dimanche 8 octobre 2017

FIVES KINGS, l’histoire de notre chute : les dépouilles du temps perdu



MEET THE NEW BOSS
SAME AS THE OLD BOSS


Une mise en scène à toute épreuve, des passes parfaites sur la palette des sentiments pas toujours équipés pour faire face aux lendemains saignants du temps des rois d’ailleurs et de par chez nous. Une armée de paroles plus belliqueuses les unes que les autres contre des silences qui réveilleraient les morts ensevelis sous les siècles des siècles. Le moins qu’on puisse écrire sur ce super spectacle shakespearien c’est que ça nous a mis in the mood pour le TITUS des Écornifleuses en novembre prochain au Laboratoire des Nouvelles Technologies de l’Image, du Son et de la Scène (LANTISS pour les intimes). 


La brillante et intense performance des comédiens pendant quelques 3 heures 20 aura fait de nous de véritables esclaves liés à l’intelligence des artisans qui ont créé cette œuvre exceptionnelle tirée de l’imaginaire d’un certain Orson WellesOn écoute les créateurs nous en parler avec toute la passion qui les caractérise si bien.



De la lumière toute-puissante sur les complets royaux, des changements d’accent pour les langues bien pendues, du caractère, du vlan dans les dents et surtout de la réflexion sur ces décades prodigieuses qui ont mis au monde des jours sujets au déclin des empires de tout acabit. Des scènes tout à fait mémorables dont celle de cette finale sanglante entre mère et fils...


Mother, should I run for president ?
Mother, should I trust the government ?
Mother, will they put me in the firing line ?
Ooh, aah, is it just a waste of time ?

Photo: Stéphane Bourgeois

Je me souviens de la toute première fois où j’ai entendu parler de ce projet fabuleux, c’était en juin 2013, dans la tour Martello de la rue Lavigueur, lors de la discussion d’après-match avec Frédéric Dubois, qui avait mis en scène LES REINES de Normand Chaurette. L’attente en valait vraiment la peine. Pour s’en rappeler :


Photo: Ivanoh Demers

Ravie de voir quelques-uns de mes favoris : Hugues Frenette, Jean-Michel Déry, Jonathan Gagnon, Jack Robitaille, Étienne Pilon sans oublier Alex Desmarais, qui s’est facilement ajouté l’an dernier avec ses superbes performances  comme finissant du Conservatoire d’art dramatique de Québec. La relève de Québec en est une de rare qualité, c’est peut-être pour cette raison qu’elle s’exile parfois dans la grande ville. Dans ce programme, le mix des deux terroirs fait se fondre le talent et c’est tout à l’honneur des concepteurs. 

https://voir.ca/scene/2015/10/14/olivier-kemeid-patrice-dubois-et-martin-labrecque-five-kings-rois-dun-monde-en-declin/


Pour envelopper les mots des FIVE KINGS aux ENVAPEMENTS, la musique, britannique en particulier, y sera reine. Je la dédie à ceux et celles qui ont contribué ardemment à enflammer cette scène du Trident le 20 septembre dernier, jour du trentième anniversaire de la mort de mon père. La saison 2017-2018 est maintenant lancée ! C'est Rufus Wainwright qui entame ça avec un sonnet du grand Will...


As an unperfect actor on the stage, 
Who with his fear is put besides his part,
Or some fierce thing replete with too much rage,
Whose strength's abundance weakens his own heart; 
So I, for fear of trust, forget to say 
The perfect ceremony of love's rite, 
And in mine own love's strength seem to decay,
O'ercharg'd with burden of mine own love's might. 
O let my books be then the eloquence 
And dumb presagers of my speaking breast, 
Who plead for love and look for recompense 
More than that tongue that more hath more express'd.
   O, learn to read what silent love hath writ: 
   To hear with eyes belongs to love's fine wit. 



« On dit toujours que le théâtre ne va pas vaincre le XXIe siècle. Moi je crois au contraire que le théâtre sera l’art le plus important du XXIe siècle. Parce que c’est ‘’live’’. Il y a toujours un acteur, un spectateur, et ça se joue sur le moment. C’est une expérience qu’on ne peut pas avoir à la maison, quand on regarde quelque chose sur son ordinateur par exemple. Pour moi, c’est l’aspect live du théâtre qui en fera l’art le plus important de notre siècle. »


WAR OF KINGS
Ivo Van Hove

http://theatre-chaillot.fr/theatre/kings-of-war



Je me souviens également des TRAGÉDIES ROMAINES du TONEELGROEP AMSTERDAM vues en juin 2010. Frédéric Dubois y assistait lui aussi. Il attendait derrière moi pour faire déchirer son billet. Un événement comme on en voit pas souvent, comme les FIVE KINGS des FONDS DE TIROIRS, du PÀP et des TROIS TRISTES TIGRES. L’envers du décor de KINGS OF WAR, un de leur dernier show :




