vendredi 25 décembre 2015

DÉTAILS DU GRAND PORTRAIT: Les dépossédés



Par un de ces beaux dimanches soirs de décembre, entre les vieux murs d’une ville fortifiée, une flopée de mots flambés, bandés bien durs, venus directement de la chaude et si vivante Belfast, celle d’Owen MCCafferty. *





Ils étaient seize et saisissants, beaux et belles finissants du Conservatoire d’Art Dramatique de Québec. Et nous, en vieux convertis que nous sommes devenus des différents théâtres de la Cité, faisions notre toute première « apparition » dans cette magnifique enceinte, ancienne chapelle Holy Trinity of Ease ** Ce fût une autre de ces enrichissantes découvertes culturelles, remplie de promesses et d'avenir... 





PORTRAIT de groupe


J’hésite encore à dire la vérité. La vérité est moche, et accablante. Il n’y a pas de consolation. Vos gestes sont mignons et insignifiants. Votre tristesse postée sur Facebook, vos tweets indignés ne font aucune différence. Vous ne pouvez rien faire pour apaiser ou mettre au défi. Ceux qui disent que ce n’est pas une guerre ont complètement raison. Ce n’est pas une guerre. C’est un massacre, une boucherie. Cette semaine, Paris est un abattoir.

Robert McLiam Wilson
17 novembre 2015
in Les Inrocks ***


Coeur-Main
Annette Messager
pour les Inrockuptibles


En voyant le beau visage rebelle de Steven Lee Potvin, et la ressemblance frappante avec celui du jeune Robert McLiam Wilson, un autre auteur issu de Belfast (Eureka Street, Les Dépossédés, Ripley Bogle), je n’ai pu m’empêcher de le prendre «  en portrait » de plus près. Mais c’est surtout la rigueur avec laquelle il jouait son impitoyable et touchant Bobbie Torbett qui a fait qu’il ait retenu autant mon attention. Le feu aveuglant dans ses yeux, l’arme à gauche collée sur son grand cœur de délinquant, ferait tout et n’importe quoi pour que Bop, son cadet, n’aille jamais travailler à l’Abattoir…


Robert McLiam Wilson


Steven Lee Potvin

Extrait vidéo de ce diamant brut ****



La rage de l’Ange dans le dépotoir
Ses cuites et ses rixes dans le bar
Le long des jours à broyer l’Espoir
Il ne travaillera jamais à l’Abattoir



TECHNICOLOR EYES ******


Belfast, par un de ces jours de cafard de l’ordinary people, parmi les allées et venues entrecroisées des parents et amis, femmes et maris, enfants déchus, violés et pendus. Le temps d’une virée, deux frères qui s’évitent, se taisent ou se tuent, des pères qui meurent, des mères qui pleurent, des chiens qui jappent, des chattes qui miaulent, des fleurs qui sèchent, des heures qui s'accrochent aux heures perdues puis retrouvées. Beaucoup de temps donc pour ces indigents qui le boivent à même le goulot d’une bouteille sans fond, qui lui sucent la moelle des os trempant dedans, qui lui rongent ses ongles jusqu’au sang, qui le déchiquettent en le baisant, qui le vident de tous ses excédents, un peu comme le font BLOOD OR WHISKEY ***** ci-contre... 





LES COMÉDIENS

Dylan Foggarty: Olivier Arteau-Gauthier
Connie Dean: Ariane Bellavance-Fafard
Dave Black: David Biron
Swiz Murdoch: Jean-Philippe Côté
Maggie Lyttle: Joëlle Déry
Joe Hynes: Pierre-Luc Désilets
Helen Woods: Gabrielle Ferron
Sharon Lawther: Lauren Hartley
Theresa Black: Stéphanie Jolicoeur
Bobbie Torbett: Steven Lee Potvin
Maeve Hynes: Nathalie Séguin
Bop Torbett: Dayne Simard
Cooper Jones: David Bouchard (diplômé 2015)
Paul Foggarty: Pierre-Olivier Cauchon
L’infirmière: Claudelle Houde-Labrecque



Photo: L.Langlois
20 décembre 2015


Tous, sans exception, sont de puissants caractères émergés de la tête d'Owen McCafferty, un auteur « qui nous montre non seulement la façon dont les vies individuelles se croisent mais la collision des mondes privés et publics »…Voyez le superbe teaser qui nous replonge dans cette pièce qui se dévore toute crue...comme un tartare irlandais...



