dimanche 26 mars 2017

POUR RÉUSSIR UN POULET : le vrai monde


Photo: Rolline Laporte


Le monde est une huître, mais on n’ouvre pas une huître avec douceur.

Arthur Miller
Mort d’un commis voyageur


POUR RÉUSSIR UN POULET: un stand up de groupe tragicomique issu de la plume pas tellement chicken de Fabien Cloutier, qui nous fait découvrir ici un texte qui décape, décoiffe, wrap pis dérape et déplume ! De quoi faire avaler goulûment un paquet de répliques aussi débridées les unes que les autres. À côté de ces tas de ferraille productrice de futurs éreintés chroniques, ramasseurs de chesseuses à 6 pour 25 piasses, un magasin fantôme...pour les mains baladeuses du vice versant dans l'interdit...



http://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-quebec/2015-2016/segments/reportage/18572/cameron-poulet?isAutoPlay=1

L’air climatisé, qui soufflait fort au-dessus de nos têtes ce soir, avait peut-être pour but de nous rafraîchir la mémoire sur cette histoire  "glissée dans le vortex de la déchéance" depuis le 23 septembre 2014, date de sa création au Théâtre de la Licorne par le Théâtre de la Manufacture.

"Ça prend un poulet d'grain
Note ça 
Poulet de grain 
Pis bio si possib'"
Vaillancourt à Mélissa
(page 9)

L’animal a peu de mobilier, il n’a ni arts, ni sciences; tandis que l’homme, par une loi qui est à rechercher, tend à représenter ses mœurs, sa pensée et sa vie dans tout ce qu’il approprie à ses besoins.

Honoré de Balzac
LA COMÉDIE HUMAINE


Trois chaises droites comme seul mobilier de décor ont largement suffit aux cinq protagonistes pour y fixer leurs révélations pendant une bonne heure et dix. L’éclatement verbal du déclin de l’empire québécois pouvait se mettre en marche avec un raid de dialogues qui fait exploser à peu près tous les tabous qu’on puisse imaginer ici-bas Ô Canada. 

Mélissa, Vaillancourt et Judith

On a tous connu un jour ou l’autre un Steven, un Carl, un Vaillancourt, une Judith ou une Mélissa. Leur profil en est un qui correspond à ce quotidien qui nous fait tourner en rond à un arrêt de bus, dans un bar, sur le net, au dépanneur, ou encore dans la salle d’attente du CLSC. Mais curieusement jamais à l’opéra ou au théâtre. Encore une fois, le THÉÂTRE PÉRISCOPE nous a offert une pièce de premier plan qui apporte son lot de réflexions profondes sur une société qu’on aimerait parfois mieux cacher dans le fin fond d’un terroir encombré d'extrêmes en tout genre...

" Plus c’est pesant, 
plu$$$ c’est payant"


Parce que Fabien Cloutier n’y va jamais par quatre chemins pour nous raconter ses histoires « avec queues et têtes ». Parce que sa route cahoteuse est en partie constellée de petits poucets écartés des sentiers débattus et de gros chaperons bruns tristement violentés. Parce que les symboles pas toujours sexy de la misère et de la pauvreté se promènent souvent dans ses alentours. Parce qu’il sait comment leur dessiner le portrait avec ses mots durs et crus.

Photo: Patrice Laroche

Après avoir vu l’excellente À TOI, POUR TOUJOURS, TA MARIE-LOU la semaine dernière à LA BORDÉE, je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec le monde de Michel Tremblay : le vrai, le faux, le franc et le perfide. C’est qu’il faut en mentir une shot de temps en temps pour finir par faire croire ce qu’on veut vraiment dire…

"Plus cher 
ça peut vouloir dire meilleur"
Steven à Carl
(page 25)


"La différence entre un riche pis un pauv’
C'est pas le nombre de fois que tu manges par jour
C'est c'que tu manges ces trois fois-là."
Steven à Carl
(page 17)


Les superbes interprètes que sont Hubert Proulx (Steven Gilbert), Guillaume Cyr (Carl Beaudoin), Denis Bernard (Mario Vaillancourt), Marie Michaud (Judith Gilbert) et Gabrielle Côté (Mélissa Beaudoin), semblaient suspendus d’un bout à l’autre de la pièce aux lèvres et aux yeux de leurs collègues. Un véritable ballet de langues déliées dans le pas à peu près. 

