samedi 3 août 2019

CHRISTINE LA REINE-GARÇON : au-delà de la royauté

Photo: Erick Labbé, LE SOLEIL


Une finale de saison tout à fait grandiose. Des comédiens ajustés sur mesure au superbe texte de Michel Marc Bouchard. De la lumière du Nord pour éclairer nos lanternes tragiques. Une autre excellente mise en scène de Marie-Josée Bastien. Merci de produire du jeu avec autant de beauté et d'intelligence. Et bien sûr, une note parfaite pour la Reine !

Jeudi le 25 avril 2019

Descartes et Christine

Pour clore la saison 2018-2019, le Théâtre de la Bordée avait mis le paquet pour éblouir son public fidèle. Avec une distribution de rêve : Marianne Marceau, Jean-Michel Déry, Réjean Vallée, Jonathan Gagnon, Simon Lepage, Eliot Laprise, Vincent Michaud, Arianne Bellavance-Fafard et Érika Gagnon, on ne pouvait certainement pas s’attendre à être déçus par cette cohorte parfaite de comédiens de Québec. Pour un tel monument d’écriture  ça prenait de l’élite et surtout de l’élocution !


Marianne Marceau, premier rôle et maîtresse de son art, nous a touchés droit au cœur avec SA Christine, une révolutionnaire sur tous les fronts avant le temps. Que dire d’Ariane Bellavance-Fafard, comtesse et sa première dame de compagnie et amante passagère, sinon toute la beauté qu’elle possède pour rendre son personnage dans toutes ses grosseurs, comme se plaisait à l’écrire mon cher Victor-Lévy Beaulieu. Et tant qu’à être du côté des femmes, je poursuis avec l’embrasante Frédérique Bradet, duchesse et seconde dame de compagnie, qui encore une fois s’est donnée à 100% avec son indéniable talent. Et finalement la sublimée Érika Gagnon, mère de Christine et veuve du roi Gustav, championne des masterpiece made in Québec. Quelle présence sur scène, une vraie générale !

Marianne Marceau & Arianne Bellavance-Fafard

Pour les mâles, qui de mieux que Jean-Michel Déry pour interpréter le philosophe Descartes ? Toujours aussi majestueux  avec son élégance verbale qui, une fois de plus, a rendu grâce à l’éminent personnage, ami de cette chère Christine. Et l'éternel envoûtant Réjean Vallée, magistral en chancelier de Suède, comme il l’est à chacune de ses précieuses présences sur scène. Et le non moindre Jonathan Gagnon, ambassadeur de France, généreux et si concentré. Les trois « jeunes vétérans » ont  somptueusement épaulé le comte Simon Lepage, le généralissime Eliot Laprise et le mystérieux albinos Vincent Michaud, celui qui hantait les ombres et lumières du splendide décor de Marie-Renée Bourget Harvey. 



Et cette magnifique robe, conçue par Sébastien Dionne, oui de quoi faire une de ces soirées des plus impeccables, une autre dont je me souviendrai encore longtemps...

Marianne Marceau & Arianne Bellavance-Fafard

Marianne Marceau & Jean-Michel Déry

Vincent Michaud

Vincent Michaud, Frédérique Bradet & Simon Lepage

Arr.: Jonathan Gagnon & Jean-Michel Déry 
Av.: Eliot Laprise, Marianne Marceau & Erika Gagnon

Réjean Vallée 

Michel Marc Bouchard nous parle de la pièce lors de sa création :



UNE EXCELLENTE CRITIQUE


CHRISTINE LA REINE-GARÇON

TEXTE : Michel Marc Bouchard
MISE EN SCÈNE : Marie-Josée Bastien
ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE : Émile Beauchemin
DÉCOR : Marie-Renée Bourget Harvey
COSTUMES : Sébastien Dionne
LUMIÈRES : Sonoyo Nishikawa
MUSIQUE : Stéphane Caron

Les superbes photos du spectacle sont signées par nul autre que Nicola-Frank Vachon.

