avait des poèmes qui envoyaient un guerrier se faire trouer la gueule, mais la gueule trouée le guerrier était mort, et que lui restait-il de sa gloire à lui ? Je veux dire de son transport ? Rien. Il était mort, cela servait à éduquer dans les classes les cons et fils de cons qui viendraient après lui et sont allés à de nouvelles guerres atomiquement réglementées,
je crois qu'il y a un état où le guerrier la gueule trouée et mort, reste là il continue à se battre et à avancer, il n'est pas mort, il avance pour l'éternité.
Mais qui en voudrait sauf moi ?
Et moi, qu'il vienne celui qui me trouera la gueule je l'attends.
Antonin Artaud 1947 ArtaudOeuvres Quatro Gallimard
Tous les êtres ont psalmodié un théâtre, et l'univers est un théâtre, la représentation d'une tragédie qui s'achève mais aurait pu ne pas avoir lieu. Antonin Artaud Suppôts et supplications
1947
1928, SOHO
LA VOIX HUMAINE LA CORDE AU COU
LES COUTEAUX VOLENT HAUTS BRETCH/WEILL Ô ! GÉNIAL GÉNITAL
Un spectacle hors norme. Quelque chose d’inévitable, d'inoubliable...De la transformation d’âme en cannes. Du souffle, du rire, de l’ironie. Qu’ajouter de plus à propos de cette fantasmatique folie? Rien de plus de ce qui a déjà été écrit par les connaisseurs de cette fresque musico-erotico-théâTROP !!
Mais allons-y pour...une scénographie absolument démentielle, des costumes circo-ciel, des maquillages parfaits, des perruques hallucinantes, des robes/chaussures/fourrures débridées, et encore ! Du sublime, du gaga, de la folie douce furieuse et surtout...des comédiens...ajustés à cette folie toujours aussi actuelle.
Ce besoin de jouer
Dans la cours des miracles du TRIDENT, le 28 avril dernier, y circulait un air propice à la fête, un flot de mots succulents sortis tout droit des bouches à bouches du toujours tout à fait magnifique Jean-Sébastien Ouellette, accompagnée par la musique absolument balkanisante de L'Orchestre d’Hommes-Orchestres, on se serait cru en plein dans un film de Kusturica. (Pari réussi M.Genest)...De la grâce de la multiplication des gestes, de l'articulation d'une marionnette de carton, un tour de carrosse royal, des têtes à couronner. Et…
LE CAMION
l'élément central de ce plantureux tableau-décor. Des trouvailles scéniques qui donnent elles-mêmes la réplique aux comédiens survoltés, pour ne pas dire hyperactifs ;-) … Jonathan Gagnon, Lucien Ratio, Olivier Normand, le prêtre, les filles, le sexe…L’élan des cœurs jaloux dans une tornade de feux roulants…l’amitié…l'amour...la liberté !
Martin Genest, enchantremetteur en scène, qui fait déplacer l’air, frais ou pollué, qui utilise toute la scène, qui prend le Spectateur à bras-le-corps, qui le retourne de sur son siège, qui le saisit bien à point. La déception ? Que certains spectateurs (?) aient pensé que la pièce était terminée…Un sifflement de l’un des comédiens pour les ramener…à l’ordre. PupulusMordicus est un théâtre à l’affût de l’inouï, au bord des rêves/cauchemars; il transmet/tranforme une énergie unique sur laquelle je ne saurais en (d) écrire plus. Une chose est sûre cependant: cette fois-ci je ne raterai pas le Cabaret Gainsbourg en juin prochain au PÉRISCOPE, je le verrai enfin ce spectacle dont on a tant parlé. Il sera présenté au cours du prochain CARREFOUR INTERNATIONAL DE THÉÂTRE DEQUÉBEC.
Le Carrefour, quoi de mieux pour clore la saison 2010-11 que d'aller surfer sur une nouvelle vague de beauté artistique. Cette année, pas de pièce-fleuve, il y a bien leLipsynch mais l'ayant déjà vu à Montréal en mars 2010 mes choix se sont arrêtés sur cinq pièces plutôt courtes mais substantiellement appétissantes, ce sont: Milles anonymes et Cabaret Gainsbourg (Québec), La nuit juste avant les forêts(Montréal), Striptease (Paris), Cinq jours en mars(Tokyo); s'ajoutera un chantier (hors norme), le Batailles sans guerre, du non moins innovateur Théâtre de l'Urd, présenté sur le toit de Premier Acte le 10 juin à l'aube mais aussi à 20 heures le même jour...Il y aura aussi le nouveau parcours du OÙ TUVAS QUAND TU DORS EN MARCHANT ?