Carl, Steven et Judith

Et parce qu’on a ri plus fort sur certaines répliques plus truculentes, et qu’on en a perdu quelques mots, A. et moi avons étiré notre luck en se procurant ce texte qui a remporté le prix littéraire (théâtre) du Gouverneur général du Canada en 2015. Publié aux éditions de L’INSTANT MÊME Dramaturges Éditeurs, il m’a dès le lendemain matin replongé dans le vrai monde « des personnages populaires à qui on ne donne pas souvent la parole au théâtre ». And The beat goes on...


Grandmas sit in chairs and reminisce
Boys keep chasing girls to get a kiss
The cars keep going faster all the time
Bums still cry, "Hey buddy,
Have you got a dime?"

"C'est pas parce qu'une banane 
a noirci su l'comptoir 
qu'à se mange pus"
Carl 
Page 54



Lori et Mégane, 7 et 10 ans, les deux filles de Carl, ne sont peut-être pas sur scène en chair et en os, mais l’on perçoit parfaitement leurs présences et même leurs odeurs, comme celle de poisson qui se dégage des maudites huîtres de la perdition sur leurs vêtements de petites écolières...;-(


Tout comme Cédric, le fils de 14 ans de Steven, on les imagine détenus dans leurs petites chambres noires en train de jouer à cette grande et lucrative comédie humaine qu’est la consommation de jeux vidéos, de chansons pop de millionnaires, de films de cul, ou encore de recettes de poulet dans une cocotte de fonte, n'en déplaise à Carl...


Des Galeries du Boulevard à Caraquet, en passant par Costco, YouTube et le salon mortuaire, les doigts enfoncés dans la gorge pour se faire vomir des hot-dogs de pauv' sur une carcasse au crépuscule, le public du Périscope ne s’est pas fait prier pour applaudir à tout rompre le fait qu’il ne s’était pas fait rouler dans la farine...des poulets morts...  


Avant de symboliser la pureté et la douceur, 
la perle est un moyen de défense pour le mollusque. 
Lorsque celui-ci entrouvre sa coquille pour se nourrir,
il arrive qu’un grain de sable se glisse à l’intérieur. 
L’huître le recouvre alors de nacre 
pour éviter les irritations.

 LES HUÎTRES DE LA SURVIE


POUR RÉUSSIR UN POULET 

Production La Manufacture

Texte et mise en scène: Fabien Cloutier
Assistance à la mise en scène: Emmanuelle Nappert 
Décor, costumes et accessoires: Maude Audet
Éclairages: André Rioux 
Musique: Valaire

Reportage avec un extrait vidéo:
http://www.lapresse.ca/le-soleil/arts/theatre/201703/15/01-5079019-pour-reussir-un-poulet-la-recette-dun-desastre.php

"L'épée translucide
À s'appelle de même tabarnac
L'épée translucide
C'pas d'ma faute osti"
Carl à Steven
(page 20)

Après la pièce, d’agréables rencontres dans le hall du Périscope, à commencer par celle de Denis Bernardqui rayonnait de contentement. L. et moi avons eu le privilège de cette précieuse conversation théâtrale. C’est un passionné de Fabien Cloutier, tout comme nous le sommes. Ils vont se réinstaller à La Licorne du 28 mars au 8 avril puis ils prennent la route jusqu’au 2 mai dans différentes villes. Nous avons a bien sûr souligner sa brillante performance du docteur Jacques Lemaire dans le troublant FEUX de Serge Boucher, que nous avons savouré avec excès l'automne dernier.


Après Mario, c’était au tour de Judith, merveilleuse Marie Michaud qui nous a tellement fait rire avec son amie facebook Jacqueline et son "ail de Chine qui fait plus roter que l'ail d'icitte", et son singe qui sent son doigt et à qui j'offre cette belle horloge en forme de homard ;-) Nous lui avons souhaité une belle poursuite du show à Montréal et en province.