Félicitations à Marianne Marceau pour le Prix Paul-Hébert, qui lui a été remis le 4 juin dernier pour son étincelante performance de premier rôle. 


Pour terminer, une pièce non genrée de CHRIST(INE) & THE QUEEN, un(e) artiste qui donne des ailes à ceux qui n'en n'ont pas assez...






lundi 22 juillet 2019

FOREMAN : pogner l’huis-clos dans le champ des possibles



On était en pneus d'été pis y neigeait, fait qu'on a pogné le clos.


Vingt minutes d’entracte après LES MURAILLES d’Érika Soucy, nous avons eu droit à un autre émerveillement de chantier: FOREMAN, de Charles Fournier. Comme une suite, sommes demeurés dans le même mood. De la testostérone au cube mais tout de même quelques émanations d’odeurs de roses…

Miguel Fontaine

Dans la minuscule salle Marc-Doré, pas un banc de libre. Tassés comme des sardines, comme les mecs cachés dans le char démontable à gauche de la scène, avons eu droit à toutes sortes d’émotions, du genre auxquelles qu'on ne s’attend pas toujours. Les cinq comédiens nous en ont mis plein la vue, surtout plein les oreilles, parce que la mort ne nous va pas toujours bien…


Charles Fournier, alias CARLOS, qui porte le prénom d’un célèbre terroriste, donne dans le dur au début pour finalement ramollir un brin. C’est un homme, un vrai, un leader, un foreman, quoi. Ses quatre amis, différents mais semblables au fond, convergent vers cet homme qui les guide dans leur masculinité. On nous fait voguer parmi les affriolantes nébulosités d’une jeunesse qui ne semble pas vouloir trépasser jusqu’à ce que la lumière des jours plus cléments fasse sa subite apparition sur les flots scintillants de l’Amitié, celle qui fait parfois que vous faites encore partie de cette aventure qu’est la vie.


Olivier Arteau et Marie-Hélène Gendreau ont signé là une mise en scène fort frappante, brûlante et surtout limpide. J’espère sincèrement que cette pièce puisse être vue sur une plus grande scène. Convaincue que le GRAND public adorerait la dramaturgie de Charles Fournier, un nom à surveiller pour les amateurs et les professionnels de théâtre. Un petit frère pour Fabien ?

Vincent Roy, Steven-Lee Potvin 
& Pierre-Luc Désilets

Steven-Lee Potvin, éblouissant, comme de coutume, fidèle à son poste; ses comparses, Vincent Roy, Miguel Fontaine et Pierre-Luc Désilets, drôles dans le drame, tragiques dans la bouffonnerie, du solide, et des $/&?&U*? de bons danseurs ! Ne pas oublier au mentorat d'écriture la touche « féminine » de cette même Érika Soucy qui venait tout juste de faire rayonner la mâlitude entre ses fragiles MURAILLES.



Félicitations à l'auteur, qui s’est mérité le prix pour le meilleur texte original. On écoute ses remerciements :

https://www.facebook.com/MonPereEstMorttheatre/videos/2560040114030982/

Charles Fournier

ENTREVUE



CRITIQUES








FOREMAN

Compagnie › Mon père est mort
Texte et idée originale › Charles Fournier
Mise en scène › Olivier Arteau et Marie-Hélène Gendreau
Assistance à la mise en scène › Catherine Côté
Distribution › Pierre-Luc Désilets, Miguel Fontaine, Charles Fournier, Steven Lee Potvin et Vincent Roy
Lumière › Mathieu C. Bernard
Décor › Amélie Trépanier 
Costumes et accessoires › Mélanie Robinson
Conception sonore › Vincent Roy
Direction technique › Mathieu C. Bernard
Mentorat d’écriture › Erika Soucy

Photos du spectacle: David Mendoza Helaine






jeudi 18 juillet 2019

LES MURAILLES : de la source à la chute


Vendredi, 19 avril, soir de doublés, au cœur de la Romaine, avec les eaux froides qui se battent en duel, la poète, le père, le frère, le fils du boss, la secrétaire, des personnages réels dans l’imaginaire de l’auteure. Dans la solitude du chantier le va-et-vient des hommes entre le sud et le nord, entre leur femme et leurs enfants, entre les arbres et l’asphalte.