Les Irlandais, ces pères et mères, frères et sœurs, filles et fils, enfants d’anciens réfugiés arrivés ici affamés et malades dans nos terres d’Amérique, ont des liens précieux de parenté avec nous, plus proches qu’on pourrait le croire. Leurs histoires ressemblent aux nôtres, leurs peurs, leurs guerres, leurs déchéances mais aussi leurs espoirs, leurs vérités…et leurs mensonges. C’est la géniale Marie-Josée Bastien qui a mis en scène cette pièce « animale, bouillante et sensuelle », très bien traduite en québécois d’icitte par Michel Monty.




Le décor fort ingénieux, conçu par Pierre-Olivier Cauchon, qui est de plus l’interprète de Paul Foggarty, impressionne de par son élévation et ses nombreux compartiments; il donne franchement le goût de prendre place dans son bar et d’y enfiler whiskey après scotch après bière. De la chambre à séquestrer de Dylan à l’épicerie de quartier de Dave Black, en passant par le bureau des abattus de sa femme Theresa et le bar rassembleur d’Helen Woods, on y passe d’excellents et mémorables moments ».





Les éclairages de David Mendoza Hélaine, qui a également conçu la superbe affiche, rayonnent de fatal et de noirceur, y projetant le texte dans toute sa réelle splendeur. Les costumes, de Claudelle Houde-Labecque, slack, seyants, sexy, straight, propres ou délabrés, sont en parfaite harmonie avec les différents caractères qui les portent. Ils leur vont...comme des gants…






DÉTAILS DU GRAND PORTRAIT, ce sont des serviettes de plage d’amoureux entrelacés et tendus, des verres de bière remplis à ras bord, un coup de revolver im(prévu), des souliers d’enfant disparu trouvés dans la terre froide, un trousseau de clefs lancés par une fenêtre ouverte, des chorégraphies endiablées de corps cognant aux portes de l’enfer, des accessoires qui s’entassent dans les recoins poussiéreux des caveaux, alcôves et cellules en tout genre…



Photo: L.Langlois



LES CONCEPTEURS

DÉCOR: Pierre-Olivier Cauchon
COSTUMES: Claudelle Houde-Labrecque
ACCESSOIRES: Magali Delorme
AFFICHE ET ÉCLAIRAGES: David Mendoza Hélaine


THE BIG PICTURE BAND: des comédiens qui jouent de la guitare, de la batterie, de la basse, qui font de la musique, qui ont décidément tous les talents. Ils sont David Biron, Pierre-Olivier Cauchon, Jean-Philippe Côté, Steven Lee-Potvin et Dayne Simard.


L’ÉQUIPE TECHNIQUE DU CADQ

FABRICATION DES DÉCORS: Pierre Cloutier (responsable)
ET MONTAGE TECHNIQUE: Christian Bernard, Hugues Bernatchez et Yvon Laroche
CONFECTION DES COSTUMES: Manon Vézina (responsable) et Hélène Ruel

LES PROFESSIONNELS 

ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE: David Bouchard
RÉGIE ET MANIPULATION DE LA CONSOLE DE SON: Vincent Roy et Claudelle Houde-Labrecque
BANDE SONORE ET COMPOSITION DE CERTAINES PIÈCES MUSICALES: Vincent Roy
SUPERVISION DE L’ÉCLAIRAGE: Mathieu C. Bernard






