lundi 25 mars 2013

RHINOCÉROS: Principe et sacrifice


Tintin fait exploser un rhinocéros à la dynamite
TINTIN AU CONGO



La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée, oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société (par exemple chez Robert Owen).La coïncidence du changement des circonstances et de l'activité humaine ou auto-changement ne peut être considérée et comprise rationnellement qu'en tant que pratique révolutionnaire.


http://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm









Ruben Cukier
THE TRAGEDY



Pensionnat



"Le rhinocéros est le coffre-fort de la connaissance au niveau de l'animal, un coffre-fort massif, plus sculpté et travaillé qu'une plaque de bronze".

Salvador Dali Louis Pauwels
Les Passions selon Dali



Salvador Dali, COSMIC RHINOCEROS



La gauche la droite c’est une notion dépassée.

Docteur, est-ce que vos candidats auront une attitude particulière, bien à eux, en chambre ?....
Lorsqu’un candidat rhinocéros deviendra député, non seulement il ne rira pas mais il ne parlera pas et il ne pensera pas, il sera rhinocéros.

Jacques Ferron
http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/litterature/clips/11277/




«Jacques Ferron est le seul romancier qui ait tenté, tout au long d'une œuvre maintenant essentielle, de nous donner une mythologie. Son écriture d'ailleurs hésite toujours entre le mythe et le réel, entre l'imaginaire, le rêve québécois et le quotidien.»
Victor-Lévy Beaulieu, Docteur Ferron




Le parti, qui est le descendant spirituel d'un hippopotame  (Cacereco) qui avait été élu maire de Sao Paulo par le passé, a sélectionné Cornélius Premier, un rhinocéros du zoo de Granby (à l'est de Montréal), en tant que chef. Le parti a réclamé que le rhinocéros soit reconnu comme le symbole du parti politique, puisque les politiciens ont, par leur nature, la peau « épaisse, se déplacent lentement, ont l’intellect faible, peuvent se déplacer très vite lorsqu'ils sont en danger, ils aiment se vautrer dans la boue et ils ont de grandes cornes velues poussant au milieu de leurs visages et qui obstruent leur vision ».



Le 7 mars dernier, au GTQ, j’ai vu passer tout un troupeau de rhinocéros. Ils étaient aussi remarquables les uns que les autres. Leur père, un dénommé Eugène Ionesco, les avaient fort bien élevés. Ils sont nés de son imaginaire en 1959. Sont apparus sur scène l’année suivante. Ils sont donc encore passablement jeunes. Regardez-les entrain de répéter la pièce dans laquelle ils jouent en ce moment au Théâtre du Trident. Ils sont tellement attachants. Ils ne font pas peur. Quoique…



Alexandre Fecteau, leur nouveau metteur en scène, nous les a servis sur un plateau africain ou plutôt asiatique, TRÈS TRÈS JAUNE ! Il fallait les voir se faire aller le body sur leurs exerciseurs, boire leur café matinal cartonné, philosopher, se métamorphoser, se résigner à faire comme le reste de l’humanité parce qu’…

...IL FAUT SUIVRE SON TEMPS


Quelque chose qui fait peur mais à laquelle on ne peut résister. Quelque chose qui engendre le chaos. Quelque chose qui arrive sans qu’on s’y en attende. Quelque chose d’anormal qui devient vite trop normal. Quelque chose de vide en même temps que plein. Quelque chose qui part et qui ne revient pas…
RHINOCÉROS, tellement d’actualité, qu’on ne sait pas à la fin si l’on doit applaudir ou huer, non pas les comédiens qui ont joué avec un brio inégalé le jeu de Ionesco pendant deux heures dix (avec entracte) mais la résurgence d’une certaine époque quand même pas si lointaine qui augurait la Seconde Guerre mondiale. Huer ce que l’Homme applaudit sans qu’il ne sache ce qui se cache en dessous de son futur désastre. Détester ceux qui le suivent de trop près. Suivre celui qui résiste. Ne pas avoir peur de rester debout, comme lui, pour rompre avec la conformité. Il ne reste pas beaucoup de Béranger dans ce monde d’aujourd’hui, mais il en reste encore, nous l’avons rencontré le 7 mars dernier. Il était seul devant l’humanité rhinocérosisée.


NASHORN



La distribution, la scénographie, les costumes, les éclairages : tout était ajusté au tour de taille géant de cette rhinocérite apocalyptique. Chaque comédien jouait du sur mesure ajusté à son talent. Jean-Michel Déry nous a encore fait bénéficier du sien qui n’en finit plus de s’xxxx-élargir. Ouf! La transformation de son Jean nous a transportés au-delà du jeu. C’était totalement dément ! Il nous a quelque peu rappelé à la mémoire de son rôle tranchant dans VIANDE: éclatant de noirceur et d’inhumanité, aussi froid qu’un granulat recyclé, tranchant comme une lame de rasoir dans une pomme de tire et à celui du beautiful and so serious Oliver dans l'inoubliable ABSENCE DE GUERRE. Du bonbon (acidulé) pour un Spectateur avide de générosité d'acteur complètement investi dans son art.

Jean-Michel Déry
Photo: Pascal Ratthé

Israël Gamache, qui faisait également partie de cette pièce mémorable, marvelous Andrew, nous a joué un fort et touchant beau tour (de piste): son Béranger, rempli d’humanité nous a touchés droit à la tête, un endroit qu’on a parfois tendance à oublier en ces temps de sur-nautilusés. Normand Bissonnette, lui aussi de cette glorieuse distribution, LE seul et unique et si sublime George Jones, juste et bon avec son Vieux et son mcdonaldisé; Réjean Vallée, absolument  méconnaissable en logicien, nous a encore une fois fait apprécier la versatilité de son superbe talent; Jonathan Gagnon, irrésistible comme toujours; Marie-Josée Bastien, tellement étonnante dans son superbe costume de métamorphosée; Frédérique Bradet, aussi brillante et drôle qu'à l'accoutumée; Anne-Marie Côté, fabuleuse et pétillante, et Noémie O'Farrell, lumineuse en divine Daisy lusionnée. Tous et chacun ont contribué à faire de ce spectacle une autre de ces soirée magiques du Trident.

« Les philosophes 
n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières,
ce qui importe, 
c'est de le transformer. »
Karl Marx Thèses sur Feuerbach


RHINOCÉROS

LA DISTRIBUTION
Marie-Josée Bastien: Madame Bœuf
Normand Bissonnette: Le Vieux
Frédérique Bradet: Ménagère
Anne-Marie Côté: Dudard
Jean-Michel Déry: Jean
Jonathan Gagnon: Botard
Israël Gamache: Bérenger
Noémie O’Farrell: Daisy
Réjean Vallée: Papillon

ÉQUIPE DE CONCEPTION

TEXTE: Eugène Ionesco
MISE EN SCÈNE: Alexandre Fecteau
SCÉNOGRAPHIE: Marie-Renée Bourget Harvey
COSTUMES: Élène Pearson
ÉCLAIRAGES: Hubert Gagnon
MUSIQUE: Yves Dubois
MAQUILLAGES: Élène Pearson



Photos  de Vincent Champoux
http://www.flickr.com/photos/letheatredutrident/sets/72157632949179920/



1 commentaire:

  1. (via Facebook)
    Merci beaucoup! C'est toujours un plaisir de vous lire! ;-)
    Jonathan Gagnon
    25 mars 2013

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