Erika Soucy, l’auteure qui joue son propre rôle, y est pour une semaine afin d’enquêter sur leur passion qui est celle du Nord. Les autres comédiens, Gabriel Cloutier Tremblay, Philippe Cousineau, Éva Daigle et Jacques Girard sont tout simplement suaves dans leurs répliques tirées à bout portant. Drôles ou graves, ils s’accordent parfaitement au violon de la maestro. On se croit vraiment là-bas, avec eux et elles.


De superbes éclairages viennent amplifier les mots justes de la lumineuse poète qu’est Érika Soucy. Maxime Carbonneau, le metteur en scène, a admirablement bien dirigé ce monde tough/tendre, pas toujours facile à suivre ni à vivre. Un monde dans lequel on y noie sa peine d’alcool ou fume/sniffe sa solitude. Une pièce qui nous sensibilise à l’éloignement qui un jour aura été vécu soit par un cousin, un ami, ou encore un voisin. 



LES MURAILLES

Roman et adaptation théâtrale : Erika Soucy
Mise en scène : Maxime Carbonneau
Distribution :
Gabriel Cloutier Tremblay – dans les rôles de Martin, Josh et Ken (frère d’Erika)
Philippe Cousineau – dans les rôles de Conrad, Jean-Pierre, Gérard et Ti-Guy
Éva Daigle – dans les rôles de Mindy, Sonia, Secrétaire, Ti-Coeur et Mme Hydo
Jacques Girard – dans le rôle de Mario (père d’Erika)
Erika Soucy – dans le rôle d’Erika
Musique : Josué Beaucage
Costumes : Cynthia St-Gelais
Éclairage : Julie Basse
Direction de production et assistance à la mise en scène : Elsa Posnic
Direction technique et régie de spectacle : Cassandra Duguay
Accessoiriste : Étienne René-Contant
Compagnie : La Messe Basse
Photos du spectacle: Vincent Champoux
CRITIQUE






MARIA ET LES VIES RÊVÉES : dans l’œil de l’humanité


En mémoire de Line Sirois, qui nous a quittés le 20 juillet 2018. Parce que c’est encore pour elle que j’écris sur les pièces qu’elle aurait pu voir avec A. et moi. Parce qu’elle manque à notre paysage culturel. Parce qu’elle aimait tant l’Art…

Photo: L.Langlois



27 mars 2019, Théâtre Périscope, endroit de RÊVE pour Maria et ses comparses brésilo-canadiens. Une belle histoire à ne pas dormir debout, avec des protagonistes enrubannés d’espérance, d’amour et d’amitié. Toute la beauté d’un monde qui vient de loin jusqu’à nous. Comme Marilda Carvalho, qui nous a fait honneur de sa sublime présence en jouant entre la réalité et la fiction que Philippe Soldevila a créée à partir de son histoire.


Il faisait grand plaisir de revoir Agnès Zacharie et Henri Louis Chalem de l’UBUS THÉÂTRE, ainsi qu’Érika Gagnon et Éric Leblanc, toujours aussi à la hauteur. Merci au THÉÂTRE SORTIE DE SECOURS qui coproduisait avec l’UBUS. Un excellent mix. Merci de nous avoir transportés dans les maisons du cœur depuis l’œil de l’Humanité. Merci pour la joie, la musique et la prise de conscience parce que nous sommes tous venus d’ailleurs un de ces jours…