Le Conservatoire d’Art dramatique de Québec, un véritable trésor national, niché au 11 de la rue Saint-Stanislas, qui y cache ses perles et diamants, qui enfante des gens de théâtre qui feront naître à leur tour la suite des choses au nom de tous ceux et celles qui les ont précédés. Ce sont ces jeunes finissants que nous sommes allés stimuler afin qu’ils puissent poursuivre le chemin dans lequel ils se sont engagés depuis quelques trois ans, comme l'a fait l'exceptionnel Jean-Denis Beaudoin, finissant de l'année 2013. 



Photo: L.Langlois


Maintenant que nous avons eu notre baptême A. et moi, et que nous sommes ressortis plus qu'enchantés, nous en avons conclu qu’il se pourrait fort bien qu’on se rajoute un abonnement l’an prochain. D’ailleurs, un grand merci à Max Dumais, qui faisait partie des nombreux spectateurs de cette ultime représentation. C’est lui, ainsi que Miguel Fontaine et Vincent Nolin-Bouchard, deux finissants en jeu de la cohorte de 2015, que nous avions croisés cet automne au bar L'AUTRE ZONE lors du mémorable TROIS NUITS AVEC MADOX, qui nous avaient fortement conseillé d’assister à au moins une production du Conservatoire. Voilà, c'est maintenant fait, et il est d'ores et déjà assuré qu'en février prochain, nous irons voir la création des élèves dans une mise en scène de Michel Nadeau. Ce sera pour sûr un plaisir évident que de revoir ce talentueux essaim de comédiens et artisans de la scène.


REMERCIEMENTS

Pour clore ce premier chapitre exposé aux ENVAPEMENTS, je tiens tout d’abord à remercier Olivier Arteau-Gauthier, majestueux dans son rôle de Dylan. Artiste interdisciplinaire, il a également participé " spécialement " aux remuantes et énergiques chorégraphies. Nous avons pu lui témoigner notre reconnaissance avec une courte mais intense conversation après sa magistrale performance. Il rayonnait tout simplement, de même que Claudelle Houde-Labrecque, qui était ce soir à la conception des costumes et qui tenait le rôle de l’infirmière. Finalement, un grand merci à madame Marie-Josée Bastien, qui, comme à sa fidèle habitude, conçoit un théâtre chaud et vivant, comme elle l’est elle-même, comme elle aime en faire. Cette femme est un solide et intense monument d'humanité. 



Olivier Arteau-Gauthier






***

Futur DIAMANT
Photo: L.Langlois
20 décembre 2015



 REVENANTS


 Comme douceur de printemps 
ressuscitée ici en décembre, 
foulant les trottoirs de ciment,
entendre pleurer Connie Dean en Irlande
qui crie que son Dylan qui lui manque

C'est là toute la douleur d'une fille 
enfermée à vie dans une chambre

Mais entre les souliers identifiés d'un garçon disparu
et le crâne retrouvé d'une petite fille assassinée,
deux âmes décongelées pour mille cœurs attristés

elquidam
26 décembre 2015















vendredi 18 décembre 2015

BEUBYE 15 : Fous à délier

Photo: Collectif du Temps qui s'arrête



Quel merveilleux délire hier soir à La Bordée avec LE THÉÂTRE DU TEMPS QUI S’ARRÊTE. Pour la seconde fois, on nous a offert son émoustillante revue de l’année. 2015, assez fertile merci en événements dramatiques de toutes sortes, aura laissé ses traces de grande tristesse dans nos esprits troublés par les divers attentats survenus du côté obscur de la force de l’occident mais également ses multiples tas d’absurdité échappés ici et là en cours de route...