THE KING MUST DIE

And sooner or later
Everybody's kingdom must end
And I'm so afraid your courtiers
Cannot be called best friends


QUEEN IN EXILE

All I see turns to brown
As the sun burns the ground
And my eyes fill with sand
As I scan this wasted land
Try to find, try to find the way I feel


EXIT MUSIC

Pack
And get dressed

Before your father hears us

Before

All hell
Breaks loose

Breathe

Keep breathing

Don't loose
Your nerve
Breathe
Keep breathing
I can't do this
Alone

WON'T GET FOOLED 
AGAIN


The change, it had to come
We knew it all along
We were liberated from the fold, that's all
And the world looks just the same
And history ain't changed
'Cause the banners, they are flown in the next war

IRON MAN

(Richard 3)

 Nobody wants him
He just stares at the world
Planning his vengeance
That he will soon unfurl


SING THIS ALL 
TOGETHER


Why don't we sing this song all together
Open our heads let the pictures come
And if we close all our eyes together
Then we will see where we all come from


THE END


Je voulais finir le medley avec un couplet significatif, 
alors j’ai suivi William Shakespeare et j’ai écrit cette phrase:
Paul McCartney

 Oh yeah, all right
Are you going to be in my dreams
Tonight

And in the end
The love you take
Is equal to the love
You make


1020, rue des Parlementaires
Édifice Jean-Antoine Panet
Photo: L.Langlois
20 septembre 2017

http://www.assnat.qc.ca/fr/patrimoine/lexique/edifice-jean-antoine-panet.html


Limousines ministérielles
Photo: L.Langlois
20 septembre 2017

FIVE KINGS

COMÉDIENS

Alex Bergeron
Olivier Coyette
Jean-Michel Déry
Alex Desmarais
Patrice Dubois
Hugues Frenette
Jonathan Gagnon
Louise Laprade
Marie-Laurence Moreau
Étienne Pilon
Jack Robitaille
Isabelle Roy
Alexandrine Warren





dimanche 24 septembre 2017

AILLEURS : L’Un comme l’Autre



Ce fut par une triste matinée qu’ils se mirent en route ; le vent soufflait avec violence, et la pluie tombait à torrents ; des nuages sombres et épais voilaient le ciel ; la nuit avait été très pluvieuse, car de larges flaques d’eau couvraient çà et là les rues, et les ruisseaux débordaient. Une faible lueur annonçait l’approche du jour, mais elle ajoutait à la tristesse de la scène plus qu’elle ne la dissipait ; cette pâle lumière ne faisait qu’affaiblir l’éclat des réverbères, sans éclairer davantage les toits humides et les rues solitaires ; il ne semblait pas que personne fût encore debout dans ce quartier ; toutes les fenêtres étaient soigneusement fermées, et les rues qu’ils traversaient étaient désertes et silencieuses.
Charles Dickens
OLIVER TWIST
Chapitre XXI
L’expédition

Photo: Denis-F. Doyon


Ce s’rait pas facile d’être ailleurs
OCTOBRE
DANS MA VILLE

Un temps absolument radieux pour ce 20 septembre 2017, date souvenir du trentième anniversaire de la mort de mon cher Papa. Pour célébrer ce jour quoi de mieux que la vie, celle qui va et vient autant par les chemins de terre de Notre-Dame-de-la-Merci que par les ruelles de la Basse-Ville de Québec

« D'ailleurs souvent, les adaptations amènent l'œuvre beaucoup plus loin, à des endroits où l'écrivain ne serait pas allé lui-même.»

Paul Rousseau





AILLEURS, de Samuel Matteau, qui réalisait son premier long-métrage dans SA ville, a défriché un autre de ses sentiers lumineux pour une histoire qui existait déjà sur papier. Basée en partie sur le roman HAINE-MOI de Paul Rousseau, le jeune créateur et les scénaristes Guillaume Fournier et Jacques Laberge ont fait la preuve de cette rencontre mémorable avec TV et Samu, les deux principaux et attachants personnages du roman, que quatre ans de travail acharné en valait plus que la chandelle…disons un lampadaire. Quatre ans, c'est pas mal moins que la durée de l’attente de l’auteur (18 ans) pour voir le résultat de son œuvre enfin adaptée pour le cinéma. Celui-ci disait :

«Ma grande frustration en tant qu'auteur, c'est d'avoir vendu quatre fois les droits de mon roman Haine-moi (qui portait sur les jeunes de la rue) pour en faire un film, et ça ne s'est jamais concrétisé...»

http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/arts/week-end/201512/18/01-4932660-le-cinema-sourit-a-paul-rousseau.php

Plaines d'Abraham, février 2010
Photo: L.Langlois

Les superbes comédiens que sont Théodore Pellerin (Samu) et Noah Parker (TV/Thierry) nous transportent la plupart du temps ENSEMBLE sur leurs fragiles épaules dans la caverne enchanteresse de leurs amis de passage. La magie opère à 100% dans cet antre rempli d’un ramassis organisé. Ça prenait une faute assez grave merci pour qu’ils se réfugient dans ce gîte sans étoiles gouverné par un parlement somme toute assez sévère sur les règles de la cohabitation. 