CRITIQUES




PHOTOS : Nicola-Frank Vachon

Dans le hall d'entrée exposition
COURAGE DES FEMMES AUTOCHTONES

Photos: L.Langlois


À l’extérieur, une superbe installation
de Mathieu Gotti

Photos: L.Langlois

MARIA ET LES VIES RÊVÉES

Compagnies › Théâtre Sortie de Secours et Ubus Théâtre
Texte et idée originale › Philippe Soldevila
Mise en scène › Philippe Soldevila
Inspiration biographique Marilda Carvalho
Conseillère artistique › Agnès Zacharie
Assistance à la mise en scène › Edwige Morin
Distribution › Marilda Carvalho, Henri Louis Chalem,  Érika Gagnon, Éric Leblanc et Agnès Zacharie  
Décor et lumière › Christian Fontaine
Costumes › Erica Schmitz
Musique et environnement sonore › Pascal Robitaille
Interprétations et compositions musicales sur scène > Henri Louis Chalem
Conception vidéo › Henri Louis Chalem et Marc Doucet
Codirection artistique › Philippe Soldevila et Agnès Zacharie

Parce que le Brésil n'est pas encore sorti du bois, 
on lui abattra encore des milliers d'arbres, 
poumons sacrés de cette Terre sanglante.

elquidam


DOWN IN BRAZIL

Down in Brazil

They know a million ways to play

You start to feel

And when you're happy

It's the same as when you pray
You'd think you get away
Then you know you never will
Now when you've been down in ol' Brazil
Now when you are down in ol' Brazil


Michael Franks





lundi 25 mars 2019

ANTIGONE : dark épopée au pays du rat géant

Photo: Stéphane Bourgeois

Ne nous reste qu'à savoir QUAND sera la prochaine Levée des Grosses Vidanges, celles que l'on déposera dans le Dernier Dépotoir, mais peu importe, nous étions LÀ mon ami, peu importe nous étions LÀ, avec ou sans permis...

elquidam
28 septembre 2006
Des grenouilles et des parapluies



La magnifique bande-annonce


Et, au milieu de tous les vestiges du passé, l'homme privé de mythes demeure éternellement affamé, creusant, fouillant pour trouver quelques racines, lui fallût-il les découvrir en bouleversant les antiquités les plus lointaines.

Friedrich Nietzsche
LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE

Combien de fois nous serons-nous fait prendre au jeu injuste des malversations du Conquérant?
Combien de fois nous sommes-nous fait asphyxier dans les silos pestiférés des géants verts?
Combien de fois avons-nous juré de ne plus jamais recommencer à jouer avec les feux de paille ?

Photo: Trident

En apercevant le panier d'épicerie et les parapluies, les fantômes de Sophocle, d’Antigone et de Créon, ceux du temps DES GRENOUILLES ET DES PARAPLUIES, me sont réapparus en cet après-midi du 23 mars 2019. Dans un Trident rempli à ras bord de spectateurs plus ou moins figés, on aurait dit un club de morts-vivants qui attendent une quelconque résurrection. Le monde auquel ils devront faire face en est tout de même un qui fait passablement peur par les temps qui courent...plus vite que leurs ombres...


APOCALYSE
1995
Illustration: L.Langlois



Dans le programme, on pouvait lire:  INTUITIONS, IMPULSIONS ET SUGGESTIONS QUELQUES MATÉRIAUX AUX SOURCES DE LA CRÉATION et parmi elles: Marjolaine Beauchamp, Daniel Boucher, Yuval Noah Harari, House of cards, Johan Peter Krafft, Anne Sylvestre, Nirvana et Kurt Cobain. Le lien entre Cobain et Antigone? Un parmi tant d'autres:

Kurt Cobain committed suicide because he did not want to live a life of lies where he faked his satisfaction and happiness with his career and his life which is shown in his suicide letter. Similarly, Antigone committed suicide by hanging herself in order to prove that she would rather be dead than live a lie by subjecting herself to Creon’s laws which she did not agree with. They both wanted to prove a point and show that they were unhappy with their lives and the opinions surrounding them. Also, both Cobain and Antigone use public ways to express their political views. Cobain created the song "Big Cheese" to express his disgruntled feelings about how his producer was showing more time, money and efforts with other bands than with Nirvana. Antigone publicly expressed her opinions towards Creon's law when she gave Polynieces a proper burial as well as argue with Creon about her beliefs and morals and how she wasn't ashamed about what she had done.