L’ouverture du spectacle, mettant en vedette les principaux personnages de STAR WARS, donnait le ton à cette heure et vingt qui a passé aussi vite qu’un coup de sabre laser. 2015 a très mal commencé avec le massacre chez CHARLIE HEBDO et les diverses fusillades dans Paris. Puis les réfugiés, qui fuient les régimes des dictateurs un peu partout sur la boule pour trouver un semblant d’ailleurs qui leur donnera un semblant d’asile. L’année n’est pas encore terminée, que déjà nous anticipons des jours probablement encore plus terrifiants que ceux qui ont dominé une « acturéalité » de plus en plus connectée à l’ensemble des futurs chaos terrestres de ce monde envahi de dévastés…à commencer par ceux qui veulent tant mourir dans la dignité. Voyez le sketch dans lequel Jean-Michel Déry, Monika Pilon et Joëlle Bourdon s'éclatent...




Jean-Michel Déry, comme nous ne l’avions pas encore vraiment connu, s’est révélé être un bouffon de première classe avec toutes ses steppettes et mimiques. Aussi drôle que bouleversant avec son petit vieux de 97 ans, qui attend vainement de passer l’âme à gauche, qu’absolument pissant en policier imper short gilet bedaine, qui essaie de faire succomber un Joël Legendre/Nicola-Frank Vachon, plutôt tranquille pour un gars qui venait de se faire «  ébranler » par un superbe jogger/Philippe Durocher, un beau gars qui passait justement par le parc des scandales...




GAME OF THRONES, le mariage PKPelanus-Julie Botoxus, un pur ravissement de burlesque, avec un Gilles Duceppe plus mort que vivant, traîné par une corde attachée au vélo du chef. Et l’empereur Labaumus, de retour en mini pompes, de plus en plus présent dans le royaume de la Capitale, qui attend SON Club de Rome *...




À la musique et ambiance sonore, Mathieu Campagna, maestro qui relie les sketchs défilant à la queue leu leu. Véritable homme-orchestre qui donne nettement l’impression qu’il est un band à lui tout seul, entre autre lorsque Monika Pilon se transforme en Normand L’Amour, on sent comme une sorte de coalition entre la chanteuse et le musicien qui se crée. L’illusion est quasi parfaite, on croirait voir et entendre en personne le chantre de Saint-Joseph-de Sorel, décédé le 3 novembre dernier. Monika Pilon, que nous reverrons dans FEYDEAU en mars prochain ici-même à LA BORDÉE, nous a refait une Céline Dion des plus hilarantes, vraiment irrésistible ! 




La parodie d’UNITÉ 9, avec la nouvelle pensionnaire Lise Thibault, a déchaîné les rires dans la salle (qui n’était malheureusement pas remplie). Fallait voir la sexy Shandy/Edwige Morin la "cruiser" et s’écraser sur ses genoux, tordant ! Et Suzanne, avec ses pilules, et Marie, qui pleure tout le temps, et Jeanne, qui beugle et perd la tête, une sucrée-salée de bonne parodie. Et comment oublier cette chère Matricule 728, qui push-push un bébé rempli à ras bord dans sa couche, et Mononk Marcel, qui chante bisous bisous en harcelant, boxers à l'appui, tous les jupons du monde entier, une vraie jouissance. Et pasticher Isabelle Richer avec son collier cervical, non mais fallait le faire, Joëlle Bourdon était particulièrement splendide dans ce rôle. Comme quoi, presque tout est risible.




Les costumes, conception de Marie Mc Nicoll, sont d'une simplicité originale et efficace. Ceux des Femen entre autres, avec burqa et brassière de seins nus peints à même le tissu, illustraient fort bien la résistance des masqués lors de nos dernières élections de cons fédérés...




Lucien Ratio, qui a écrit et mis en scène ce second opus, avec l’aide de ses acolytes Déry, Durocher et Vachon, mérite franchement qu’on le salue bien bas, car c’est un travail qui demande énormément que celui de faire rire en même temps que réfléchir et c’est tout à leur honneur. Merci messieurs dames pour cette autre formidable soirée en votre loufoque compagnie, ce fût un réel plaisir...à renouveler l'an prochain, je l'espère bien...




