mercredi 17 février 2010

La Réponse

Photo: Sophie Grenier



Un journaliste se donne la peine de vous répondre gentiment que votre opinion devrait se retrouver sur le blogue des arts du Soleil, pour ceci.

Bonjour M. Moreault, 

Je n’ai pas réellement de réponse à votre question, à savoir COMMENT convaincre une partie de la population à déménager ses pénates (et ses fesses) dans les diverses salles de spectacles où l’on y présente de l’art dit conventionnel, mais je tenais à vous écrire pour vous parler de ma propre " conversion", celle du Théâtre…le grand et le petit... 

Il est vrai que la majorité des spectateurs qui assistent aux différents théâtres d'ici sont des têtes grises (avec parfois beaucoup de teinture par-dessus) ;-) et aussi vrai que les jeunes désertent les salles de spectacles (ici, de théâtre, on s'entend ?), et c’est donc vrai que l'on vit dans un monde de plus en plus virtuel, moi y compris.

Même si je fais partie de l'éminence grise des spectateurs qui assistent aux superbes pièces que l’on présente dans les diverses compagnies théâtrales de Québec, j’assiste, de temps en temps, à des spectacles " de jeunes ", car si je me souviens bien, je l’ai déjà été moi aussi, et à relire la nomenclature des spectacles auxquels j’ai assistés depuis ma prime jeunesse, je ne vois pas tellement de titres de pièces de théâtre là-dedans mais plutôt des gros show ROCK’N ROLL, (ceux du Forum entre autres) puis des chanteurs, d’ici et de là-bas (lire France), et des humoristes, et même un Elvis (enstoré). Quand on est jeune, il faut que ça déménage, il faut que ça saute, on veut danser, suer, plaquer, slammer, on ne veut pas rester assis là sans bouger pendant des heures (jusqu’à douze pour LE SANG DES PROMESSES de Wajdi Mouawad) à " ne rien faire ". J’ai été de ceux-là, jusqu’au jour où un certain Magicien est venu changer tout ça…
Il s’appelle Robert Lepage. C’est lui qui m’a réellement donné " la piqûre " du théâtre avec son mémorable et enchanteur LES AIGUILLES ET L’OPIUM. Je dois également donner crédit à M. Jean St-Hilaire, pour ses honorables " critiques " qui m’ont toujours donné l’heure juste sur les pièces présentées ici, à Québec. Même si je n’allais pas voir les pièces qu’il commentait, je lisais tous ces papiers, j’en ai d’ailleurs conservé plusieurs pour mes archives personnelles. Mais je reviens à Lepage…Renversée par ce que je venais de VOIR et d’ENTENDRE, je me suis dit que c’était ÇA le genre de théâtre que je voulais (et veux encore) voir …et revoir. Je devais avoir aux environs de 35 ans, un âge où l’on commence à vouloir… s’asseoir…;-) 
La technologie utilisée par Ex-Machina pour ce spectacle sur Cocteau-Davis a sûrement contribué à cet éblouissement de ma part, mais ce n’est pas seulement la technologie qui fait le travail, la poésie y est pour beaucoup. Le savoir dire de M. Lepage, c’est ce qui m’a le plus touchée lors de ce spectacle d’ombres et de lumières, ce malgré tout le savoir-faire du Magicien…Alors ce fût, tour à tour, LES SEPT BRANCHES DE LA RIVIÈRE OTA (dans la défunte église Saint-Vincent-de-Paul), ELSENEUR, (du Shakespeare quand même !), LA TRILOGIE DES DRAGONS (au pavillon de la …jeunesse ), LE PROJET ANDERSEN, LE DRAGON BLEU et la dernière en lice et non la moindre, la tourbillonnante EONNAGATA. Je serai à Montréal prochainement pour la présentation intégrale de son LIPSYNCH (version 9 heures), un autre happening, une autre belle histoire des pays sages…vu d’en haut…

J’ai eu l’impression que ce n’était pas du théâtre auquel je venais d’assister, mais à de la création, pure et simple. Tranquillement, je me suis apprivoisée à cette forme d’art en fréquentant d’autres sortes de " bars à show hot and cold ", ceux auxquels l’esprit assoiffé de création nouvelle aime à s’abreuver. Wajdi Mouawad en est un autre qui m’a secoué les pleumats comme dirait l’autre et plus récemment, Christian Lapointe, avec ses VU D’ICI et LIMBES. Du théâtre à l’emporte-pièce. Du théâtre tout frais tout net, venu d’ici en cet ailleurs, d’un autre temps où d’autres meurent…Christian Lapointe, un auteur qui écrit fort bien, a fait publier LE SOUFFLEUR, c’était à l’occasion des 10 ans d’existence de son Théâtre Péril, un cahier rempli de notes sur son art, sur ce que devient et deviendra le théâtre de l’avenir, des mots qui sonnent et résonneront encore dans 20-30-40 ans…. J’en ai mis quelques extraits sur mon blogue, ENVAPEMENTS, (voir le lien plus bas), c’était justement pour " répondre " à ce récent rapport sur les pratiques culturelles du Québec.

Le théâtre, ce n’est pas du café instant en poudre ni de la petite bière, je le comparerais à un vin de caractère ou à un fromage cru ou encore à une toile sans véritable prix mise aux enchères pour l’âme et le cœur des spectateurs, un paysage en feu de forêt qui se fond dans le frigide air des regards en quête de reposoir…Voilà ce que le Théâtre fait comme besogne dans ma petite tête grise de vieille jeune femme/fauteuil…;-) Peut-être avez-vous reconnu mon nom, à l’occasion je donne quelques opinions dans votre journal, un plaisir de spectateur…

En terminant, je voudrais vous féliciter pour vos " comptes rendus ", ils résument bien, et dans un beau langage à part ça, ce que vous avez vu pour nous, ce que nous verrons peut-être…après. Ce ne doit pas être si facile de remplacer un géant tel M. St-Hilaire, mais je voudrais que vous ne soyez pas vexé si je vous disais que je n’ai plus réellement " besoin " d’un " bon " journaliste pour choisir mon menu théâtral ;-) Ces petits smileys sont bien (mal) commodes pour contrer le sarcastique de l’ironie. ;-) 

Au plaisir,
Elouise Langlois

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