Photo: Stéphane Bourgeois

OSTIE QU'ON CRÈVE !

Big cheese make me
Mine says, go to the office
Big cheese make me
Mine says, one that stays
Black is black, straight back
Need more enemies
Show you all what a man is
Big lies make my
Mine says go to the office
Big cheese make me
Message? what is it?
Black is black straight back
Need more enemies
She eats glue how are you?
Big cheese make me
Mine says, go to the office
Big cheese make me
Mine says, one that stays
Black is black, straight back
Need more enemies
She eats glue how are you?
Black is black straight back
Need more enemies
Show you all what a man is
She eats glue how are you?
Need more enemies
Show you all what a man is




 NOTRE MAISON EST EN FEU


Depuis l’angle mort de la scène,
dans le Grand Rectangle Troué,
le Rat rôde au ras des pâquerettes;
Il vient flairer l’odeur de fin du monde,
celle qui flotte lors des avant-veilles d’Apocalypse…

 OLIVIER ARTEAU et
 ANNE-MARIE OLIVIER

Ô Thèbes, 
Cité de mes pères Dieux dont nous descendons, 
L'on m'emmène, c'est bien fini. 
Regardez, princes de Thèbes, 
Moi la dernière d'une race de rois, 
Ce que je subis de la part de quels hommes, 
Pour avoir fait ce que je me devais de faire.


ANTIGONE et POLYNICE
Nikiforos Lytras
1865
Pinacothèque nationale d'Athènes

Le Mythe

À la suite de la révélation de l'inceste d'Oedipe, Etéocle et Polynice chassent leur père de Thèbes. Ce dernier maudit alors ses deux fils et leur prédit qu'ils se diviseront et mourront de la main l'un de l'autre. Pour conjurer cette malédiction, Étéocle et Polynice décident alors de régner sur Thèbes un an chacun en alternance. Mais Étéocle refuse de laisser le pouvoir à Polynice lorsque son tour arrive. Polynice lève par conséquent une armée en s'alliant à d'autres cités afin de reprendre le pouvoir, et les deux frères s'entretuent. Créon, leur oncle et successeur, rend hommage à Étéocle en lui offrant de grandes funérailles, mais laisse le corps de Polynice sans sépulture, l'accusant de trahison et d'avoir attaqué Thèbes, lui interdisant ainsi l'accès aux Enfers et laissant son âme errante. C'est en bravant cet interdit qu' Antigone sera condamnée à être emmurée.





ANTIGONE

Ce qu’Olivier Arteau vient de livrer au peuple de Québec mérite plus qu’une simple découpure de demie-page dans le soleil de papier des hommes de fric. À 26 ans, il vient d’éclipser le soleil lui-même. Je ne sais pas par quel bout commencer, mais mettons que Lucien Ratio, alias Polynice, avec son ouverture plus que béante, vaut que je parle de sa performance en premier. Une intro qui a dû en surprendre plusieurs dans la salle. Passant de la guitare à la batterie, il nous a éclaté ça en pleine poire. Prêts pas prêts, le rideau s’est dilapidé pour faire place à la terreur…

Photo: Stéphane Bourgeois

Jean-Denis Beaudoin, qui joue Hémon, l’amant d’Antigone, s’est éclaté pour une seconde fois cette saison sur la grande scène du Trident. Après celui du VRAI MONDE ?, il était encore aux prises avec un père narcissique pervers qui ne veut rien savoir de la proposition que son fils lui fait de changer d’idée à propos d’Antigone sa dulcinée, qu’il veut emmurer vivante parce qu’elle a désobéi à ses ordres. Ce monde totalitaire dans lequel Créon évolue est un supplice incomparable pour Hémon. Et nous, spectateurs, souffrons et suffoquons avec lui...