Je m’excuse auprès d’Edwige, qui nous avait si gentiment invités à aller prendre un verre dans le lounge improvisé de La Bordée après le show; les deux vieux partisans que nous sommes étaient un peu épuisés d'avoir tant rit et ont préféré rentrer sagement à la maison. Mais avant le spectacle, nous avions encouragé LA BUVETTE SCOTT en enfilant une DOMINUS VOBISCUM, savoureuse bière blanche de Baie Saint-Paul ** d’inspiration belge. Ici, une vue sur le bar d'occasion, et une autre sur la rue Saint-Joseph Est., vue du plancher des « vaches...folles » ;-)




Photos: L.Langlois


Comme il pleuvait ce soir (pour un 17 décembre c’est plutôt inhabituel), nous sommes allés nous réfugier chez PHIL pour nous ravitailler d’un autre de ses succulents smoke meat. Notre choix s’est arrêté sur le suisse. Miam, miam ! Une vraie sinécure que de s’attabler dans ce sympathique resto de la rue Saint-Vallier Ouest, on s’y sent vraiment comme chez soi, ou encore chez un ami...qui vous veut du bien.



D'ailleurs, merci à A., mon fidèle accompagnateur lors de nos si merveilleuses sorties théâtrales, c'est toujours une fête d'être en sa si chaleureuse compagnie.

***





Dimanche, pour terminer l’année 2015, tel que promis à Max cet automne ainsi qu'à Miguel et Vincent, diplômés 2015 du Conservatoire d’art dramatique de Québec, nous irons voir DÉTAILS DU GRAND PORTRAIT de l’Irlandais Owen McCafferty. Pour vivre une journée bien remplie de surprises à Belfast, parmi cette jeunesse qui ne l’a pas toujours facile. Marie-Josée Bastien fait la mise en scène de ce spectacle, on peut donc s’attendre au meilleur...du pire… 





** https://www.facebook.com/microbrasseriecharlevoix


J'allais oublier: Castor exposait à nouveau dans le hall d'entrée de La Bordée. Voir le lien plus bas pour voir quelques unes de ses œuvres puissantes.





dimanche 6 décembre 2015

TU TE SOUVIENDRAS DE MOI : pour survivre au fil de l’Histoire

Photo: L.Langlois
Jeudi 3 décembre 2015

OUI
« je t'aurai dans la mémoire longtemps »





C’est dans le brouillard 
qu’on peut presque tout voir 
(de près)…

L.L.


Album photo, écrits, lettres: toujours mettre ça dans le haut des étagères, au cas où une inondation soudaine surviendrait. Un jour, quelqu'un pourrait bien avoir besoin de ça...

Édouard Beauchemin






youtube 
facebook 
twitter
instagram
pour immortaliser l'instant présent
pour la vue le vin la vie
pour l’espoir
et la robe de chambre
et le pyjama

pour le ciel et la forêt
pour la fuite dans le désert
pour le soir du 15 novembre 1976
pour la mémoire collective
pour la famille
pour SA mémoire
pour son legs
pour le début d’un temps nouveau

TU TE SOUVIENDRAS DE MOI
et de ce petit pick-up...

Le temps de se regarder dans les yeux
toute l’histoire est encore à recommencer

Se séparer pour peut-être mieux aimer
Se préparer à peut-être tout quitter
Se charger d'images 
pour engranger des souvenirs
Se prendre en charge au large
pour marchander dans l’espace
(le temps d’une pause devenir cosmonaute)

Se rappeler d’un voyage en famille à Cape Cod
Se souvenir du goût fade d’un pâté au poulet acheté
Se crever le cœur à force d’y repenser

Publier les restes d’un amour écrit sur une table à café
Éparpiller les mémoires un jour vécues ensemble

Dans ce pays étrange qu’est notre cerveau
étions-nous vraiment nés pour un petit pain?
(de ménage brisé)  
ou encore un petit lapin 
aux oreilles bien dressées ?