Et pour que leur solidarité progresse en beauté et se solidifie au pied du Cap, leur transparente cavale à travers les rues et ruelles de la Capitale doit les mener vers un couronnement, celui de leur Amitié indéfectible. Encerclés l’UN comme L’AUTRE dans le noir et la lumière favorable à leur Bienveillance, ils ont dû faire tourner tous les moulins de leurs cœurs sur ce plateau aux mille images, pour conjuguer avec le froid et l’humidité de novembre dans les maudites rues de Limoilou, cet ailleurs-là...


Les majestueux complices de cet achèvement pictural, dont les toujours aussi intenses Christian Michaud, marin d’eaux troubles, et Emmanuel Schwartz, Le Duc de Sault-au-Matelot, secondés par Mathieu Drouin, qui joue un Charles « enfant-roi » pas tout à fait comme les autres, bâtissent à même les murs vieillots de La Cité une inébranlable cathédrale de sentiments forteresse. 



Pour les nourrir et éclairer leur lampadaire parfois au trois-quarts éteint, un proche aidant, le père Bouchard, inestimable Claude Robinson, qui stationne sa roulotte chaude et accueillante à côté de leurs chemins de croix…et de fer. Gabriel Cloutier Tremblay, La Belette, dans son premier rôle au cinéma, lui qui nous éblouit tant au théâtre, Antoine Desrochers, le Wolfe, Clémence Dufresne-Deslières, Élie, et Nahéma Ricci, l’Artiste, complètent ce tableau contemporain d’une jeunesse errante qui ne crèche pas toujours aux premières loges des grands théâtres et autres salles de spectacles subventionnées.


Photo: FCVQ

Photo: L.Langlois

Photo: L.langlois

Tourné en partie dans un ancien bunker, vestige de la précédente guerre froide, on n'a jamais été aussi près de ceux et celles que nous côtoyons dans la rue parfois sans les voir. Cette fresque a su mettre en lumière une partie de notre société souterraine, celle qui se cache derrière les murs imaginaires des présidents de secondes zones de futurs sinistres…sans étoiles dessinées sur leur bannière de réfugiés. C'est pour ces raisons que je retournerai les voir en décembre prochain lors de leur sortie en salles...

Merci au réalisateur Samuel Matteau d'être venu à notre rencontre après la projection de ce mercredi 20 septembre 2017, ce fût un réel plaisir de lui faire quelques commentaires en live. Tout comme moi, mes deux compagnons ont vivement apprécié son film et sa présence. On attend déjà le prochain....  

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/508593/montreal-ailleurs-land-bon-courage

http://www.journaldemontreal.com/2015/11/26/au-cur-des-vestiges-de-la-guerre-froide





Ce s’rait pas facile d’être ailleurs…


Réalisé par Samuel Matteau



https://vimeo.com/sammatteau

https://vimeo.com/37265609




RÉALISATION : Samuel Matteau
COSTUMES : Jean-Nicolas Demers, Sébastien Dionne
MONTAGE : René Caron
SON : Norman Lapierre
CONCEPTION SONORE : Jérôme Boiteau
MAQUILLAGE : Catherine Carré
PHOTOGRAPHIE : François Gamache
ILLUSTRATIONS : Jeik Dion
MUSIQUE ORIGINALE : Mathieu Robineau
Coaching et chorégraphie des acteurs : Félixe Ross et Allan Lake
DIRECTION ARTISTIQUE : Grégoire Steunou-Duthell
assisté de Simon Elmaleh
SCÉNARIO : Guillaume Fourmier, Jacques Laberge
PRODUCTEUR : Valérie Bissonnette
DISTRIBUTEUR : Louis Dussault
DISTRIBUTION : K-Films Amérique
CHANSON du générique de fin : Roses de Ghostly Kisses
CHANSON également dans le film : Little Birds de We are Wolves


INTERPRÉTATION
Théodore Pellerin
Noah Parker
Clémence Dufresne-Deslières
Antoine DesRochers,
Christian Michaud
Emmanuel Schwartz
Nahéma Ricci
Gabriel Cloutier Tremblay
Mathieu Drouin
PARTICIPATION

Robert Lepage
Claude Robinson

AUTEUR : Paul Rousseau
ANNÉE : 2017
DURÉE : 100 MIN

https://www.facebook.com/squatfilm/



Photo: Yan Doublet
 LE SOLEIL