mercredi 20 janvier 2010

LA REINE MARGOT: Par-delà les fenêtres du Louvre

photo: Daniel Mallard


Après la mort de Henri II, Catherine de Médicis toujours vêtue de noir, utilisa le parfum au service de ses ambitions et de ses vengeances. " René le Florentin " lui confectionnera des philtres, des sachets, des bijoux et en particulier des gants parfumés cachant ….un poison !! Agrippa d’Aubigné (le grand-père de la future épouse morganatique de Louis XIV, Madame de Maintenon), accusa la Régente d’avoir empoisonné Jeanne d’Albret, sœur de François I°, Reine de Navarre. Laissant son fils le futur Henri IV face à son destinée ; elle mourut à Paris en 1572, après avoir discuté et convenu de l’union entre ce fils et Marguerite de Valois, la " Reine Margot ".



Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles lorsque l’hiver arrive chez nous, demeurait un roi qui avait onze fils et une fille appelée Élisa. Les onze frères, tous princes, allaient à l’école, la poitrine ornée d’une large décoration et l’épée au côté. Ils écrivaient avec des crayons de diamant sur des tablettes d’or, et ils savaient réciter par cœur d’une manière parfaite ; enfin tout chez eux annonçait qu’ils étaient des princes.

Hans Christian Anderson
Les Cygnes sauvages

 
Hier soir, au Théâtre de la Bordée, une prestation des plus enlevantes, de l’énergie à revendre, du talent plein la gorge, des combats, des trahisons, des amours, mais surtout de l’amitié, de la loyale et grande amitié. LA REINE MARGOT, c’est cette robe à vous couper le souffle de n’importe quel homme , " non ce n’est pas une robe ça madame, c’est une arme " (ceci pour parodier un certain Roy Dupuis dans l'une des scènes les plus sensuelles qu’il eut à jouer avec l’aguichante Macha Grenon lors d’un épisode de la feue télé-série SCOOP)…

La robe, oui, LA robe, parce qu’au Théâtre, chacun des vêtements qu'enfile l'Acteur est conçu spécialement pour lui, et doit, je le suppose, lui faire comme un gant, il doit révéler à son corps battant (et défendant) autant le chatoiement que la sobriété. La robe de Margot, un accessoire important dans l’histoire, tout autant que sa perruque aux longs cheveux noirs, un point de repère. Et comme la Môle le devint en voyant pour la première fois Margot dans son habillement, nous tombâmes amoureux nous aussi et de cette robe et de cette femme. Puis de ses frères, de sa mère, et de sa grande amie…Merci au créateur de la robe, Sébastien Delorme, qui nous refilé ce rêve rouge sang...

Il faut parler des Acteurs, parce que ce sont eux qui ont transporté pendant plus de deux heures trente cette pièce à bout de bras, par leurs regards, coups d’épées et poisons dans le creux cruel du cœur de cette somptueuse pièce menée de main de maître par nulle autre que Marie-Josée Bastien, metteure en scène des plus rafraîchissantes si je puis m’exprimer ainsi. Ses Acteurs lui ont tout donné, et plus…Je tiens à les remercier pour la gentillesse qu'il ont eue de venir faire brin de causette à nous Spectateurs, aussi essoufflés qu’eux, encore sous le choc enivrant de ce marathon qu’ils venaient de courir pour Alexandre Dumas, l’auteur de ce texte datant de 1845, et qui ma foi n'a pas vieilli…Ce geste fût très apprécié. Merci également à Jacques Leblanc, directeur artistique de la Bordée, qui animait cette discussion ainsi qu' à Marie-Josée Bastien, venue se joindre à lui. Marie-Josée qui nous a encore une fois merveilleusement bien " parfumés " de la lumière métallique de son désir…
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Ils étaient 11 sur la scène, comme les cygnes sauvages d’Andersen…

Le toujours aussi " grand majestueux et flamboyant " Frédérick Bouffard, en Henri d’Anjou, chouchou de sa Maman très chère, Catherine de Médicis, jouée ici par la plus qu’intriguante Danielle Lépine, il fallait les voir aller tous deux alors qu’il déshabillait, sentimentalement parlant, le reste de perfidie de cette femme qui aime trop mâleJonathan Gagnon, en Charles IX, roi de France, qui se meurt, empoisonné par l’arsenic imprégné dans les pages d’un traité de chasse qui fut écrit par le père de la Môle, magnifique Guillaume Perreault, amant décapité de Marguerite, un livre que Catherine voulait offrir hypocritement à Henri de Navarre, le nouveau mari protestant de sa fille catholique…