Rire
Pleurer
Réfléchir
... ... ...
Vivre
Chanter
... ... ...
Et puis crever


elquidam


Juin 1976
19 ans



Annick Cojean: Vous votez ?

Juliette Gréco: Bien sûr ! Demandez au chat s’il veut du lait. À gauche. Je ne peux pas m’en empêcher. Je n’ai jamais compris les valeurs de la droite. En revanche, j’adhérais aux valeurs de ce qui était la vraie gauche.

A.C. : Vous en parlez à l’imparfait.

J. G. : Oui. Car avant, il y avait un idéal. Des valeurs humaines et de la générosité. Des élans du cœur et de l’esprit. On était fier d’appartenir à une certaine famille. Mais il n’y a plus de famille. C’est l’argent qui gouverne.






Il faut bien le dire (ou l’écrire): le fait que Guy Nadon jouait dans cette pièce présentée au THÉÂTRE DE LA LICORNE à Montréal, et dont nous en avions entendu dire que du bien par différents médias, a « joué » dans notre décision à A. et moi de réserver nos places le plus tôt possible à LA BORDÉE. Ce serait donc la première fois que nous aurions le privilège de voir sur scène ce comédien si talentueux et que nous aimons tant.   


Photo: Rolline Laporte


Et en effet, Guy Nadon porte à bout de bras, et de brain, ce texte abouti de François Archambault, un auteur d’ici qui vous envoie un souffle de vie ensoleillé comme un été indien à travers nos deux oreilles tendues comme celles d’une ancienne antenne de lapin aux aguets. Des oreilles qui ne veulent absolument rien perdre de ce somptueux défilé de phrases au verbe tant humain. Avec la voix suave du comédien chevronné en premier plan, celle qui vous donne de ces grave/doux/mou/dur/railleur/touchant/ mielleux/suret/drôle/touchant, tous les tons possibles y sont modulés, passant en coup de vent chaud par les sentiments qui y étaient parfaitement accordés.


Photo: Suzanne O'Neill


Accompagné de sa tendre et belle moitié Madeleine, resplendissante Marie-Johanne Tremblay, de sa grande et fidèle fille Isabelle, énergisante Marie-Hélène Thibault, de son gendre serviable et sympathique c’est quoi son nom déjà ? Patrick, attachant Claude Despins, et finalement de la pétillante Bérénice, la fille de Patrick, magistrale Emmanuelle Lussier-Martinez, qui ressemble à l'enfantôme dont Édouard ne cesse de se souvenir malgré les grandes pertes de sa mémoire faillible. Des scènes émouvantes entre ces deux cœurs tricotés serrés…


Photo: La Bordée


Perdre la mémoire, pour un homme qui connaît autant l’Histoire qu'Édouard, et tous les fils qui s’y rattachent, c’est un peu comme si l’araignée dans le plafond cessait de tisser sa volumineuse toile de connaissances. Il y a bien sûr quelque tristesse de constater tout ce que cet éminent professeur perd au fur et à mesure que la maladie progresse mais tellement de petits soulagements lorsqu'il la retrouve ici et là, éparpillée sur le plancher du Dense qui se vide tranquillement pas vite de cette immense Forêt neuronale *. Une forêt jadis peuplée par tous les chemins menant à la Conscience, densifiée de micro points lumineux, diamants précieux que sont ces (im) parfaits cadeaux de l’Instant Présent, trésors inestimables pour ceux et celles qui ont le bonheur parfois d’en attraper la lumière passagère, enfouie dans LEUR propre mémoire...


ABATTEMENT
Nos arbres qui ont perdu leur tête
(et bientôt le reste de leur corps)
Lundi, 30 novembre 2015
Photo: L.Langlois


Merci à François Archambault **, l’auteur de cette bienveillante histoire de famille qui apprend à conjuguer son quotidien, non pas toujours facile il va s’en dire, avec celui d’un parent atteint de la maladie l’Alzheimer. 