Il y avait également quelques spectateurs comédiens dont Jean-Michel Déry, Marie-Josée Bastien, Catherine Simard et Samantha Clavet. Ils avaient tous visiblement apprécié la pièce. Et pour terminer ces intéressantes causeries, Guillaume Cyr, comme un seul homme, tellement imposant et accessible. Parlé de ce rôle important de Carl, de 8, que j’aimerais bientôt voir à Québec, de Mani Soleymanlou, qui est à Paris en ce moment avec ses UN, DEUX et TROIS, de L’IMPOSTEUR, qui revient à l’automne prochain, de sa page Facebook "officielle", d'ILS ÉTAIENT QUATRE et de BILLY, LES JOURS DE HURLEMENT dans lesquels il excellait. Et puis, comme le disait si souvent feu Jean Lapierre: salut salut, et à la prochaine j’espère...

http://envapements.blogspot.ca/2013/11/billy-les-jours-de-hurlement-cheese.html

http://envapements.blogspot.ca/search?q=ils+%C3%A9taient+quatre



L. était déjà partie et A. m’attendait. Dehors, y’avait Philippe Durocher, comédien, auteur et bar tender à ses heures, c’est d’ailleurs lui qui m’a servi une rafraîchissante limonade bourbon parce que je suis une fidèle au poste. On a parlé du prochain BEU-BYE, des nouveaux collaborateurs, tout pour nous donner envie de récidiver en décembre prochain parce que THE SHOW MUST GO ON...Celle-là, elle est pour toi, Guillaume « Carl »...

 Empty spaces - 
what are we living for
Abandoned places - 
I guess we know the score
On and on, 
does anybody know 
what we are looking for...
Another hero, 
another mindless crime

"LA MER C’EST BEAU
MAIS ÇA SENT"
Carl
(page 50)





dimanche 19 mars 2017

À TOI, POUR TOUJOURS, TA MARIE-LOU: la maudite machine

Photo: Pierre-Marc Laliberté


« On est juste des p’tits engrenages dans une grande roue… Pis on a peur de se révolter parce qu’on pense qu’on est trop p’tits… » (Léopold)

« Tu m'as faite tellement mal! J'arais voulu hurler, mais ma mère m'avait dit de serrer les dents! […] Si c'est ça, le sexe, que j'me disais, pus jamais! Jamais! Jamais! » (Marie-Louise)

Michel Tremblay

Si tous les pognés
Dans leur p'tite misère
Se disaient: "Calvaire !
Y est temps d'arrêter"
Ça irait p't'être mieux

OCTOBRE


Jeudi après-midi, presque treize heures, lendemain de grosse bordée de neige, le THÉÂTRE DE LA BORDÉE accueille des élèves pour la représentation d’À TOI, POUR TOUJOURS, TA MARIE-LOU. Quelques spectateurs « un peu plus plus âgés » au balcon, on espère que la « séance » sera tranquille. Le présentateur demande gentiment que l’on ferme tous les appareils et il insiste sur le fait que ce sera une belle occasion de quitter son écran pendant une heure et vingt-cinq…


La scène est occupée par quatre personnages, morts et vifs. Un père et une mère, Léopold et Marie-Louise, qui traînent encore leurs grosses casseroles dans la tête de l'une de leurs deux belles grandes filles, Carmen et Manon. Deux sœurs différentes mais semblables. L’une chante l’autre pas. Carmen chante au présent, Manon prie au passé. Brillant chassé-croisé de dialogues entre les orphelines et leurs parents, qui sont sur le bord d’une débarque monument national, juste avant la révolte tranquille, leurs oreillers pas trop collés dans le lit double de la chambre à accoucher d’un quotidien morne et mal organisé. Et l’on tourne en rond sur ce plateau, non pas rempli de fromages fins et de raisins africains mais de boîtes de conserves le jour et de bouteilles de bière le soir.


Alexandre Fecteau s’est à nouveau attaqué à un gros morceau de la littérature québécoise. En mettant en scène cette tragédie qui ne manque surtout pas de rigueur et d’humanité, il vient nous confirmer son indéniable talent de peintre du monde ordinaire. C’est toujours une joie d’assister à ses créations, et la hâte de cheminer le nouveau parcours d’OÙ TU VAS QUAND TU DORS EN MARCHANT ? en mai prochain sur la colline parlementaire ajoutera, j’en suis certaine, une étoile à sa constellation de succès.


Though I'm rather blind, 
love is a fair resign

Le temps d’une chasse d’eau pour se dire et crier les pires affaires qui soient quand la fin du couple fait craindre l’avalanche fatale qui provoquera sa chute mortelle. Le père, violent avec son petit dernier (absent sur scène mais que l’on imagine très bien) vit une écoeurite aiguë de son travail d’usine qui le tue à petit feu depuis quelques vingt-sept ans. Pour compenser sa misère, il se fait remplir la table de bières le vendredi soir, la vide au complet, puis la fait à nouveau remplir pour avoir le choix de ne pas la boire juste « pour se sentir riche ». 