Photo: Catherine Tétrault

Réjean Vallée, qui enchaîne les rôles à coup de trois en ligne, possède son Créon tout autant que Jean-Denis habite son Hémon. Après son sublime Ray/Peter dans BLACKBIRD, que dire de plus sur son indéniable talent doublé de sa beauté grandissante ? Que nous l’attendons au détour d’un autre théâtre le 2 mai prochain ? Celui de LA BORDÉE cette fois, pour sa prochaine performance dans le CHRISTINE, LA REINE-GARÇON, pièce qui sera mise en scène par nul autre que Marie-Josée Bastien, femme-orchestre qui dirige à tout coup de main de maître les comédiens de la Cité. Mais aussi, que c’est avec toute l’admiration qu’il mérite que déjà nous anticipons une autre de ces soirées mémorables...

Photo: Stéphane Bourgeois

Joanie Lehoux, l’INSOUMISE Antigone, magistrale « écornifleuse », celle par qui cette histoire vieille de quelques 2460 ans prend tout le drame actuel de notre monde sur ses frêles épaules. Éblouissante tout autant qu’elle l’est à chacune de ses « apparitions ». Que ce soit dans TITUS ANDRONICUS, LES REINES, LA MÉLODIE ENTRE LA VIE ET LA MORT, LE MONDE SERA MEILLEUR, L’ABSENCE DE GUERRE, DISPARAÎTRE ICI, ELECTRONIC CITY, SEPSIS, IMAGINATION DU MONDE, ENTRE VOUS ET MOI IL N’Y A QU’UN MUR ou DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR, elle est toujours aussi ardente. C’est qu’elle ne fait jamais vraiment dans la dentelle. Audacieuse comme j'aime ces femmes de caractère. Cette fois, elle n’a pas craint d'être enterrée vivante dans le bran de scie de sa tombe de verre. Aucun doute que cette scène restera l’un des moments les plus marquants de nos carrières de spectateurs...

Photo: Stéphane Bourgeois

Annabelle Pelletier-Legros, Ismène, la sœur obéissante, combattante à sa manière, a perdu elle aussi ses deux frères, Étéocle et Polynice. Elle apaise quelque peu l’atmosphère dévastatrice avec ses compromis mais ne finira jamais par faire changer d’idée à la rebelle Antigone. Sur le tapis roulant des obsessions musclées, le cœur bat à tout rompre. Le destin des uns contre la mort des autres, rien ne sera plus comme avant, et pourtant…la vie l’emporte toujours…Un autre enfant naîtra du ventre de la guerre, Ismène laissera derrière elle une trace humaine dans le sang des paroles…

Photo: Stéphane Bourgeois

Alexandrine Warren, Tiresias, le devin aveugle, celui qui tente tant bien que mal de raisonner Créon, irradie la scène avec ses lumières spirituelles. Et ce chœur, tout en voix, surtout celle de Sarah Villeneuve-Desjardins en Coryphée, plus les deux militaires hilarants, Patrick Ouellet et Vincent Roy, et les jumelles Joëlle Bourdon et Steven-Lee Potvin, ainsi que Nancy Bernier, la journaliste, tous méconnaissables avec leurs superbes maquillages et costumes. Et que dire des éclairages absolument démentiels, au-delà du réel, en plein dans le ciel comme A. me l'a fait remarquer...

 Photo: Stéphane Bourgeois

L’envoûtement majeur pour cette œuvre, qui n’en finira jamais de se renouveler, amène bien sûr plusieurs réflexions sur le sort de l’humanité et fait se poser plusieurs questions, souvent sans réponses, dont celle-ci : JUSQU’OÙ SERIONS-NOUS PRÊTS À ALLER POUR RENVERSER UNE FOIS POUR TOUTE CES POUVOIRS SANS QUEUE NI TÊTE ?