Drôle et touchante à la fois, un peu à la manière dont Marie Gilbert nous a éblouis cet automne chez PREMIER ACTE avec son excellent texte CRÉPUSCULE, tiré de ses ENNEIGÉS. Il nous a fait entrer dans le décor vertigineux de son enneigé d’Édouard. D’ailleurs, quelques œuvres de Marie Gilbert étaient exposées dans le hall d’entrée de LA BORDÉE



Photo: L.Langlois
La partie de poche d'Hélène, 2011
Marie Gilbert
Sérigraphie, gaufrage et graphite sur papier
55,5 cm X 56,5 cm
520$


Une association tout à fait en harmonie avec le programme de cette autre inoubliable soirée de théâtre.Vraiment heureux d’avoir pu assister à cette création venue de l'autre bout de la 20. Avec un casting de la sorte, il était franchement inévitable que cette pièce ne tourne pas en rond dans la métropole. La troupe se promène à travers le Québec et le Canada jusqu’en mars 2016.

Pour admirer d'autres œuvres de l'artiste:



L’élégant cardigan de Madeleine, 
la chemise à carreaux d’Isabelle, 
son gros foulard enveloppant, 
la tuque chaude de Patrick,  
la veste, le manteau, 
la robe de chambre et la couverture 
sur les épaules d’Édouard autour du feu et...
la « maudite veste » de Bérénice/Nathalie...



Photo: La Bordée


Tous ces vêtements pratiques et confortables, conception de Patricia Ruel, m’ont rappelé la magie du molleton du CARDIGAN DE GLORIA ESTEBAN, cette magnifique pièce écrite par Joëlle Bond et produite par LE PETIT LUXE. On y traitait d'une autre maladie qui terrasse beaucoup de familles: le cancer. Parmi la distribution, Benoît Cliche, un jeune homme qui en serait lui-même atteint mortellement par la suite. Une autre de ces belles coïncidences: en lisant le programme du THÉÂTRE DE LA MANUFACTURE, j’apprends que Madame Marie-Ginette Guay, qui tenait le premier rôle dans LE CARDIGAN, a participé à l’atelier d’écriture lors de la résidence de cette pièce. Une espèce de cartel théâtral ;-) 





petite mémoire sur les papiers chiffonnés
petits mots griffonnés pour ne pas oublier…
d’acheter…

du pain, du lait,
du poivre, du sel…
(et des chips
et du chocolat)
et quelque chose comme de l’eau

mais aussi quelques doses d’ebixa
d’aricept, d’exelon, de reminyl
etc etc

elquidam




Trop beau et touchant 
cette SYMPHONIE






JE T’ÉCOUTE












***

Ce soir, une faim étrangère, une autre. Pas grand monde dans les restos et les bars de Saint-Roch. Nous arrêtons notre choix chez Méchoui Marrakech, au coin de Saint-Joseph E. et Charest E.. Sommes fins seuls avec nos assiettes de shish taouk bien remplies à ras bord. Délicieux et surtout rassasiant. Aucun alcool, que de l'eau. Notre hôte est souriant et sympathique. On ne parle pas du récent massacre en Californie. Pour une fois, on fera silence sur l'actualité qui nous tue un peu plus à chaque jour...ces temps-ci. Un bon café au Nektar pour parler de la famille, du théâtre, du temps qui fuit, et de la neige, qui ne semble pas avoir envie de se pointer le nez, si ce n'est que pour quelques traces...;-)


Photo: L.Langlois
Jeudi 3 décembre 2015





OUI, JE ME SOUVIENDRAI DE VOUS,
MES ARBRES
;-(

Photo: L.Langlois
(au retour de la pièce)


JE ME SOUVIENS