Du crunchy !

La mère, enceinte de son quatrième, qui tombe à bras raccourcis sur celui qui l’a pratiquement violée pour faire le sexe qui est pour elle depuis le début une exaspération, un mal, une blessure. Leurs filles, qui ont grandi dans cette atmosphère de querelles familiales brisures d’âmes, sont aux antipodes pour ce qui est de leur mode de vie. Leur roue de fortune ne s’arrête pas toujours sur le bon numéro…

Y’en a qui ont toutte 
pis touttes les autre y’ont rien. 
CHANGE-MOÉ ÇA.

Le texte de Michel Tremblay nous rentre dedans comme un couteau dans patate et ça, ce n’est pas rien. Parce que la douleur est aussi vive et que ça saigne aussi abondamment que depuis le jour de sa création en1971 au Théâtre de Quat’sous. Et l’on se rend compte à quel point l’un de nos plus émérites dramaturges québécois a su nous ouvrir grandes les portes des maisons de ces familles qui tourbillonnent en gang de tu-seuls sur un Plateau de tournage en rond…


D'après Léopold, le bœuf haché à 69 cents en 1961, c'était trop cher. Marie-Louise aurait dû attendre qu'il soit en spécial à 49 cents...Pour vérifier, je suis tombée sur cette page web:

Les Canadiens plus âgés qui ont connu la Grande Crise se rappellent avoir travaillé pour un dollar par jour et avoir payé le bifteck de surlonge 25 cents la livre (454 grammes). Voici un aperçu de l'évolution des salaires et des prix depuis cette époque. En 1935, le revenu personnel moyen était de 313 $ par année. Le lait coûtait 10 cents la pinte (0,95 litre) et une douzaine d’œufs, 31 cents. Une boîte de tomates se vendait 10 cents.Vingt-cinq ans plus tard, en 1960, le revenu personnel moyen était de 1 672 $ par année. Le lait coûtait 24 cents la pinte et une douzaine d’œufs, 55 cents. La boîte de tomates coûtait 27 cents. En 1985, le revenu moyen atteignait 15 903 $ par année. Le lait partiellement écrémé coûtait 98 cents le litre et les œufs, 1,37 $ la douzaine. Le prix de détail moyen des tomates en conserve était à 1,30 $. En 2008, le revenu individuel moyen était de 37 700$ par année. Le lait partiellement écrémé coûtait 1,99 $ le litre et les œufs, 2,57 $ la douzaine. Le prix de détail moyen des tomates en conserve  était resté à 1,30 $.



En Marie-Louise, époustouflante Èva Daigle, tant à l’aise avec du Tremblay, on reconnaît plusieurs de nos mères, tantes, sœurs, grands-mères, amies, qui ont un jour aimé un homme avenant et prévenant les premiers temps puis qui se sont laissés happer par la maudite machine qui les a fait se cloîtrer entre les draps souillés par la vomissure des overdoses de bière de celui qui les prenaient de force. Marie-Louise, une femme qui ne se serait peut-être jamais mariée, qui serait restée vieille fille, qui aurait tricoté pour les enfants qu’elle n’aurait jamais eu, ou qui se serait peut-être fait avorter n’eut été de la « très sainte mère église », qui aurait dû tout quitter pour aller se refaire une beauté...moins désespérée...


En Léopold, magnifique et si intense Hugues Frenette, qui ne cessera jamais de me surprendre par tous les différents registres avec lesquels il nous compose ces personnages graves ou drôles mais surtout si attachants, on reconnaît plusieurs de nos pères, oncles, frères, grands-pères, amis. C’est à peu de choses près le même scénario que celui de sa Marie-Lou: la solitude de la taverne comme celle de la cuisine s’entasse dans un recoin poussiéreux d’un cœur qui manque parfois d’oxygène...et de rêves de toast pas brûlées des deux bords…


En Carmen, énergique et si talentueuse Catherine Simard, qui nous en met encore plein la tête et le  cœur, on participe en direct à l’émancipation d’une femme qui passe en mode rébellion face à toutes les autorités : parentales, sacerdotales et « politicales ». Elle nous chante sa liberté de country girl, son affranchissement face à la maudite machine et c’est ce qui apporte le côté plus positif de toute cette histoire de chaos familial. Elle mérite un opéra…et des fleurs…et cette chanson made in 1961 de Ricky Nelson