Renaud Lacelle-Bourdon, François, le plus jeune des frères de Marguerite, dit le duc d’Alençon, le malcontent (future petite " grenouille " d’Élizabeth 1ère d’Angleterre), très touchant avec sa voix plaintive de rebelle jaloux, lui aussi amoureux de Margot, tout comme le Duc de Guise, joué avec brio par Gabriel Fournier (récent diplômé du Conservatoire de Québec), un autre des amants dé-couronnés de la sœur adorée du frangin freluquet, un autre qui se prénommait François. Philippe Cousineau, dans la peau d’ombre saignante de Gaspard de Coligny, puis dans celle du " parfumeur " René le Florentin, ajoute aux mystères et aux splendeurs des Médicis. Simon Rousseau, qui campe un Henri de Navarre des plus attachants en mari trompé par Margot la nuit même leurs noces, qui développe une amitié avec Charles et François, une amitié qui nous fait espérer en une quelconque réconciliation des religions.

J’ai beaucoup apprécié la touche d’humour qui venait adoucir les contours quelques peu meurtriers de cette cour de faux miracles. Éliot Laprise et Marie-Soleil Dion, un couple on ne peut plus dépareillé, lui en Annibal de Coconnas, ami catholique et à la vie à la mort du protestant de la Môle, et elle, en Henriette de Nevers, amie fidèle de la jeune Margot, Marie-Ève Pelletier, beauté plus-que-parfaite, autant pour le geste que pour la parole, qui supporte sur ses frêles épaules le poids lourd de sa sainte et si catholique famille, qui ficelle, par l’impétuosité de sa jeunesse, les intrigues des alliances (et des mésalliances), celles qui y menèrent des bals plus ou moins sanglants, du temps des rois cocus et des reines jalouses...

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La deuxième moitié de saison théâtrale est bel et bien amorcée, et la semaine prochaine, au Trident, pour demeurer dans l’Histoire, nous irons voir Henri IV, non pas le Henri IV d'hier soir, non, un autre roi, celui-là venu directement du Saint Empire romain germanique via le texte de Luigi Pirandello et la mise en scène de Marie Gignac, qui dirige pour la troisième fois M. Hugues Frenette, de qui je n’en n'attends jamais moins qu’à l’accoutumée. Il y a tellement de talents ici, dans NOTRE cour aux grands et petits miracles qui vont avec…Qui remportera les trophées de fin de saison ? De par les superbes productions auxquelles nous assistons depuis septembre, je prédis que la lutte pourrait être féroce entre...et...et...

Pour revenir à la Bordée, juste après le WOYZECK de Brigitte Haentjens, une autre robe succédera à celle de Margot, ce sera celle de GULNARA, elle tiendra l'affiche du 2 au 27 mars et sera mise en scène par une autre de nos brillantes étoiles de Québec, Jean-Sébastien Ouellette, lui qui devrait nous faire tout un Monseigneur Charbonneau plus tard ce printemps...
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Pour culminer cette superbe journée d'anniversaire passée dans la pleine douceur de janvier, (n'en déplaise à Pipon), une autre de ces courtes mais si intenses rencontres de coin d'autobus, ce soir avec une autre Marie-Ève, une jeune étudiante en soins infirmiers, qui revenait de l'hôpital où, à l'occasion d'un stage, elle venait d'assister à une toute autre performance que moi: un accouchement, (quoiqu'un tel événement peut-être aussi palpitant que la première d'une pièce ou le lancement d'un nouveau livre); elle était toute aussi ébahie de me raconter ce qu'elle venait de vivre pour la première fois de sa vie (et non pas la dernière d'après ce qu'elle entrevoit pour son avenir), que moi je l'étais de lui parler de la pièce à laquelle je venais d'assister. C'était une fille, elle pesait 7 livres et 9 onces; une fille née le 19 janvier elle aussi. Ça a rendu Marie-Ève tout ce qu'il y avait de plus heureuse ce soir-là, et moi aussi. La roue tourne...

Les Cygnes Sauvages

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