Photo: Stéphane Bourgeois

Photo: Stéphane Bourgeois

Photo: Catherine Tétrault

Photo: Stéphane Bourgeois

Photo: Stéphane Bourgeois

Photo: Lise Breton

Depuis samedi soir passé, je vois rôder les fantômes de Thèbes, ceux qui tournoient dans l’atmosphère d’un hiver qui n’en finit plus de nous geler la gueule à ses dépens. Je vois également un paquet d’Antigone sur le devant de nos scènes, dans les hôpitaux, les restaurants, les musées, les trottoirs, dans les bois, l’espace et au-delà. Elles résistent aux compliments désobligeants autant qu’aux insultes baveuses, elles travaillent dur à imaginer un monde dans lequel quelque chose de plus grand que celui des dieux et idoles d'autrefois viendrait restructurer...une bonne fois pour toutes... 

T'as compris qu'c'est pas d'la frime

J'rime pour ceux que le crime opprime



 LES GENS QUI DOUTENT



Pour Olivier Arteau

qui rime avec Cocteau
et a dormi pendant un mois 
avec SON Antigone 
dans la solitude du Trident



Cocteau qui fait dodo 
avec le masque d’Antigone

Olivier Arteau


COCTEAU (Jean). - ABOTT (Bérénice). Jean Cocteau couché avec le masque d'Antigone. Photographie originale, en tirage argentique [c. 1927]; 17 x 12 cm hors marges. Les masques d'" Antigone ", avaient été réalisés par Picasso et Cocteau pour les représentations de la pièce chez Dullin en 1922. Cocteau conservera longtemps plusieurs de ces masques et rendra hommage à la photographe en lui consacrant un poëme " d'Opéra ".




Cocteau par lui-même
André Fraigneau
1957 
Photo: L.Langlois


LA FIN DES PRINTEMPS EST PROCHE (critique)



TOUT GRAND VIDE, 
AVANT DE FAIRE PENCHER LE BALANCIER DE L’AUTRE CÔTÉ,
 EST NÉCESSAIREMENT PASSÉ PAR LES EXPÉRIENCES TOTALITAIRES.

La grande dame l’Histoire
Maya Ombasic
LE DEVOIR
23 mars 2019


FEAR


WHEN THE WORLDS END' THERE'RE
WILL BE NO MORE AIR. THAT'S WHAT
IT'S IMPORTANT TO POLLUTE THE AIR
NOW. BEFORE IT'S TOO LATE. AFTER
THE END OF THE WORLD, ALSO' ALL 
THE TECHNOLOGICAL ADVANCES 
WHICH HAVE BEEN MADE IN THIS
CENTURY, WHICH COULD AT THIS
VERY MOMENTALLOW A LEISURE 
SOCIETY FOR ALL BUT A FEW 
TECHNICIANS, AND A FEW WOMEN 
WITH WOMBS, - SO THAT THERE WILL, 
I MEAN THERE COULD, BE NO MORE
SOCIAL CLASS - AFTER THE ENDS
OF THIS WORLD WHEN HUMANS
ARE NO MORE, THE MACHINES
FOR HUMAN PARADISE WILL
RUN ON THEIR OWN. JUST AS
MCDONALD'S NOW RUNS.
(FREE WILLY)

2012


ANTIGONE
Réappropriation de l’œuvre de Sophocle

MISE EN SCÈNE : OLIVIER ARTEAU
TEXTE : PASCALE RENAUD-HÉBERT, RÉBECCA DÉRASPE et ANNICK LEFEBVRE
ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE : LÉA AUBIN
PROJECTIONS : KEVEN DUBOIS
DRAMATURGIE : EMILIE MARTZ-KUHN et ANDRÉANNE ROY
SCÉNOGRAPHIE : GABRIELLE DOUCET
ACCOMPAGNEMENT À LA SCÉNOGRAPHIE: CHRISTIAN FONTAINE
ÉCLAIRAGES : JEAN-FRANÇOIS LABBÉ
COSTUMES : ÉLÈNE PEARSON
MUSIQUE : SARAH VILLENEUVE-DESJARDINS et VINCENT ROY
PHOTOS : STÉPHANE BOURGEOIS