I saw your lips I heard your voice
Believe me I just had no choice
Wild horses couldn't make me stay away
I thought about a moonlit night
My arms about good an' tight
That's all I had to see for me to say


En Manon, sublime et poignante Marianne Marceau, empêtrée dans son passé et la religion, on voit l’image sainte de sa mère disparue trop tôt. Et malgré le fait que l’empreinte de sa mort lui fasse encore très mal, on sent qu’elle voudrait bien s’en sortir mais c’est encore très difficile pour elle de pardonner à son paternel. Elle a encore beaucoup de ressentiment envers le fantôme hostile qu’il est devenu et qui l’embaume de nuit comme de jour des effluves néfastes de son intempérance. On voudrait  tant qu’elle se soigne, ou encore qu’elle se sauve de cette mortification spirituelle qui l’empêche de s’échapper d’un monde trop lourd pour ses fragiles épaules…



Un jeune homme à la fin de la représentation : Ça ne fait pas de sens. Son commentaire m’a laissé interrogative. Je me suis demandé : et si ses parents étaient en instance de divorce en ce moment ? Et si son père buvait comme Léopold et le battait ? Et si sa sœur comme Carmen chantait dans des bars ? Et si son autre sœur comme Manon passait son temps à écouter aux portes ? Et si..et si..et si tout simplement il n’avait pas tout compris ? Une chose est sûre : les étudiants du collège de Lévis et de l'école secondaire La Courvilloise ont été d’un calme olympien et donc d’un respect exemplaire pour les comédiens, c’était tout à leur honneur. J’ai d’ailleurs félicité l’une des coordonnatrices de cette sortie scolaire. Je suis persuadée que parmi eux il y en aura au moins un ou une qui brûlera les planches de l’un de nos théâtres pour devenir les prochains Hugues Frenette, Èva Daigle, Catherine Simard et Marianne Marceau.








Dans le hall de La Bordée
Photos: L.Langlois
le 16 mars 2017
Photos du spectacle: 
Pierre-Marc Laliberté



Winding paths 
through tables and glass
First fall was new
Now watch the summer pass
So close to you.






AFTER THE STORM
Photo: L.Langlois
le 16 mars 2017

lundi 13 mars 2017

FAR AWAY: à propos de bruit, de visions, de peur et d’anticipation



En prenant note de tous les titres auxquels Édith Patenaude a participé, soit en tant qu’auteure, comédienne ou metteure en scène, je réalise maintenant pourquoi elle a migré à Montréal : c’est une véritable machine de théâtre qui doit maintenant s’exporter " pour la curiosité salvatrice ". 

Photo: Pedro Ruiz

À l’écouter parler, après la pièce, on comprend aisément qu’elle soit aussi motivée à créer des pièces et objets qui nous importent dans des mondes quelques fois difficiles d’accès mais qui, avec son intellect, savent toujours donner « l’heure avancée » aux spectateurs qui aiment fréquenter ses chemins de lumière comme ceux de ses ruelles sombres...

LE MOIS DES VENDANGES 
René Magritte 
1959




...murmures de femmes qui craignent le pire la nuit pour espérer mieux du jour…chapeaux disparates de condamnés...bruits de fond qui assourdissent des cerfs révolutionnaires…chant pour chats et enfants morts…amour naissant de la jeunesse se faufilant entre les branches centenaires d’une forêt abreuvée d’ensanglantés…parce que depuis la nuit des temps, la guerre c’est la guerre, celle qui naît à l’Est et marche à reculons vers l’Ouest, qui elle avance à pas de tortue sur les sables mouvants... 


Spectacle d’un quotidien incertain où toutes les futilités de la désolation entourent l’humain dans SA machine et forment l’empreinte écologique qu’elles délaissent au présent pour le futur. FAR AWAY nous transporte à dos d’éléphants et de crocodiles qui s'entre-tuent dans les corridors d’un futur simple à contempler et pas mal moins difficile à imaginer qu’on aurait pu le croire...






Comme elle l’avait fait pour A NUMBER (UN CERTAIN NOMBRE), Caryl Churchill crée un monde savant à portée de mains pour ceux et celles qui fabriquent à même leur vie celle des autres, clones plus ou moins altérés que nous sommes tous, fait l’un de l’autre, imbriqués dans le Mur...