Du surf ? oui, ou plutôt du slalom entre les différentes salles (dont un ancien garage); du surf donc, pour y faire se submerger les berges grisonnantes de mon petit cerveau qui en a pourtant pas mal vu de toutes les couleurs cette saison.
Merci à vous, brillants artisans de la scène, comédiens, éclairagistes, bruiteurs, scénographes, musiciens, régisseurs, etc…, vous êtes le pain quotidien qui nourrissez le petit carré de beurre que l’on nous sert ICI, à Québec, à la grande table des Spectateurs.. Avec vous, la vie sait comment se fait voir ailleurs et autrement…dans le fond lumineux d’un lupanar, au bord d’Elles, dans une scène édifiante remplie de petits malfaiteurs qui troquent des croix pour des couteaux avec les Enchanteurs de ce cirque ambulant qu'est le Théâtre.
Au revoir Mack et à la prochaine chicane!
L'OPÉRA DE QUAT' SOUS
DISTRIBUTION
Bertrand Alain Joëlle Bourdon Jonathan Gagnon Israël Gamache Valérie Laroche Véronika Makdissi-Warren Olivier Normand Patrick Ouellet Jean-Sébastien Ouellette Lucien Ratio Andrée Samson Klervi Thienpont
Texte Bertolt Brecht
Musique Kurt Weill
Basée sur une traduction par Elisabeth Hauptmann
de L'Opéra des gueux de John Gay
Texte français René-Daniel Dubois
Traduction littérale de Marie-ÉlisabethMorfet Louis Bouchard
Mise en scène Martin Genest
Scénographie Michel Gauthier
Costumes Élène Pearson
Éclairages Caroline Ross
MarionnettesPierre Robitaille
Musiciens sur scène Bruno Bouchard, Gabrielle Bouthillier, Jasmin Cloutier, SimonDrouin, Simon Elmaleh, Danya Ortmann
Une collaboration avec Pupulus Mordicus
P.S.: Jean-Sébastien Ouellette a reçu sans aucune espèce d'hésitation mon vote du comédien de l'année au Trident; il se l'était d'ailleurs mérité la saison passée pour son rôle de Monseigneur Charbonneau. Quel comédien ! Quelle diction ! Quel beauté ! Une véritable oeuvre d'art que cet homme !
P.P.S.: Entrevu au Trident, à la galerie où y était exposées les œuvres de feu M. Paul Bussières, (scénographe réputé de Québec), celui qui m'a véritablement et définitivement amenée au théâtre, nul autre que M. Robert Lepage lui-même, avec qui j'ai eu le petit grand bonheur de converser quelques minutes de...LA TEMPÊTE, qu'il remettra en scène cet été à Wendake avec une troupe renouvelée et amérindianisée; lui qui vient encore une fois de remporter un autre succès aux États avec l'opéra ! Nous avons souhaité qu'il fasse beau le 14 juillet prochain à l'agora wendat !!!
P.P.S.: L'été s'en vient !
But you only see those in the light Those in the darkness you don't see
Pour péter la balloune d'air vicieux de l'affaire Cantat/Mouawad. Pour atténuer les cris véhéments de la horde semi sauvage des multiples médias. Pour ne pas devenir mort-vivant avant le temps. Pour ne pas revenir sur nos pas. Pour enfin faire taire la haine. Pour faire place au vrai théâtre.
Cantat moi, rien de vraiment intéressant à dire sur le sujet du jour des multiples médias, mais tout à subir de ce second procès débité par des hommes et des femmes supposément " de bonne volonté "; des gens toujours prêts à monter aux barricades, soit pour te lancer des fleurs sur les planches soit pour te faire éclater la tronche avec une grenade de lait sûr... Deux feux me hantent: celui du tueur qui chante l'amour et celui de la foule qui lui scande " vautour ! ". Rien de vraiment intéressant. Ni de réjouissant. Rien. Non, rien de rien. Je ne connais pas tellement Bertrand Cantat mais j’aime beaucoup Wajdi Mouawad et... Jean-Louis Trintignant.