« Comme vous le savez , nous avons commencé à la fin des années 60, au mouvement de 68 (sorte de révolution des étudiants), et nous étions en train de travailler sur la scène expérimentale d'art visuel vers Düsseldorf, parce que les galeries d'art étaient les seules places et musées d'art qui nous laissaient jouer, parce que nous n'avions aucun répertoire. »

Ralf Hütter
2014


L’auditorium Alain et Sandra Bouchard du Pavillon Lassonde du Musée National des Beaux-Arts du Québec s’accordait agréablement à l’épreuve hermétique des comédiens, cloîtrés tout comme nous dans le «  théâtre de la cruauté » de l’auteure anglaise, qui a vécu une partie de sa jeunesse à Montréal après la deuxième guerre mondiale. Je me suis laissé prendre au jeu tout simplement. Les solides interprètes que sont Noémie O’Farrell, Lise Castonguay et Ludger Beaulieuont rendu ce texte accessible, dans la mesure où notre imaginaire pouvait y absorber l’essentiel. Plus difficile peut-être pour certains, il a quand même allumé quelques étincelles dans le noir de cette forêt dense truffée d’histoires qui font peur à cause de leur étrangeté. Parce qu’on ne sait pas de quoi sera fait Tantôt et Demain, deux puissants personnages incontrôlables dans cette mystifiante traversée humaine...




Illustration: L.Langlois






L’environnement sonore de Jean-François Mallet apporte une note encore plus énigmatique au texte. Il a également créé celui de LE LAC AUX DEUX FALAISES, que nous verrons prochainement aux GROS BECS. Parce que la musique provient d'âmes et de mains qui la pensent, l'écrivent puis la jouent et qu'elle n'arrive jamais vraiment toute seule, je propose Warszawa de David Bowie et Brian Eno qui lui a été inspirée par la pièce Helokanie du groupe folklorique polonais Slask. Et un SENS OF DOUBT qui traversera le Temps... 




Nous sommes bien sûr restés pour la causerie d’après-match. Plusieurs étudiants en techniques de scène du CEGEP de La Pocatière étaient parmi les spectateurs. Ils ont donc axé la discussion avec Jean Hazel et Jean-François Labbé en ce qui attrait au jeu de lumières et au son. Très intéressant pour les néophytes que nous sommes. Quant aux comédiens, ils ont fait part de leurs commentaires pour ce qui est de la difficulté physique à interpréter ces rôles qui sont disons plutôt statiques. Leur collaboration à la mise en scène nous a également appris combien le théâtre est un jeu qui se joue d’abord et avant tout en équipe. Encore une fois, ce fût une enrichissante journée de culture passée en agréable compagnie. La beauté qui se crée en nous  lors de ces moments de grâce fait naître quelque chose de plus grand que soi. Et c’est tout à l’honneur de l’Art.







LE PAVILLON LASSONDE

FAR AWAY, une pièce de choix pour l’auditorium du Pavillon Lassonde. Tout ce blanc de musée pour le TH  TR  BL NC. Une célébration pour l’œil et l’oreille, tout comme l’exposition L’ART DE LA JOIE de la Manif d’art 8 qui a lieu en ce moment jusqu’au 14 mai 2017. A. et moi visitions pour la première fois cette splendeur d’architecture. Quelle magnifique exposition venant colorer chaudement les murs immaculés du nouveau temple de l’Art. Une pure jouissance. Tellement que nous nous abonnerons dans les jours qui viennent...

https://www.mnbaq.org/exposition/manif-d-art-8-1246

L'ATELIER
Canadissimo

JOYEUX FESTIN
Cynthia Dinan-Mitchell

PAREISO
Coco Guzman

SOUDAIN LA BEAUTÉ
PierreetMarie

ANIMITAS
Christian Boltansky




Pour compléter notre visite, nous sommes allés faire un petit détour au Pavillon Gérard-Morrisette afin d’y admirer le fameux THE FLUX AND THE PUDDLE de David Altmejd. Subjugués que nous étions devant cette immense verrière remplie d’êtres et de bêtes plus ou moins semblables. On se croit dans une vraie jungle, avec les Trudeau en prime et leurs têtes exposées en pleine vitrine. Fascinant ces noix de cocos ! Et toutes ces bananes et melons, avec des centaines de fourmis qui valsent là-dedans. Et le jeu des vitres et des miroirs, c’est l’éternité au bout de nos yeux ébahis !

Photos: L.Langlois
23 février 2017
Devant Le Pavillon Lassonde

                      Chapeaux !



I WILL SIT RIGHT DOWN
WAITING FOR THE GIFT 
OF SOUND AND VISION

David Bowie
Sound and Vision