LA MÉLODIE ENTRE LA VIE ET LA MORT: une autre pièce illuminée faite sur mesure pour le public aventurier de PREMIER ACTE. Une autre excellente soirée passée dans la grande petite salle de la rue Salaberry. Une autre révélation. Un objet presque familier. Du clair-obscur à son meilleur. De la vitalité pour la mort née. Des éclats de beauté pour l'oeil des apprivoisés. Un tableau signé Jocelyn Pelletier qui hante l'esprit, tranche l'oeil, déhanche les ouïes.
Avec des interprètes à la hauteur du texte de l'auteur, qui ont su retenir toute l'attention du Spectateur ébloui: Joanie Lehoux, émouvante et profonde de beauté et de tourment, Jean-René Moisan, attendrissant en amant combattant de l'amour déchu, Gabriel Fournier, transportant avec sa voix spectrale, son visage de marbre, un superbe violent. Ne pas oublier la musique, une interprète qui tient elle aussi un rôle important, elle crée une ambiance propice aux gestes miraculeux du trio infernal.
Je tiens à remercier Nicolas Tondreau* pour les magnifiques photos qu'il m'a permis d'exposer ici, elles révèlent tout le réel de ce que j'ai vu hier soir. Et pour ne pas oublier cette oeuvre de grande qualité, il y aura bien sûr des mots, afin qu'elle demeure longtemps en ma mémoire, parfois trop sélective...
***
Le démon entre les cuisses de la forêt noire. Le couteau qui crisse son camp dans la chair de l'homme. Un aigle à deux têtes qui pousse dans le ventre en sang d'une femme. Un fœtus qui plonge dans l’eau de son bassin. Des sexes forts enfouis sous la terre. Une baise. Une méchante crosse. Un silence de salope...
FÉLICITÉ
Des coups de pieds au cœur du cul. Des coups de mains sur les flancs mous. De la chair bleuie sous l'écarlate de la robe. L'égorgement des voix sans issue. L'étouffement de la détonation parfaite. Un son muet pour des gorges chaudes... L'injure. Le crachat. Le scalp saignant des bêtes à poil. Le manteau de leur fourrure sur le dos frêle de la femelle. L’intensité des regards. Une coupe de cheveux écartelée par l’étau du démon...
MARKet FÉLICITÉ
Des accessoires qui traînent dans le décor...Un miroir/rasoir à trois têtes. Un sandwich aux tomates mayonnaise beurré épais de ch't'aime. Des cigarettes dans la bouche des désirs. Des escarpins pour les pieds nus. La lente chorégraphie des corps emprisonnés. Une montagne d’angoisses au bord du précipice. Un crachat dans la vitre sale. Une tête dans l'eau. De la grande noirceur tout autour...
FÉLICITÉ
Une feuille morte pour le vent commissionnaire d'une forêt morte. De la musique transcendante. Omniprésente. DÉSIRS CONSOMMÉS/DÉSILLUSIONS ABSOLUES...Un cauchemar rêvé pour une salle silencieuse. Un électrochoc pour les patients assis dans la salle d'attente. Des transes. Un penchant naturel et actuel pour la méta-MORT-(phose). Le parallèlement nôtre. Le risque de s'effondrer. Le risque de s'immoler. Le risque d'enfanter. Le risque d'ensanglanter. Le risque de trépasser.... L’audace d'un auteur.
HANK
INTERPRÉTATION
Jean-René Moisan: Hank
Joanie Lehoux: Félicité
Gabriel Fournier: Mark
Production: SUSHI (POISSE/SON/MORT) Mise en scène: Jocelyn Pelletier Assistance à la mise en scène: Rachel Lapointe Scénographie: Dominic Thibault Éclairage et assistance à la scénographie: Jean-François Labbé Musique: Pascal Asselin/Milimetrik*
Ouïes de poisson frais: couleur rouge caractéristique et absence de mucosité; cas contraire: ouïes décolorées et encombrées de mucosités.